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Lard en marche 4/9/2014

MUSÈE DE L’ART BRUT

Lapalisse (Allier)

Visite succincte et gratuite

Tout a commencé par le plus grand des hasards. Nous avions besoin d’un produit pour les juments. Oswald, qui était allé avec Patrick faire quelques courses à Lapalisse, en avait donc profité pour chercher un cabinet vétérinaire. Et en le cherchant, il est tombé en arrêt devant un vaste bâtiment, dont les murs extérieurs étaient entièrement « tagués » (ouh là là ! Je vais me faire engueuler si j’utilise ce mot-là !) par des artistes divers et variés.
Subjugué, le Oswald, par une peinture murale (signée d’un certain Benoît Basset et datée de 2004) représentant des truies à pattes de femmes, chaussées de talons aiguilles !

Passons... On a les fantasmes qu’on peut.

En y regardant de plus près, Oswald s’est rendu compte que ce bâtiment si colorié s’intitulait : « L’ART EN MARCHE ». Musée de l’art brut.
Voilà mon Oswald qui s’en revient à la roulotte avec une idée fixe en tête : retourner à Lapalisse pour visiter la chose.

Mercredi 27 Août. 10 heures du mat.

Nous y voici donc. Aucune indication quant aux heures de visite.
Nous poussons la porte. C’est ouvert.
Un affable monsieur, forte corpulence, cheveux gris et sourire jovial, vient nous accueillir.

« Vous voulez visiter ? »
Nous, d’une voix timide :
« Ben oui, on voudrait bien...
- Alors c’est 5 Euros par personne. »
Oswald sort le portefeuille, tend un billet de 10. En échange, l’accueillant personnage nous tend deux tickets déchirés dans un carnet à souche, sur lesquels il a écrit au stylo à bille : 5 €.
« C’est vous le contrôleur ? interroge Oswald
- Ben oui.
- Alors voilà nos billets. Vous voyez ? On a payé. On peut visiter, maintenant ? »
Rires.
« Vous êtes chez vous ! Mais posez-donc là votre sac à dos. On a des sculptures fragiles,ici, et vous savez ce que c’est : on se retourne, on pense pas au sac, et hop ! Une sculpture par terre ! »

Et voilà ! On s’en est mis plein les yeux pendant deux heures.
Il y en a là vraiment pour tous les goûts. Du merveilleux et du monstrueux. Sauf que... Ce que l’un trouve merveilleux, l’autre le trouve monstrueux,et vice-versa ! Allez, pas d’exagération. Nous nous sommes quand même découvert quelques goûts en commun.

Mais c’est quoi, l’art brut, au juste ?????
En principe, de l’art exécuté par un non artiste. Enfin, euh, non. Je ne veux pas dire que ce n’est pas un artiste. C’est quelqu’un qui n’est pas passé par les écoles académiques. Enfin... quelqu’un qui n’est pas un intello, si vous voyez ce que je veux dire. Donc, comme il est censé n’avoir aucune culture artistique, il est bien obligé d’inventer, n’est-ce-pas ? Il a le droit d’être paysan, artisan, clochard, schizophrène, fraiseur, mineur, alcoolique...
Tiens, en voici un exemple, là ! Celui-ci, s’il n’est pas disciple de Bacchus...

Un cœur, une bouteille au milieu, des veines (ou des artères ?) qui irriguent des poèmes lyriques au possible à la gloire de... Vous avez de trop mauvais yeux ? Vous n’arrivez pas à agrandir la photo ? En voici un échantillon édifiant :

« Sous les serpents
de tes sarments
glougloutent
les ovules de ta grappe »

« Je bois au sang de ton peuple
Je succule ta source
à l’orée de ton cep »

Remarquez, dans le genre, le dénommé François Montchâtre n’est pas mal non plus :

