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Intrusion en Slovaquie

Premier Mai

L’arbre de Mai existe aussi en Hongrie. Tout enrubanné.

J’ai oublié, dans l’article précédent, de te présenter toute la petite famille de Papa István, sculpteur. La maman se prénomme Bea. Elle est « jardinière d’enfants », comme on le dit encore très joliment dans ce pays où l’on n’est pas encore pompeusement baptisé « professeur des écoles exerçant en classe maternelle ». La fille aînée, quatorze ans, c’est Sarolta. Saci de son petit nom. Vient ensuite Batóny, un joyeux lutin de six ans, très bavard, et d’une exquise gentillesse. Il devient mon professeur de hongrois et m’apprend un tas de mots nouveaux, en reprenant mon accent jusqu’à ce qu’il s’en trouve satisfait. Exigeant, le petit bonhomme ! Le bébé Álmos n’a que trois mois. Trop mignon...
Après l’insistance de Bea, on va rester une journée de plus. Elle nous propose de déjeuner ensemble. Elle veut nous faire goûter au Slambuc, plat traditionnel de la Puszta, cuisiné au chaudron. Le plus intéressant, dans l’histoire, c’est toute l’ambiance qui tourne autour.

Tu te doutes bien que le Oswald surveille de près les opérations.

Batóny, n’en perd pas une miette lui non plus.

Tu remarqueras les beaux sièges, tout aussi traditionnels que la tambouille, fabriqués par le Papa.

Quand le slambuc est cuit, on retire le chaudron du feu. Il est déposé sur un trépied tout exprès étudié pour. Service !

Batóny nous régale d’une très jolie chanson (traditionnelle itou), gestes et mimiques à l’appui.

Admire un peu la belle cuiller avec laquelle on doit manger ça !

Après le repas, István décide de façonner deux belles cuillers rien que pour nous. Pendant ce temps,
Batóny, qui suit les traces de son père, nous sculpte un kopjafa miniature. Avec de vrais outils. Ses parents n’hésitent pas à le laisser utiliser cutters costauds et ciseaux à bois bien aiguisés.

Et voilà le résultat !

Parmi la foultitude d’objets fabriqués par István, ce fusil ottoman qui se charge par la gueule. Il fonctionne. Dangereux, paraît-il. Rassure-toi, là, il n’est pas chargé !

István travaille aussi le cuir. Voici quelques unes de ses créations.

2 mai : Verőce – Zebegény 19 km

La météo avait prévu pluie, mais quelque rayons de soleil rayonnent. István et Batóny sont montés dans la roulotte et nous accompagnent pour quelques kilomètres. Le petit garçon est enchanté !
On longe la boucle du Danube. Paysages superbes.
Pas de problème pour trouver un emplacement : nous sommes attendus par Anikó, une cousine du Attila rencontré à Verőce. Son terrain est tout petit, mais ça suffira pour une nuit. Quand à Kaplumbağa, elle sera stationnée sur la place d’un restaurant, juste à côté de la gare.

Nous aurons donc droit au bruit des trains. Supportable : ils ne sont pas trop nombreux. Ah, quand même… Un toutes les demi-heures, à quelque chose près. Ils ne s’arrêtent pas tous.

Un qui se régale, c’est le gros toutou : le patron du resto lui apporte tous les restes. Holà ! C’est pas un peu trop, tout ça ?

Les instincts d’Altaï parviennent à se réveiller, en de certaines circonstances. Le voici qui fait entendre sa grosse voix furieuse. Deux alcooliques sont en train de se rouler par terre en se balançant des insultes. Ambiance !
Le soir, on sort les licols pour aller faire brouter un peu Océane et Noé sur les bords de route. Ce ne sera pas la peine : quand on arrive devant le jardinet où elles sont parquées, toute une famille se trouve là. Ce sont les voisins d’Anikó. Papa a sorti la faux pour faucher l’herbe des bas côtés,

Maman ramasse, et les enfants en jettent aux juments ravies de pleines brassées.

