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Et maintenant, on fait quoi ? 1er Avril 2016 (c’est pas une blague)

29 Mars : Săcuieni – Diosig 15,5 km

Nous voici partis, tout guillerets, vers la frontière hongroise. Paysage sublime !!!! Avec bonnes odeurs à l’appui. En est en plein dans la période où les pulvérisateurs sont de sortie. Respirez le bon air de la campagne !

Tiens, voici une façon rigolote de présenter des panneaux indicateurs. On n’a pas trop compris l’allusion : aucune vigne dans les environs.

Chouette ! Frontière en vue !

Deux véhicules seulement devant nous. Ça va aller assez vite.
Documents. Humains, chevaux, chiens. Long décorticage. Pendant ce temps, faut tout ouvrir dans la roulotte. Y compris les coffres. Des fois qu’on cacherait un Syrien dans nos bagages…
Tout ça pour finir par nous assener : " Vous ne pouvez pas entrer en Hongrie par ici. Ici, c’est une frontière pour les voitures et les camions. Pas pour les chevaux. Il faut passer à Borş. C’est à cause d’une maladie très dangereuse que les chevaux ont en Roumanie."
" Mais qu’on passe ici ou à Borş c’est pareil ! Vous avez vu les passeports des chevaux ? Les tests sont négatifs !"
" Oui, oui, les papiers sont en règle, mais nous, on n’est pas habilités à laisser passer des chevaux. "
Rien à faire. Ils auraient au moins pu le dire tout de suite, au lieu de nous enquiquiner à fouiller la Kaplumbağa !
Le problème, c’est que la frontière de Borş, d’abord ça nous fait faire un détour de 40 bornes (sans compter la rallonge hongroise) et ensuite, elle se trouve sur une quatre voies. Donc… interdite aux chevaux !
L’un des douaniers nous montre sur la carte comment rejoindre Borş par les petites routes.
Bon, on va aller jusque là-bas, en deux ou trois étapes. On tâchera de trouver un bon emplacement pas trop loin de la frontière. Et on ira négocier AVANT d’atteler les juments. Tranquillement. Sans le stress de faire marcher les louloutes sur une quatre voies, avec en plus le risque de se faire refouler une nouvelle fois. On verra bien.
Demi-tour, donc. Que les juments exécutent d’impeccable manière.
Arrivée à Diosig. Immenses pâtures communales, un canal pour l’eau, on s’arrête. On dételle. On monte la clôture. On met les juments au pré. On a faim (il est midi). Juste en face, le grand bâtiment de la police des frontières.
« Hep ! Par ici ! » Jeune flic frontalier en uniforme, plutôt sympa. Il nous donne de l’eau potable. Mais se croit obligé de téléphoner à son « boss ». Il revient penaud.
« Vous ne pouvez pas rester là : c’est à moins de 500 mètres d’une zone militaire. C’est interdit. En plus, c’est dangereux. Le château d’eau, là, un jour de grosse tempête, il est tombé. Alors vous comprenez, on ne sait jamais… Il y a d’autres communaux, à moins d’un kilomètre d’ici. Là-bas, vous pourrez vous installer sans problème. Si vous avez besoin de que ce soit, venez me voir »
Bon, c’est vrai qu’à bien le regarder, ce château d’eau…

On ne peut pas dire que nous soyons ravis. Les juments non plus, d’ailleurs. Noé se fait prier pour se laisser mettre le licol. Ce qui ne lui arrive jamais. « C’est quoi, cette histoire ? » semble-t-elle dire.
Ré-harnacher. Re-démonter la clôture. Ré-atteler… Sur la route, deux gros engins de chantier bouchent le passage, bien décidés à finir leur boulot avant de nous laisser passer. On poireaute.
Finalement, pas de regret. Ici, l’herbe est bien plus abondante et plus verte. Une mare au milieu nous dispense de corvée d’eau.

Juste à côté, un tout jeune berger garde un troupeau de moutons, cigarette au bec.

Re-dételer. Re-désharnacher. Re-monter la clôture.
Même plus le courage de préparer un déjeuner. On se contentera de pain et de fromage. Et on ouvrira un bocal d’abricots au sirop, donné par Anett avant-hier.