Bon, après cette petite parenthèse, reprenons. Donc, notre artiste brut a le droit d’être tout et n’importe quoi, sauf d’avoir été élevé dans un milieu cultivé et d’avoir reçu une bonne éducation artistique. Celui-là, s’il se mêle un tant soit peu de barbouiller, on le nomme, avec un vague accent de mépris dans la voix, un « peintre du dimanche ». D’ailleurs, les peintres du dimanche ne font preuve d’aucune créativité. Ils barbouillent de jolis paysages, les portraits de leurs enfants, un vase plein de fleurs posé sur une table – en bois de préférence.
Mais alors... Pourquoi est-ce que je lis ici, dans la petite biographie d’une artiste exposée dans ce musée, qu’elle a fait l’école des beaux-arts ? Ah ! Oui, ça y est, je comprends tout ! On explique quelques lignes plus loin qu’elle a su se « libérer » de cette instruction classique, pour faire preuve d’une grande inventivité. Bon. Dans ce cas, Picasso et Dali, je suppose ont fait de l’art brut.
Ah non ! Là, c’est différent. Picasso et Dali, eux, étaient de GRANDS artistes !

Pfffffttttt !

Ces gros cochons, là, alors, ils sont académiques ou pas académiques ?

Et ce bel Indien signé Gérard Kiss ? Académique ou pas académique ?

Bon, celui-ci, O.K. C’est de l’art brut qui n’a pas l’air trop brutal. Ce monstre-là ne ressemble guère à une tête de brute. Avachi dans son fauteuil, il a même l’air plutôt mignon, vous ne trouvez pas ?

Ah ! C’est vrai, j’oubliais de vous expliquer un truc ! L’art brut, c’est avant toute chose l’art de la récup ! Vous récupérez des bidules et des machins, vous les assemblez, et hop ! Voilà de l’art brut. Même le mobilier peut devenir artistique. Marqueterie en peau de nounours, ça vous dit quelque chose ? Cette Chantal Roynet s’est paraît-il spécialisée dans l’art du meuble. Et ne vous fiez pas aux apparences. C’est du tout doux, d’accord, mais c’est du costaud. D’ailleurs, d’après l’étiquette accompagnatrice, ces meubles-là séduisent davantage les adultes que les enfants. Ah ! Se blottir entre les bras d’un ours en peluche ! Voyez comme les trois Grâces (sont-ce les trois Grâces ?) d’à côté regardent ce fauteuil avec un air d’envie !

En parlant de récup, si vous voulez pratiquer l’art brut, le vrai, il faut d’abord apprendre à récupérer. Savoir QUOI récupérer. Vraiment ! Les bouchons de bouteille, par exemple, qu’on vous demande de collecter soigneusement pour offrir des fauteuils roulants aux handicapés nécessiteux. Eh bien ça peut aussi servir l’Art ! Il suffit d’avoir des idées. Là, l’idée, c’était d’apprendre au populo à faire lui aussi ses promesses électorales. Nous ne sommes pas très certains que le populo fréquente beaucoup les musées de l’art brut. Parce que (ce n’est peut-être qu’une impression ? qu’un vilain préjugé ?) l’art brut, c’est l’art populo regardé par l’intello. Non ? Enfin, quelque chose comme ça. Cette urne à promesses électorales reçoit-elle beaucoup de promesses électorales ?

Le type à qui cette drôle d’idée est passée par la tête s’appelle Gilbert Clément. L’esthétique de la chose ? Bof ! Enfin... Je veux dire... Chacun ses goûts, après tout ! En tout cas, la chose était équipée d’un petit calepin avec pages détachables. Chaque visiteur (même s’il ne fait pas parti du populo ???) peut arracher une page, y griffonner une promesse électorale, et la jeter dans la machine à promesses électorales. Pourquoi pas ? Le monde va-t-il changer grâce à la machine à promesses électorales du populo ???

Remarquez, il y a récup et récup. Ce qui suit, on a déjà tous les deux beaucoup plus apprécié.
Sylvain et Ghyslaine Staelens récupèrent des bois flottés, des racines, des pierres volcaniques et de vieux clous rouillés pour modeler ces étranges sculptures qui vous plongent au cœur d’une spiritualité pour ainsi dire primitive. Ne se trouveraient-elles pas mieux à leur place dans une grotte, un sanctuaire, une chapelle romane blottie au creux d’une clairière ?