Pour finir nous rejoignent deux mamies, puis Anikó et ses trois enfants (à gauche sur la photo)

Anikó nous invite chez elle à manger la soupe à l’oignon. Elle est artiste peintre et graphiste. Difficile de gagner sa vie avec ça, « surtout en Hongrie » affirme-t-elle. Comme il faut bien qu’elle nourrisse sa marmaille, elle dessine aussi des décors pour jeux vidéos. Ça ne lui plaît pas tellement. Elle ne fait pas ce qu’elle veut et doit s’adapter au style désiré par le commanditaire. « Mais il faut bien de temps en temps travailler pour gagner de l’argent... » soupire-t-elle.
Sa maison est située en haut d’une colline et domine le Danube. Quelle vue !

3 Mai : Zebegény – Ipolydamásd 8,5 km

L’étape aura été courte. Cette fois, ce n’est ni à cause des juments, ni à cause de la roulotte. C’est la faute d’un vilain petit virus qui s’est permis de s’installer douillettement dans les cellule de la Pauv’Anne. Angine + coryza. Ça veut dire : mal à la gorge et pire, NEZ BOUCHÉ. On ne connaît pas son bonheur quand on respire sans y penser !
La route est tranquille, le paysage superbe, et je n’arrive pas à en profiter. Bouche fermée, je suffoque. Bouche ouverte, la gorge me brûle.
Alors quand on tombe sur cet emplacement tout vert, STOP ! Les juments vont pouvoir se vautrer dans l’herbe jusqu’au ventre pour compenser la portion congrue d’hier.

Juste derrière la première ligne d’arbre coule une rivière, l’Ipoly. De l’autre côté de la rivière, c’est la Slovaquie. Mais pour y parvenir, il faudra d’abord longer un moment la frontière avant de rejoindre le pont pour enjamber l’Ipoly.
Là, tu peux voir Altaï en Hongrie, et juste sur l’autre rive la Slovaquie.

La ripisylve est enchanteresse.

Rencontre…

4 Mai

Repos ! Ce rhinovirus est décidément méchant (j’allais écrire « virulent »… forcément.) Je ne sais plus dans quel sens me tourner pour respirer un peu…

5 Mai : Ipolydamásd – Štúrovo (Slovaquie) 19 km
(7,5 en Hongrie et 11,5 en Slovaquie)

Encore patraque et le nez bouché, mais au moins j’ai dormi quelques heures, et la cervelle ne bringuebale plus. On part !
Très peu de circulation. La route est charmante.

Du vert, du vert, et encore du vert !

Voici la frontière. Ancien poste hors service. Aucun contrôle.

Après le pont sur l’Ipoly

C’est la Slovaquie.

On songeait à s’arrêter à Salka, premier village Slovaque. Mais pour stationner sur l’emplacement indiqué, il fallait retourner sur nos pas. On décide de continuer.
Il y a une montagne à franchir avant de redescendre vers le Danube. Pas excessivement méchante, mais ça monte et ça monte et ça monte sur des kilomètres d’une route en lacets qui n’en finit pas. Océane et Noé sont en pleine forme. Arrivées au col, elles semblent moins fatiguées que moi ! La descente n’est pas aussi longue, mais assez raide, à un moment donné. (12 %, indique le panneau) Les louloutes assurent. Dans le village, il est indiqué « Štúrovo 5 km ». Au point où on en est, on décide de pousser jusque-là.
Avant d’entrer dans la ville, on aperçoit un chemin, avec un très large bas-côté bien fourni en herbe. Une famille de Tziganes nous regarde passer. Comme d’habitude, les enfants s’enthousiasment. Oswald descend leur demander s’il pourraient nous donner de l’eau, au cas où l’on s’arrêterait ici. Aucun problème. Je suis épuisée, on s’arrête. Pour nous, c’est un peu bruyant, bien que légèrement à l’écart de la route. De plus, Kaplumbağa prend un petit air penché.

Mais pour les juments, c’est un rêve. L’herbe leur chatouille le poitrail. Elles sont décidément gâtées. Il est vrai que c’est la bonne saison.

Cornegidouille ! De nos deux seaux que l’on trimballe accrochés à l’arrière de la roulotte, on en a perdu un en cours de route ! Bah ! S’il ne se fait pas aplatir par un camion, il fera peut-être le bonheur de quelqu’un. En attendant, va falloir en acheter un autre…

La digue du Danube se trouve à une cinquantaine de mètres de la roulotte. Le soir après dîner (asperges, une première cette année) : promenade romantique au bord de l’eau.

