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Râli et Sekü : le divorce 24/10/2013

Notre premier départ aura duré... cent cinquante mètres !!!
Avec trois catastrophes au bilan...
Colonne vertébrale fracturée pour moi.
Ressort brisé pour notre pauvre petite Kaplumbaga.
Et divorce obligatoire d’avec Râli et Sekü, nos deux mulets.

Tout avait l’air, pourtant, de vouloir si bien commencer...

Nous avions décidé d’acheter deux animaux attelés en paire et déjà bien expérimentés. Nous pensions qu’ainsi, nous pourrions nous consacrer à autre chose qu’au dressage, ou même seulement au perfectionnement de nos « tracteurs ».
Nous avons opté pour les mulets plutôt que pour les chevaux en raison de leur rusticité.
Seulement, les mulets sont beaucoup plus rares que les chevaux.
Et nous avons commis l’erreur de nous précipiter sur la première paire venue, qui ne se trouvait qu’à vingt kilomètres de chez nous. Coup de chance inespéré !
Nous avons trop fait confiance au vendeur, qui nous assurait que les deux mulets étaient parfaitement attelés, et qu’ils avaient déjà de l’expérience. Ils avaient fait de la randonnée et des concours d’attelage. Râli était un vrai mouton, que l’on pourrait confier à un gosse de cinq ans. (Inconscience, quand tu nous tiens...) Sekü était « un peu sur l’oeil », ne donnait pas très bien les pieds, mais il se fiait à son frère et allait bien à l’attelage...
Lorsque le vendeur les a attelés à sa petite marathon avec nous, tout s’est en effet bien passé. Sauf que je n’ai pas pensé à demander à prendre moi-même les guides. Et que maintenant, à retardement, je me souviens bien que le meneur était sans cesse en train de retenir les deux lascars pour qu’ils ne démarrent pas au quart de tour. Jamais, au cours de cet essai, ils ne se sont baladés zen, la bride sur le cou... Ça aurait déjà dû me mettre un peu la puce à l’oreille. Bref.
Quand les deux pépères sont arrivés à la maison, je savais donc que j’allais avoir un peu de travail pour que Sekü donne les pieds, et pour le faire aller dans l’eau. Il a d’ailleurs a très vite progressé. Ce que je n’avais pas imaginé, c’est que Râli serait un « testeur » de premier ordre, ne pardonnant aucune erreur. Il suffit de lire les articles que j’ai écrit à son sujet. Reprendre le travail de base, y compris simplement marcher en main. Et me rendre compte que pour un mulet qui n’avait peur de rien, il avait en réalité peur de... beaucoup de choses !
Mais ils sont si gentils, Sekü et Râli ! Je refusais de tenir compte des signaux d’alarme qui s’accumulaient.
Notre première en roulotte a été assez désastreuse, mais compte tenu des erreurs de harnachement que nous avions commises, je voulais croire que la partie n’était pas perdue.
Et puis Kaplumbaga est restée trois mois au garage, du coup nous n’avons pas pu réatteler tout de suite.
Au retour de la roulotte, nous avons demandé à Paulo, roulottier fort expérimenté, de venir atteler avec nous pour éviter de commettre de nouvelles bêtises.
Il est venu le dernier Jeudi de Septembre.


Il a eu bien du mal à tenir les mulets. Qui après 4 kilomètres au pas (avec un mal fou pour les maintenir au pas) sont arrivés à la maison trempés de sueur .
« Vous voulez vraiment mon avis ? nous a demandé Paulo.

  • Ben oui, c’est pour ça qu’on t’a demandé de venir !
    - Eh ben vos bestiaux, faites-en du saucisson : ce sont des dangers publics ! Anne, tu ne les tiendras jamais. Tu n’arriveras même pas jusque chez moi avec eux, je te le parie ! Achetez donc des bons poneys de trait style Haflinger, de 12 ou 13 ans, tout à fait cools, et vraiment prêts à prendre le départ. Je comprends bien que vous ayez envie de démarrer maintenant. Mais écoutez moi ! C’est trop dangereux. Regardez cette sueur ! C’est pas une sueur de fatigue, après 4 kilomètres de pas. C’est une sueur d’énervement et d’angoisse... »

Purée... ! Ce n’était pas vraiment ce que j’avais envie d’entendre. Nous voulions tellement partir ! « Quand même, je me suis dit, en attelant tous les jours, ils vont peut-être s’y faire ! »

