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Du Cafard et du Nuage 27/8/2014


Il a plus qu’une dizaine de jours :

Trézelles, Trézelles, c’est bien joli, mais on a fini d’en faire le tour !
Ma Anne pense que nous pourrons partir ce week-end.
Ce matin elle s’est mal réveillée. Elle m’a dit avoir le cafard. Moi, j’ai répondu que d’avoir le cafard c’est mieux que d’avoir des puces, et qu’elle n’avait au­cune raison de se plaindre de ce cafard-là.
Elle n’était pas trop d’accord.
Elle m’a expliqué qu’elle voulait bichonner son cafard, car qu’il était plus im­portant, et surtout plus chiant que toutes les puces du monde réunies. Et point final.
La morale de l’histoire :
Ne dérange pas ta femme quand elle veut cajoler son cafard.
Et quant à moi ?
Deux mois sont passés depuis notre départ. Avec tous ces accidents et toutes ces pannes nous avons fait à peu près 350 km jusqu’ici, ce qui fait une moyenne de 5,16 km par jour. Faramineux !
La majeure partie de notre voyage, jusqu’à présent, a consisté en attendre, attendre et at­tendre.
Attendre quoi ?
Voyager c’est bouger pour oublier qu’on attend ?
Dans ce sens-là voyager, c’est comme travailler ?
Mais en travaillant on attend la paye ou au moins un résultat.
Et en voyageant ?
Merde !
N’y a-t-il pas là quelque-chose qui grignote paisiblement mon croupion mor­ceau après morceau ?
Mon croupion  : cette partie de moi-même qui donne à mon âme la stabilité et l’équilibre nécessaires pour me tenir bien d’aplomb.
C’est ça, le cafard ?

Au jour de hui :

Une seule étape après Trézelles… Nous voici au Courty, avec les deux ju­ments accidentées. Décidément !
Les juments vont légèrement mieux, jour après jour.
Le cafard de ma Anne s’est planqué. Mieux vaut ne pas trop chercher à sa­voir où. Cette Anne virevolte autour des juments avec le panier chargé de la Bétadine, de seringues, d’anti-inflammatoires, de pansements et de compresses.
Elle soigne les juments.
Qui se laissent faire, patiemment.
Ah, la patience !

Et mon cafard à moi ?
Il a pris l’habitude de tournicoter autour de moi comme une lucilie autour d’un gros crottin. Il s’irise de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel en fonction de ses positions par rapport à moi. Parfois c’est très beau, malgré la douce puanteur qui effleure mes sens comme une mélodie lointaine, un air perdu.
C’est ça, la patience ? C’est ça, l’attente ?
Par moments j’ai l’impression que notre périple n’a été, jusqu’à ce jour-là, com­posé que de journées d’attente.
Combien de jours de marche ?
Il faudrait compter.

Comme une grosse ombre noire, quelque-chose pèse au-dessus de moi : c’est une question.
La question  : que veux-je en osant ce voyage ?
Je commence à craindre que le voyage ne provoque de temps en temps la question du Sens. Et ça, c’est le début de la fin.
Car la vie même n’a pas de sens, et c’est exactement ça qui lui donne sa force : l’abondance, la gratuité.
Sans compter.
Il faut que je cesse de compter.

Et puis . . .
après une longue marche avec un sac-à-dos de plus de 20 kg.

Blotti dans notre lit mon regard plane au-dessus du paysage qui s’étend de­vant le hublot de la roulotte.
Horizon lointain, tout plat.
Un peu plus vers la gauche, une rangée de douces collines. Puis la chaîne des volcans inanimés depuis long­temps.

Le tout bariolé par des boqueteaux, sillonné par des haies, taillé par le labour de générations de paysans. Des prairies, des clôtures, le reflet du coucher du soleil au zinc de l’abreuvoir. Moment bref, passager.
Des vaches, pelotons ruminants.
De temps en temps le toit d’une habitation, d’une grange. Les premières lu­mières, des lucioles perdues.
Souffle après une longue journée de travail.
Comme si c’était un peu un chez-moi.

Tout, tout, jusqu’au dernier recoin, est façonné par les humains.
La nature ? Elle s’est réfugiée dans les marges oubliées par l’obstination des exploitants de la terre-mère.

Et l’autre moitié du panorama qui se présente devant mon minuscule hublot ?
La moitié d’en haut ?

Là, pas d’humains, même pas une trace.
Une étendue pure, sans souillure visible. . .
Solitude cristalline. . .

Et ma rêverie est réprouvée par l’indéchiffrable beauté des bancs de nuages do­rés.
oswald

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