Avant la deuxième guerre mondiale, la ville était tout entière Hongroise, des deux côtés du fleuve. Depuis 1945, le Danube la sépare en deux. La rive Sud est hongroise, la rive Nord est Slovaque. Encore une raison de se plaindre pour les pauvres Hongrois.

Tous les gens rencontrés aujourd’hui ici même sont magyarophones. En ce qui concerne notre belle rencontre du jour, la communication a pu s’établir… grâce à l’espagnol ! L’espagnol de ce monsieur n’était pas excellent, mais suffisant pour nous bombarder de questions. S’il avait parfois un peu de mal à trouver ses mots, il comprenait par contre sans aucun problème toutes nos réponses. Cadeau : une bouteille de vin de sa production.

6 Mai : Štúrovo – Čenkov 17 km

Encore un tenace petit mal de crâne ce matin. Cette fois, j’en ai marre, je me dope aux médocs. Je ne suis pas maso à ce point, quand même. Miracle, une demi-heure plus tard, le mal de crâne a disparu. Ouf !
Après un bout de route beaucoup moins fréquentée qu’on ne l’avait imaginée, on bifurque sur la véloroute, pour voir. La fameuse Eurovéloroute n° 6, celle des trois fleuves, qui va de Nantes à la Mer Noire (Loire, traversée du Rhin, Danube)

Jusque là, tout va bien. Quelle tranquillité ! Un groupe de cyclistes nous salue joyeusement, et nous prévient qu’on ne fera pas 500 mètres de plus : la route est coupée. Un vélo passe, pas une roulotte. Par contre, il y aura de l’espace pour exécuter le demi-tour obligatoire.
En effet ! Pas question de franchir ce pierrier ! On n’est que deux vieux retraités mous et civilisés, pas des hardis pionniers de Far West.

Quand à la butte qui surplombe la martelière… hum ! Hum !

Grimper ça ? Océane et Noé sont tout à fait septiques. Ça va pas, la tête ? Et le pire, c’est qu’il faudrait redescendre de l’autre côté. Casse-Roulotte. Franchement, tu vas peut-être nous traiter de poltrons et d’aventuriers du dimanche, mais… ben oui, on avoue, on a la trouille !!!
Et puis quoi ? On aurait l’air malin si on cassait la roulotte. Ou pire, une de nos juments. Ou les deux. Et nous par dessus le marché.
Donc pas le choix. Demi-tour.
Mais seulement demain. Attends ! On n’est pas bien, ici ? Tranquillité toute verte garantie. Stridulations des grillons en accompagnement. Un bateau de temps en temps sur le Danube. Quelques passages de cyclistes. Qui nous renseignent sur où on peut et où on ne peut pas prendre la véloroute. Précieux, les renseignements.
L’emplacement est vraiment idéal.

Enfin, presque. On ne peut pas mener les juments boire au Danube dans ce chaos rocheux. Pas envie de leur briser une jambe. Alors c’est le Oswald qui prend le risque à lui tout seul pour descendre chercher de l’eau dans les seaux et la remonter en crapahutant. Gâtées, nos deux chipies !

Belle flânerie à pied le long du fleuve. Sur la rive hongroise, ce n’est qu’extraction de gravier par grosse machinerie tout au long de la berge. Côté Slovaque, arbres magnifiques, d’une envergure impressionnante.