On peut aussi récupérer, comme Claude Brugeilles, de vieux landaus, des roues de trottinette, des cages à oiseaux, des casseroles rouillées, des paniers, de vieux godillots, des morceaux de ferraille divers et variés et les transformer en extraordinaires Don Quichotte. On peut même le faire accompagner d’un Sancho Panza, à condition d’avoir su dénicher le bon parapluie. Le panzón qui nous a permis de pénétrer dans son antre (moyennant quelques euros) nous a affirmé avoir servi de modèle pour l’exécution du Panza. C’est plausible.

À condition de dénicher quelques hardes, des bouts de ficelle, un machin en bois à roulettes, il est possible aussi de confectionner un mélancolique joueur de banjo, monté sur son ratite apprivoisé. Pardon pour ce mot savant, mais j’ai du mal à déterminer s’il s’agit d’une autruche, d’un nandou, d’un émeu ou d’un casoar (il a bien, si je ne m’abuse, une espèce de casque sur la tête). Je suis sûre seulement qu’il ne s’agit pas d’un kiwi.

Mais vous n’avez peut-être ni le temps ni le goût pour remuer les fonds des poubelles. De toute façon, ce genre d’exercice devient de plus en plus compliqué à pratiquer. Sacs de plastique obligent. Et puis où sont donc passées ces merveilleuses décharges à ciel ouvert où tout un chacun pouvait aller fouiner à sa guise ? Les modernes déchetteries sont bien entendu équipées d’un gardien... Oups ! Pardon ! ...d’un ambassadeur du tri, voulais-je dire, suffisamment rogue pour vous dissuader de descendre fouiller dans les bennes.
Alors vous pouvez vous contenter de quelques crayons de couleur, de colle, de ciseaux, de revues périmées... Et de pas mal d’imagination chirurgicale. N’est-ce-pas, Claude Place ?

Jacques Deal, lui, compose ces étonnants tableaux uniquement en découpant Pari-Match. Comme quoi, parfois, Pari-Match peut quand même servir à quelque chose.

Pour avoir le droit de pratiquer l’art brut, il faut, nous explique-t-on très sérieusement à l’entrée du musée, n’avoir subi aucune influence. Alors ça : c’est de l’influence, le hasard le plus total, ou encore une illusion à moi ? Vous ne trouvez pas que les tableaux de cette Maria Vergne possèdent un petit air de douanier Rousseau ? Du reste ce Rousseau, si totalement autodidacte, je n’ai jamais entendu dire qu’il pratiquait l’art brut. Il pratiquait l’art naïf, lui, non mais ! (Ou c’est moi qui manque de culture artistique ?)

Quant à la femme-sirène de Valérie Bidaud, si elle ne manque certes pas d’originalité, elle me fait irrésistiblement penser aux « deux femmes courant sur la plage » de Picasso. Mais ça, c’est peut-être seulement une idée à moi.

Vous avez remarqué ? C’est vraiment une femme et une sirène. Elle a une queue de poisson et des jambes. Elle a une tête de poisson et une tête de femme. En plus, elle fait des bulles...
… Et celle-ci, c’en est une, sirène ? Dans un autre genre, et avec une drôle de queue ! Et deux têtes, en plus ! Vous vous rendez compte ? Même les plus horribles bibelots qu’on vous a offert pour Noël peuvent vous servir à fabriquer de l’art. Ne les jetez pas surtout ! Quand vous en aurez accumulé assez, et avec un peu d’inspiration...

Oh ! Mince ! J’avais oublié dans ma liste, tout à l’heure... Pour pratiquer l’art brut, on a aussi le droit d’être Manouche, comme cette Rebecca Buchez, une petite jeune fille dont la tante vit encore en roulotte, d’après ce que nous a expliqué le conservateur du musée. Forcément, ça nous a touché de près !

Un qui nous a bien ému, c’est Mario Chichorro, avec son petit air « arts premiers ».