À quoi tient le destin... Le soir, je fais une proposition à Oswald : « demain, on attelle tous les deux, juste pour un petit tour au pas. Si je sens que je peux tenir les mulets sans trop de peine, on attelle tous les jours jusqu’à ce que je les sente prêts, quitte à repousser le départ de quelques semaines. Si je les sens vraiment mal, si je peine trop, on s’en tient à l’avis de Paulo. Il ne faudrait pas que ce voyage devienne un calvaire... »
Donc, le vendredi, aux petites aurores, nous harnachons. Les deux mulets se tiennent bien sages. Nous attelons. Ils ne bougent pas. Je monte dans la roulotte. Je dis à Oswald de les détacher, puis de monter avec moi.
Il les détache. Je les fais tourner un peu, et là... Oswald n’a pas le temps de monter dans Kaplumbaga... heureusement pour lui ! Les mulets s’emballent instantanément. Départ de l’arrêt, directement au galop ! Je ne gère plus rien du tout. Les bestioles ont pris le mors au dents, impossible de les arrêter. Et c’est bien sûr Râli qui mène la barque. Sekü, affolé, ne fait que suivre. J’ai la trouille qu’ils ne tournent à angle droit sur le chemin, et que la roulotte ne verse. Mais non... Ils foncent tout droit vers le champ labouré. Malheureusement, avant le champ, il y a le quai de chargement. Ils y montent au galop, et sautent. Kaplumbaga s’envole, comme un skieur sur son tremplin, et retombe rudement... sur ses quatre roues.


Je glisse du siège, et tombe sur le frein à main. Horrible douleur dans le dos. Les mulets galopent dans le labour. Je tiens toujours les guides, mais j’ai trop mal, je ne parviens pas à remonter sur le siège. Galoper dans la terre molle et collante, c’est quand même très fatiguant. Les mulets s’arrêtent d’eux-mêmes. Oswald me rejoint et monte dans la roulotte. Je lui demande de s’occuper du frein. Avec un effort très douloureux, je parviens à remonter sur mon siège. J’oblige les mulets à tracer de larges voltes, à droite, à gauche, à droite, à gauche, pour les contraindre à m’obéir, et les reprendre en main. Je parviens à les ramener à la maison. Oswald les dételle et les remmène au pré. Quand il rentre, je lui demande d’appeler le Samu. Je ne tiens plus.
Ambulance. Trajet jusqu’aux urgences, coincée dans une coque.
Le verdict tombe : déplacement et fracture d’une vertèbre. Transfert vers l’hôpital de Poitiers. Le chirurgien fait la grimace : moelle épinière menacée. Opération. Me voici nantie de vis et de broches dans les vertèbres. Bon je passe sur les détails. Une semaine d’hôpital, et me voici à la maison, sous morphine, coincée au lit. Infirmière tous les jours. Je commence à faire quelques pas. Je m’ennuie. Oswald est aux petits soins.
Plus question de départ avant un bon moment.
Kaplumbaga s’en sort avec deux ressorts brisés.

Et le peu d’espoir qu’il nous restait de partir avec Râli et Sekü s’est définitivement envolé.
Divorce prononcé.
Il leur faut quelqu’un qui puisse terminer leur éducation. Parce que, en fait de qualification, ils étaient tout juste débourrés. Nous avons appris – seulement après les avoir achetés – que lorsqu’on nous les a proposés, ils n’avaient pas travaillé... depuis 18 mois !!! En fait de randonnées, ils avaient accompli deux petites randonnées en campagne et n’avaient donc aucune expérience citadine. Pour tout concours d’attelage, ils avaient participé à celui de leur village, minuscule concours bon enfant qui n’attire pas les foules.
Nous les aimons bien pourtant. Ils se trouvent à l’autre bout du pré : un coup de sifflet, et ils arrivent. Ils aiment les câlins, les gratouillis dans les oreilles, le pain dur et les mots doux.
Mais ils ont trop de peurs intempestives. Et nous ne pouvons pas nous permettre de partir avec des « embarqueurs ». Nous préférerions tout de même rentrer vivants de l’aventure, si possible. Alors tant pis.
Divorce obligatoire.
Divorce prononcé.
De toute façon, il faut que je me remette. Nous avons tout l’automne et tout l’hiver devant nous.
Et il faudra renflouer les finances, parce que nous ne revendrons pas Râli et Sekü le prix que nous les avions achetés (prix de mulets dressés et expérimentés, pas prix de mulets juste débourrés !)
La leçon aura porté.
Pour acheter notre nouvelle paire – poneys ou mulets – nous exigerons desormais un essai préalable. Comme je suis coincée dans ma chambre, je regarde un peu sur Internet ce qu’on peut trouver. Les prix, les races. Ça donne une petite idée.
Attendons. On ne peux pas toujours tout rater. La prochaine fois sera la bonne.
D’ailleurs, je ne suis ni morte ni paralysée.
Donc tout va bien.
Ce n’est que partie remise.
C’est sûr, nous partirons au printemps !

Anne, fin Octobre 2013

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