7 Mai : Čenkov – Patince 19,5 km

Même pas besoin de racheter un seau ! Juste avant notre départ, un gentil monsieur nous apporte un seau plein d’avoine pour les deux belles. Et nous précise qu’on peut garder le récipient.
De l’avoine ? Hum ! Normalement, Océane et Noé ne mangent pas de grain du tout. On ne s’en servira que par toutes petites poignées pour les récompenses et les séances câlins. Ben oui, quoi ! N’en déplaise à ceux qui prétendent qu’il ne faut jamais rien donner à un cheval dans le creux de la main, sous peine de le rendre insupportable, réclameur et mordeur, ben nous, on le fait. Et ça n’empêche pas nos louloutes d’être super gentilles, non mordeuses, et pas du tout enquiquinantes. Alors pourquoi les priver et nous priver de ce plaisir ?
Quand à l’absence de grain dans la ration, c’est quand même bien pratique : pas besoin d’aller quémander à chaque étape. Quand on avait parlé de ration de grain à Éric, l’ex-propriétaire d’Océane et Noé, qui est aussi leur naisseur, il avait sauté en l’air : « du grain ? Pas la peine ! Elles n’en ont jamais mangé de leur vie, et elles sont bien assez vives comme ça ! Inutile de les exciter davantage. » Précision pour nos nouveaux lecteurs : Océane et Noé étaient dans leur vie précédente juments de compétition (attelage, évidemment) Et vices-championnes de France dans leur catégorie, même. Entraînement quotidien : un kilomètre de pas, quinze kilomètres de trot, un kilomètre de pas. Sans orge et sans avoine, et sans jamais perdre la pêche. Papa Fjord = rusticité ! Dans le berceau de la race, en Norvège, il n’y a que des cailloux à manger.
Vu leur ardeur au travail, depuis presque deux ans qu’elles nous trimballent par monts et par vaux, on n’a vraiment pas envie de leur rajouter du pep ! Le mot que je leur répète le plus souvent (très-très-très souvent) quand je les mène c’est « Doucement… Douououcement ! »

Cette fois, on a rejoint pour de bon la véloroute n° 6

Une étape de rêve. Si seulement c’était toujours comme ça ! Oswald prétend que ce serait rasoir.
Tantôt on longe le Danube,

tantôt on s’en éloigne un peu, dans un paysage bucolique.

Oswald mène de plus en plus souvent. Même au trot. Mais c’est qu’il y prendrait goût !

Au beau milieu de la véloroute, chaque fois qu’elle croise une route voiture, on découvre un joli piquet enquiquineur. Le panneau indiquant que la voie est interdite aux voitures et aux motos n’est sans doute pas suffisant pour dissuader le monde.

Quant à nous, même le joli piquet ne suffit pas à nous dissuader. D’abord, y-z-ont pas dessiné de roulotte, sur le panneau d’interdiction, na !
Il existe une clef spéciale pour coucher le piquet (au cas où les pompiers auraient besoin de passer, on ne sait jamais) que bien sûr on n’a pas. Mais ce bidule est fixé dans l’asphalte par quatre bêtes boulons de 17. Et une clef de 17, ça, on a ! Donc le Oswald descend de la roulotte. Il démonte carrément le trucmuche. Je fais passer les juments et Kaplumbağa. Le Oswald remonte le machin. Et le tour est joué.

On ne trouve pas de petit coin pour la roulotte. On est sur la digue, les prés se trouvent en bas, ça descend trop raide. Tant pis. On se gare sur le bord de la véloroute. On monte le parc pour les juments tout en bas.

Altaï profite de la soirée pour méditer au bord de l’eau.

Et notre Kaplumbağa rêve au soleil couchant.

8 Mai : Patince – Komárno 22 km

La véloroute, c’est très chouette et très tranquille. Sauf que :
Altaï nous pose de sérieux problèmes : Monsieur ne supporte pas les rolleristes : il leur saute dessus en aboyant et n’obéit pas quand on le rappelle. Il a bien faillit en faire tomber un, qui s’est rattrapé in extremis à la roulotte. Et des rolleristes, on en croise quelques-un(e)s quand même. Résultat, dès qu’on en aperçoit un de loin, le pauvre Oswald descend attacher le gros toutou. Puis retourne le détacher après le passage du « monstre ».
On a dû s’arrêter 13 fois pour démonter et remonter ce fichu piquet central qui barre la route. On a eu de la chance : un certain nombre étaient couchés. Quant à celui dont les boulons étaient vraiment grippés et indévissables, on a pu passer à côté.

On croise un bel élevage de Lipizzans.