Est-ce que les arts premiers sont de l’art brut, d’ailleurs ? Ah non ! Ça, c’est encore autre chose. On a eu une grande discussion avec Oswald, à ce sujet. Lui, il considère que ce qu’on appelle « les arts premiers », ce n’était pas de l’Art. Parce que l’Art, n’est-ce pas, ne doit avoir aucune fonction utilitaire. L’Art pour l’Art, un point c’est tout. Or, les arts premiers avaient ou ont encore, une fonction religieuse ou superstitieuse, ce qui est à peu près la même chose. On peignait au fond des grottes pour supplier l’Âme Suprême du Mammouth d’accorder une bonne chasse.
On sculptait des masques pour attirer la pluie. Le chaman se parait d’oripeaux extravagants pour obliger le mauvais esprit niché dans le corps d’un malade à s’enfuir... S’il existait une recherche esthétique, cela ne servait qu’à s’attirer la faveur des dieux, ou des esprits... ou bien à les épouvanter, si possible !
L’art tibétain est-il un art ? Les somptueux monstres colorés ne sont-ils pas chargés d’effrayer les véritables monstres, ceux qui se cachent dans les replis de la montagne pour dévorer l’humain égaré ? Ou à tout le moins chargés d’édifier le malheureux humain sur le sort qui l’attend s’il ose s’aventurer sur les sentiers sacrés sans respecter le rituel imposé par les dieux ?
Mais dans ce cas, les orgueilleuses cathédrales édifiées pour plaire à Dieu relèvent-elles de l’Art ? Et Michel-Ange ??????
C’est lui ?

Chut ! Arrête de raconter des anneries ! Une grande oreille t’écoute, d’étranges yeux te regardent, et tu ne vois donc pas cette bouche béante, cette langue prête à t’avaler ?

Et ça ??? C’est quoi, ça ???

Ben vous savez quoi ? J’ai gardé le meilleur pour la fin. Ma chouchoute, ma préférée, celle qui m’a touchée au fond de l’âme. Elle travaille la terre, la boue, la gadoue, la bourbe, la fange, enfin bref, l’argile, quoi, ou la glaise, si vous préférez. En tant que Brennouse, en tant que patouilleuse, en tant que Celle-Qui-Aime-Marcher-Pieds-Nus-Dans-La-Vase, forcément...
Gabrielle Duc, donc, construit elle-même ses fours, expérimente les cuissons, et se retrouve avec des résultats inattendus, des nuances de couleur comme je les aime, dans les tons ocre, beige, grège, bruns, marrons, flammés, tout chauds et tout doux.
Elle façonne chaque petite écaille une par une !
Art brut ? Inspiré par l’Art premier ? Art tout court ???

Mercredi 27 Août. Midi.

Adios Amigos. Ce fut une bonne matinée. Je ne vous laisse que mes fumeuses impressions toutes personnelles au sujet d’une esthétique brute. Et je vous laisse interpréter cette fâcheuse ou heureuse homonymie selon le choix de votre cœur.
Mais ATTENTION ! Si vous décidez de vous lancer dans l’art brut, ce ne sera pas de l’art brut, car l’art brut doit se pratiquer en toute innocence de cause. Na !
Ou alors il faudrait trouver une nouvelle forme d’art inspirée par l’art brut, mais qui ne pourrait pas s’intituler art brut. Et lui trouver un nom.

P.S.:Si toutefois l’envie vous prenait d’aller y voir de plus près, dépêchez-vous ! Le musée va fermer définitivement ses portes en Octobre prochain. Manque de moyens financiers pour payer des salariés, et pas moyen de trouver suffisamment de bénévoles...
Dommage.
Anne

LA TRUIE AVEC DES NOMS D’OISEAUX

ou

les Vérités cachées de Lapalisse

On ne m’a jamais traité de noms d’oiseaux.
C’était plutôt avec des noms d’autres animaux. De préférence ceux de cer­tains mammifères, si vous voyez desquels je veux parler. Apparemment à cause de mon allure un peu balourde, pas du tout dotée de cette légèreté oi­seau-lyrique, hautement prisée par les communs mortels.
C’est comme ça, et ne cherchons pas à comprendre. On est ce qu’on est.