30 Mars : Diosig – Biharia 18 km

On est en train de préparer les juments quand une gentille vieille dame bien rondouillette et pleine de sourires charmants vient nous offrir une plăcinta toute chaude, qu’elle vient de préparer exprès pour nous. Elle insiste pour qu’on la mange maintenant : froid, c’est plus très bon. Les chevaux peuvent bien attendre ! On en coupe une bouchée qu’on mange devant elle, juste pour lui faire plaisir. C’est vraiment délicieux. Mais pour dire vrai, on n’a pas tellement faim, et on voudrait bien partir. Pendant que la petite dame va nous remplir deux bouteilles d’eau potable (elle insiste), Oswald va vite cacher sa plăcinta dans la roulotte. On la mangera à l’arrivée. Tant pis si elle est froide.
Dis donc, petite curieuse… tu voudrais bien savoir ce que c’est, une plăcinta, hein ? En Hongrie, c’est un langos. T’es pas plus avancée ? C’est une espèce de galette frite, à peu près de la taille d’une pizza moyenne. Tu peux la manger avec du fromage, de la crème, du sucre de la confiture, du ketchup, ou n’importe quoi d’autre qui te passe par la tête.
Bon, nous voici équipés en eau potable. La gentille vieille dame nous serre dans ses bras et nous embrasse. Elle place notre voyage sous la protection de Dieu. Avec ça, si on n’arrive pas à franchir la frontière…
Vilaine grande-route-à-gros-camions. On la prend entre midi et deux heures, suivant le conseil de notre gentil policier de frontière d’hier soir. Mais bon, ça circule quand même. Et vraiment… Des fous cinglés qui doublent n’importe comment. D’ailleurs, on croise les pompiers, toutes sirènes hurlantes. Un accident ? Les louloutes demeurent imperturbables. On monte Altaï dans la roulotte. J’ai trop la trouille de le laisser courir sur le bas côté. Il ne se fait pas prier le toutou ! Ne pas oublier de planquer la plăcinta !!!
Là ! Un beau pré bien vert juste en face d’un restaurant ! Il n’y a pas d’eau, mais on ira en mendier. Ils ne nous refuseront pas ça, au resto. En pour, ce soir, on ira s’y payer une bonne petite soupe. Ça nous consolera un peu de nos déboires.

Finalement, non, pas de soupe au resto : on n’a presque plus de lei (la monnaie roumaine bien connue des cruciverbistes) Comme on va bientôt passer en Hongrie, on espère ne pas avoir besoin d’en retirer d’ici là. Mais mieux vaut garder nos quelques restes, au cas où…

31 Mars : Biharia – Borş 16,5 km

L’horreur totale. Camions fous (enfin, fous : les chauffards, pas les camions) D’énormes bahuts qui nous doublent en rasant roulotte et juments parce qu’une voiture arrive en face… Pas possible, mon cœur va lâcher ! Océane et Noé s’en fichent royalement. Sauf dans une petite montée où un bahut nous double en faisant sonner un klaxon suraigu. Sous le coup de la surprise, les louloutes démarrent au galop. Je les calme. OOOOOOH LAAAAAAAAAA… Elle ralentissent et repartent tout tranquillement. J’essaie de copier leur zen, en leur chantonnant ma petite ritournelle « dououououcement les filles. Douououcement. » Je m’efforce de ne pas leur communiquer mon stress. Je respire profondément. Je détends mes muscles. Relâche-toi, relâche-toi. J’y arrive à peu près (enfin, je crois) mais dans ma p’tite cervelle, ça bouillonne. Et mon cœur palpite un peu trop fort. Oswald ne pipe mot.
Après 8 km d’enfer, on sort de la grande route. Ouf ! Me dis-je soulagée. Ben tu parles ! La route est étroite, pour changer, y’a des nids-de poule, puis des pavés sur une assez longue distance… et toujours des camions ! (Ceux qui trouvent que le raccourci en vaut la chandelle). Moins, mais vu la largeur de la route, ça fiche encore plus la trouille.