À Komárno, il faut quitter la véloroute pour franchir le pont sur le Vág, affluent du Danube. Sur ce pont, il existe juste une bande cyclable de chaque côté à l’intention des vélocipédistes. Ensuite, c’est la quatre voies pour traverser la ville, avec d’horribles immeubles à droite et à gauche. Pas besoin de préciser que le gros Schnouff est enfermé dans la roulotte. Heureusement, aujourd’hui c’est dimanche, la circulation reste supportable.
On galère pour rejoindre la véloroute. Et quand on finit par y parvenir, bernique ! Barrière infranchissable. (Sauf pour une maigre bicyclette, bien entendu) Demi-tour ! C’est pas vrai qu’il va falloir se repayer toute la ville !!! Mes nerfs fragiles en frémissent.
Ouf ! Non ! On découvre tout près de là une route « voitures » qui rejoint directement la sortie de Komárno, direction Bratislava. De toute façon, si nous devons renoncer à la véloroute, il faudra se la farcir, celle-là, sur 8 bons kilomètres avant de récupérer les petites voies secondaires.
Et voilà ! Environ un kilomètre après la sortie de l’enfer, notre bonne étoile nous sourit. Station-service/resto-route. Isolé en pleine cambrousse. Derrière, bien à l’écart de la nationale, on nous donne l’autorisation de nous installer.

Joli pré (graminées variées, trèfle, luzerne, pissenlit, et quelque autre choix) avec une source où nos deux joyaux vont pouvoir s’abreuver.

Et pour nous, pas de corvée popotte. Remarque, c’est un resto-route. Faut pas s’attendre à de la grande cuisine, quand même. Mais pourvu qu’on se remplisse le ventre sans se fatiguer... Et puis le personnel est vraiment adorable. Tout sourire. Remarque, ils ne sont pas débordés de boulot. Pendant tout le temps de notre repas (on était les seuls clients), une seule voiture s’est arrêtée pour s’abreuver.
C’est pourtant tout beau tout neuf tout clean. On pourra même prendre une douche, à 2 € la douche.
En suivant le petit chemin derrière Kaplumbağa pour notre promenade vespérale, nous apercevons un monsieur, un peu à l’écart dans le bois, en train de se déshabiller. Nous tournons pudiquement la tête et continuons à marcher en regardant droit devant nous. Au retour, nous apercevons le même monsieur qui s’en va, une serviette sur le bras. Un bruit de glouglou, provenant de l’endroit d’où il vient de sortir de sous les arbres, nous intrigue. Vieux curieux que nous sommes ! Nous nous faufilons sur la sente, et nous découvrons… une source chaude !

Gloub ! Gloub ! Gloub ! Avec une ancienne installation d’énorme tuyauterie qui a sûrement servi autrefois à capter l’eau. Pour quel usage ? On ne sait pas. Le chauffage, peut-être ? Aucune trace d’installations thermales. En tout cas, quant à se baigner dedans comme vient très probablement de le faire ce monsieur-là… La couleur de l’eau est plutôt dissuasive. Oswald plonge un bâton pour mesurer la profondeur. Un peu plus d’un mètre. Fond très vaseux. Algues verdâtres. L’eau est vraiment chaude. D’après l’estimation de ma main droite : température idéale pour un bon bain. Mais vraiment… Non. On renonce. Le lieu semble pourtant assez fréquenté. Bon. Il existe, faut-il croire, moins dégoûtés que nous.

« chante, chante rossignol, trois couplets en espagnol... »
Celui-ci ne chante pas en espagnol, mais bel et bien en rossignol, avec une inventivité incroyable. Trilles, trémolos, longues tirades, sifflements de flûte, languissantes roucoulades… Véritable petite sérénade juste à côté de Kaplumbağa. Pas besoin de payer l’entrée au concert. Ce rossignol-ci accompagne notre lecture du soir (le livre de la jungle, Kipling, qu’Oswald ne connaissait pas) Il agrémente nos bavardages tardifs. Il berce notre plongée dans le sommeil...

9 Mai : Komárno – Malé Kosihy 18 km

Grosse épreuve pour nos loupiotes ce matin. Chemin non goudronné plein d’ornières, à prendre avec beaucoup beaucoup de prudence.