Pas comprendre ?
Ou peut-être que dans une de mes vies antérieures j’en étais vraiment un, ou même une ?
Une truie ?
Une fois ici, dans la cité des vérités, j’ai peut-être une chance de trouver la vérité profonde qui se cache en moi-même en fourrant ma noble hure pas seulement dans les boites de bonbons.

Les sucreries ne sont pas les seuls composants du quotidien d’un voya­geur, ni de moi-même. Et, si je regarde bien, ce moi-même est en voyage.
Ce moi-même ?
Tout ce tissu bien traité, joliment colorié, soigneusement plié et repassé en­core et encore par les bonnes manières momentanément en cours  ?

Suis-je l’une d’elles ?

Ou ce tissu écru ?

Cette couleur grège ?

Qui suis-je ? Et si oui, lequel d’entre eux ?
Alors, accompagné de mon deuxième Moi, je suis parti à la recherche de ma vé­rité à moi, dissimulée parmi toutes les autres certitudes qui fourmillent dans cette illustre accumulation de Vérités, le condensé de Lapalisse.

Des masques amblyopes, des totems muets, nous ont accompagnés dans notre errance vers cette conquête nébuleuse. Ne parlons pas de ma Anne qui commençait à se faire de sérieux soucis pour moi... sans trop se demander duquel de ces multiples Moi qui m’habitent il s’agissait. Par moments, je crois, elle en voit seulement deux ou trois, pas plus.
Vers où allons-nous, mes habitants intérieurs  ?

Oui, tu as raison :
Je m’aventure sur un chemin inconnu. Est-ce-que j’entreprends un voyage seulement pour fuir mon chaos interne ?
Ou le vide ?
Ou bien : je me/nous jette dans cette histoire pour frimer plus tard, avachi dans un fauteuil douillet, entouré d’amies adoratrices ?

Ou, peut-être, un de mes multiples Moi a perdu un pari avec ses coloca­taires ?
Et là, j’ai entendu surgir du fond de mes tripes chaudes et gluantes un bruit :
Couiner, grognonner, grommeler, grognasser, ronchonner ?
Oui, ça c’était moi, moi sans maquillage, sans déguisement. Ça mâchouillait en se vautrant dans la luxuriance du moment présent sans aucune gêne.

C’est ça, le voyage. Même si je ne bouge pas puisque nos grassouillettes ha­ridelles se sont mises hors service.
Et nous nous en balançons si c’est pour la frime, ou encore pour l’illumination de la ratatouille composée de ce que N°1 (Je) appelle N° 2 (Moi) aux mo­ments différents qui génèrent les autres Moi.

Avant d’être en voyage, nous étions à la maison.

Une lapalissade ? Pas si sûr.
Notre maison, c’est la roulotte. En plus, en ce moment, on ne se déplace pas, ce qui fait encore plus une maison de notre maison. Pardon... de notre rou­lotte.
Mais quand ça bouge ?
Bon d’accord, ce n’est pas arrivé trop souvent jusqu’à maintenant. Mais quand ça bouge quand même ?

C’est encore une maison ?
Un vaisseau ? N’importe...
Donc, plongeons notre groin dans de plaisantes choses, là, juste devant nous.
Faut-il que ça se déplace pour tomber dans un tiroir ?
Et d’ailleurs : pourquoi caser tout et n’importe quoi dans des catégories ? Est-ce que ça ne risque pas de détourner le regard du côté l’étiquette collée sur le tiroir plutôt que vers son contenu qui déborde d’ailleurs largement ? Aucun ensemble de choses, ou même de non-choses, ne se laisse coincer dans une catégorie sans y soustraire une grande partie de sa force vivante, de son pouvoir créatif.

N’étant pas des professionnels du voyage, et n’ayant fréquenté aucune Aca­démie du Voyageur, soyons donc d’accord si certains nomment notre occupa­tion actuelle un « Voyage Brut ».
Et rigolons.
¡Basta !


oswald

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