Elles le sentent, les belles, et regardent où elles posent les pieds. Juste avant d’y parvenir, un automobiliste nous a arrêtés pour nous avertir qu’on ne passerait pas. Hey ! On est passé !
En plus, si on voulait prendre un chemin absolument désert, c’est raté : on croise un gros camion

qui va benner des cochonneries sur cette énorme montagne d’ordures.

Le pire : une portion sur environ 100 mètres en petits galets bien ronds, où les pieds des juments s’enfonçaient. La roulotte ne roulait pas, les roues "s’enlisant" dans les galets. Un des plus énormes efforts que les juments aient eu à fournir depuis le début du voyage pour nous tirer de là. Mais elles ont réussi, nos joyaux ! Au prix de beaucoup de sueur. Après quoi : arrêt de dix bonnes minutes pour leur laisser récupérer du souffle. Belle épreuve aussi pour les clogs, les chaussures de nos juments. Comme on ne savait pas trop ce qui nous attendait, j’avais par précaution chaussé les huit pieds. Aucun problème : les clogs ont tenu le coup sans casse.
Et mon dos ? Aïe ! Aïe ! Aïe !

Après cette épreuve, on voudrait bien s’arrêter dès que possible. Et c’est possible dès le premier village. Il existe ici un accueil pour les nombreux cyclistes qui empruntent la véloroute. Avec douche gratuite, cabinets d’aisance nickels fournis en PQ, lavabos avec savonnettes parfumées. Et même un distributeur de boissons-chips-friandises (là, c’est pas gratos, faut mettre une pièce dans la petite fente.)

La véloroute, on n’a pas pu l’emprunter ce matin pour cause des barrières inouvrables.
La roulotte restera au bord de la route, les juments dans un pré juste derrière les chalets de l’accueil-vélo.

Pour Océane et Noé, c’est idéal. Pour nous : bof ! Un peu bruyant. Musique qui braille d’un côté. Autre musique qui braille de l’autre côté. Camions (y’a quelques usines dans le coin.) Voitures. Motos. Beaucoup de bavards autour de la roulotte. Le « ravi » du village n’arrête pas de siffloter les quatre même notes (moins bien que le rossignol) assis sur un banc. On a ouvert la fenêtre à cause de la chaleur, on entend tout.
N’empêche : on s’offre une pizza au boui-boui d’à-côté pour fêter notre étape numéro 200 !

10 Mai : Malé Kosihy – Kľúčovec 17,5 km

Route facile et presque déserte. Juments en pleine forme. Ce matin, j’ai retrouvé une grosse punaise plantée dans la sole d’Océane (antérieur droit). Désinfection à la bétadine. Par précaution, je préfère lui chausser les antérieurs. Noé, elle, marche pieds nus.
Et… à l’arrivée, il manque un clog ! C’est de ma faute. Quand je chausse, je contrôle plutôt trois fois qu’une si tout est bien réglé. Ça faisait une éternité qu’on n’avait pas eu de problème avec les clogs (la dernière fois que l’un d’eux s’était sauvé, c’était sur la traversée du « pont épique » en Italie, voici de cela plus d’un an. Et on l’avait retrouvé.) mais ce matin, vilaine insouciance, j’ai chaussé sans rien vérifier. Par dessus le marché, quand les juments sont chaussées, à chaque arrêt, Oswald descend s’assurer que tout va bien (Il arrive de temps en temps qu’un clips se décroche – c’est pas très grave, il suffit de le remettre en place.) Et ce matin, comme par hasard, on ne l’a pas fait. Bref, y’a pas mort d’homme, mais ça nous enquiquine bien quand même : c’était un clog presque neuf ! Oswald a refait à pied un brin de route, des fois que… Bernique ! Bon ben tant pis pour nous, ça nous apprendra à être négligents.
Ceci est en principe notre dernière étape Slovaque. Joli emplacement au bord d’une rivière dont le nom n’est pas indiqué sur notre carte.

11 Mai : Kľúčovec – pleine cambrousse, sur la commune de Ásványráró 17 km

Après cinq kilomètres de jolie petite route toute tranquille, il faut rejoindre la grosse route pleine de camions qui mène à Győr, importante ville hongroise. On n’a pas le choix : il nous faut traverser le Danube, on est bien obligé de passer par le pont. Ou plutôt les ponts, car ici, le Danube se divise en deux bras.

Seigneur Danube dans toute sa majesté.

Mais après le pont, vite, vite, rejoindre la digue déserte qui longe le fleuve. Et flûte ! On a raté le petit passage qui y accède. Impossible d’envisager un demi-tour : trop de circulation. On continue jusqu’au poste de douane où sont pesés et contrôlés les poids lourds. Hé bé ! Ils ont du boulot, les douaniers ! On demande à une gentille douanière comment rejoindre la digue à partir d’ici. Elle ne sait pas. Elle appelle l’un de ses collègues, qui arrive en boitant. Il nous indique comment sortir de ce labyrinthe, parmi les bahuts qui attendent leur contrôle. Bien entendu, nous sommes mitraillés. Photo ! Nous nous prêtons au petit jeu avec notre plus joli sourire. Enfin, j’espère que ce n’est pas une affreuse grimace, avec ce soleil dans les yeux…
La digue est faite de galets bien tassés. Pas de problème : ça roule. C’est très large. C’est désert.

En bas, le Danube se répand en de multiples bras marécageux.

Paysage enchanteur. Le chant des crapauds nous accompagne. Des oiseaux partout. Du vrai sauvage où l’humain n’a pas trop les moyens de fourrer ses grosses pattes indiscrètes, hormis quelques plantations de peupliers bien alignés.

On roule un bon moment avant d’arrêter la roulotte au milieu de nulle part.

Il faut descendre la digue pour emmener les juments boire au fleuve. Là, après avoir longé un bras du fleuve,

nous découvrons un lieu aménagé pour les promenades du dimanche, quand le temps s’y prête. Restaurant dans un bateau amarré de telle sorte qu’en cas de crue, il monte en même temps que l’eau, sans toutefois pouvoir s’échapper.

Aire de pique-nique bien abritée, pour le cas où finalement, le temps ne s’y prêterait pas.

Avec la majesté du Danube en arrière-plan.

Demain, nous sommes attendus par un ami de l’Attila et de la Izolda, rencontrés à Veröce. Il a paraît-il un bon emplacement pour nous, à la Maison de la Nature du Parc Naturel des Rives du Danube sur le territoire de Szigetközi (« l’espace de l’île »).

12 Mai : Ásványráró – Maison de la nature, Lipót 10 km

Ciel tout gris et pluie, pluie, pluie. 12°.
On continue sur la digue déserte. Un régal.

L’ami d’Attila nous avait donné rendez-vous à 9 heures. Tellement peur d’être en retard que finalement, on est arrivé à 8 heures (démarrage tôt, ce matin !)
le type n’était pas arrivé, et le gardien des lieux pas au courant ! Ce qui fait qu’on a poireauté sous la pluie…
Tout s’est arrangé, c’est un bel emplacement, avec douches, toilettes, et eau potable (on n’en avait presque plus !)
Ne manque que le petit rayon de soleil.

Même notre promenade vespérale le long des berges du Danube, divisé en de multiples bras sous une ripisylve enchanteresse

sera bercée par la musique romantique des gouttes de pluie tombant sur l’eau du fleuve. Lumière grise, très douce.

Cygnes, hérons, aigrettes, cormorans, et quelques autres...

Symphonie de centaines d’oiseaux cachés dans le feuillage, dont le ramage ne semble nullement perturbé par la pluie.

13 Mai : Lipót – Dunasziget 20,5 km

Les juments trottent avec allégresse, tout va bien.
Arrêt devant l’épicerie d’un petit village pour renouveler les provisions.

On s’arrête devant le cimetière de Dunasziget, où une belle prairie qui semble municipale n’attend que d’être broutée par nos louloutes. Une femme qui parle parfaitement l’allemand téléphone à la mairie pour nous obtenir l’autorisation de rester là une nuit. Fin de non recevoir. C’est « Nem ! »
Un vieux cycliste qui passait par là nous propose son terrain, tout en longueur, bordé d’arbres fruitiers qu’il faudra mettre à l’abri des dents gourmandes d’océane et Noé. La roulotte restera au bord de la route.

Emery, notre sauveur, propose à Oswald de l’emmener voir le restaurant, 300 mètre plus loin. Il est 12h45. J’attends, j’attends. La pluie se met à tomber (elle nous avait épargnés tout le long du chemin) Vite, je range les harnais (d’habitude, c’est le boulot d’Oswald). J’attends encore. Oswald arrive à 14h30. D’abord, le resto se trouve à au moins un kilomètre, ensuite, Emery s’arrêtait bavarder avec chaque personne rencontrée !
On commence à avoir vraiment l’estomac dans les talons. Je m’apprête à faire cuire des œufs sur le plat, mais le Oswald préfère marcher jusqu’au restaurant. Bon. Allons-y. Sous la pluie battante, et en chantant !
Mon Oswald ! Il avait demandé si c’était encore ouvert à cette heure-ci, et si on pouvait manger. Réponse : oui. Ce qu’il avait oublié de se faire préciser, c’était le menu. Car ici, oui, bien sûr, on peut manger, mais seulement des sandwichs. Enfin… puisqu’on y est, on y reste. Va pour le sandwich, et le paquet de chips. Avec en prime une musique braillarde dans les oreilles. Ça aussi, c’est l’aventure !

14 Mai : Dunasziget – Rajka 14 km

« Il pleut, il pleut, il flotte,
Sur la jolie roulotte... »
À chanter sur l’air de « Il pleut bergère ».
On garnit les juments sous la pluie.
On roule sous la pluie.
On s’arrête sous la pluie.
On dételle sous la pluie.
Un tout petit peu avant Rajka, terrain de camping – restaurant. Au bord de la rivière. Invasion de moucherons. Je bombarde les juments d’huiles essentielles répulsives. Je leur graisse l’intérieur des oreilles à la vaseline. Elles seront tranquilles pendant une heure ou deux, peut-être.
Dernière étape Hongroise, si tout va bien.

Quelques remarques

-  recette du slambuc
Un feu dehors, une grosse marmite suspendue au-dessus.
Couper du salona (lard) en tout petits cube, que l’on fait fondre en partie dans la marmite. Ce qui donnera la graisse de cuisson. On récupère les bouts de lard quelque peu diminués, et on les fait attendre au fond d’un récipient.
Dans la graisse, on jette les morceaux de tésza. Ce sont des pâtes sèches, plates, style lasagnes. Ça doit pouvoir se faire avec des lasagnes cassées en petits morceaux.
On remue avec une cuiller en bois, jusqu’à ce que ce soit bien doré et bien croustillant.
On jette par-dessus des krumpli (pommes de terres) coupées en fines tranches. On remue, on mélange bien.
On recouvre d’eau très largement. On sale, on poivre.
On laisse cuire jusqu’à ce que toute l’eau soit évaporée. Vers la fin, pour que ça n’accroche pas au fond, on imprime des petites secousses à la marmite. Il ne faut pas touiller à la cuiller, parce que ça casserait et réduirait en purée les rondelles de patate.
On ajoute les petits carrés de salona, juste le temps de les réchauffer.
Ouais, ouais, je sais… C’est pas très diététique ! Mais extrêmement convivial.

- On ne pourra pas raconter grand-chose au sujet des Slovaques : pratiquement touts ceux que nous avons rencontrés sont… Hongrois !

- Aïe ! Aïe ! Aïe ! je me suis un peu fait taper sur les doigts. Il paraît que j’utilise parfois des mots trop compliqués. Je fais pas exprès. C’est pas de ma faute, je t’assure. C’est juste mon métier d’écrivine qui m’oblige à utiliser le mot exact. Alors pour une fois, je t’explique : "ripisylve", c’est la végétation arborée qui borde un cours d’eau. Une forêt souvent les pieds dans l’eau quand ça déborde. On y trouve des chênes pédonculés, des frênes, des saules, des peupliers argentés, des clématites, et quelques autres…
Ici, au bord du Danube, les saules et les peupliers sont de taille vraiment impressionnante.
Et mais dis donc, après tout, s’il y a d’autres mots que tu ne connais pas, et que tu es un peu curieuse-curieux, t’as p’têt’ un dictionnaire chez toi, non ? Alors zut, quoi, faut bien qu’il te serve à quelque chose de temps en temps !

Anne, le 14 Mai 2016

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