Enfin, l’embranchement qui mène à la frontière. Les camions tournent là. Il reste deux kilomètres de tranquillité. Avec un paysage affreux et dégoûtant. Enfin, le village. Joli, coquet, comme tous les villages hongrois. On est toujours en Roumanie, mais c’est déjà la Hongrie (enfin… presque) Un gentil Mikhail, qui parle un peu français, nous guide jusqu’à un emplacement possible avec sa petite voiture rouge. On le suit. Il va chercher les types de la police des frontières pour les prévenir qu’on passera la nuit ici. Bien sûr, il faut montrer les passeports, et bien sûr, on peut rester là, à condition de ne pas laisser nos juments en liberté… parce que à 500 mètres d’ici, de l’autre côté de la voie ferrée, c’est la Hongrie ! Interdiction de passer par là. Eux, il font le poireau toute la journée sur ce petit chemin pour appréhender un hypothétique clandestin. Ou plutôt non. Des réfugiés, il n’en passe que très très peu ici. Ce qu’ils guettent, ce sont les contrebandiers. On n’a pas pu savoir de quelle genre de contrebande il s’agissait.

Mikhail nous fournit en eau potable. Il nous montre où se trouve le puits dans le cimetière voisin, pour abreuver les juments. Il y a là un ruisseau, mais aussi bien les policiers que Mikhail nous mettent en garde : tous les champs alentours sont traités au désherbant. Tous ces poisons s’écoulent dans le ruisseau.
Mikhail nous apporte aussi du foin pour les juments, et du « vrai pâté typique de Roumanie » nous dit-il. Ah bon ? Voici son colis de conserves de super marché : 5 boîtes de pâté de foie, 4 boites de sardines à l’huile, et 4 boites de raviolis. Plus une bière pour Oswald. Mais c’est donné si gentiment. On ne peut pas refuser. Et puis ça nous dépannera sûrement un jour de flemme. On offre à Mikahil une petite pálinka. Son fils, lui, refuse : il conduit.
Oswald est parti puiser de l’eau quand arrive le berger du troupeau qui pâture non loin de la roulotte. En colère, parce que nos chevaux piquent l’herbe de ses moutons. Je lui réplique calmement que la police nous a donné l’autorisation de rester ici une nuit. Et voilà-t-il pas qu’il aperçoit le petit verre à liqueur qui a servi à Mikhail, et que je suis en train de rincer. Il me réclame de la pálinka. Je le sers, pour calmer sa fureur, bien que selon toute apparence, il n’a vraiment pas besoin de cette dose supplémentaire. Le voilà tout larmoyant, qui se confond en remerciements. Ouf ! Oswald arrive ! Moi, je suis préposée à la gestion des gamins Tziganes, il peut bien se farcir les bergers alcooliques.
Mais le brave homme n’en reste pas là. Il veut à toute force que nous le prenions en photo, lui et ses moutons. Puis il nous présente son chien.

Puis son plus beau bélier.

Il semble fort surpris que je lui cite le nom de la race de ses moutons. Ce sont des turkanas, bien facilement reconnaissables.

Il se fend d’un sourire jusqu’aux deux oreilles. Me confie son beau bâton de berger. Me voici promue bergère le temps d’une photo !

Eh ! Mais c’est qu’on a faim, nous ! Et puis on a encore du boulot à la roulotte.
À peine installés devant notre déjeuner, le voici qui revient. Cette fois, il réclame un briquet pour allumer sa cigarette. Je lui en file un. Il veut me le rendre, je lui dit qu’il peut le garder, le voici de nouveau tout ému (un peu trop !) Je rentre dans la roulotte, je me renferme, et je laisse le pauvre Oswald se dépatouiller tout seul. En territoire tzigane, c’est le contraire qui se produit. Chacun son truc. La gestion des alcoolos, c’est vraiment pas ma tasse de thé.

Mikhail est l’ancien chef de la police de Borş. Il est à la retraite, mais connaît tout le monde ici. Il emmène Oswald (muni des papiers des juments et d’une photo de la roulotte attelée) à la frontière. Longs palabres. Pigé ! C’est qu’ici, ils ont un lecteur de puces électroniques, ce qui permet de vérifier que les chevaux correspondent bien aux papiers présentés. Bien sûr, ils l’utilisent pour les chevaux qui passent la frontière en camion.
Mais cette grosse route européenne, qui a de Vienne à Istanbul, est strictement interdite aux chevaux qui marchent sur leurs quatre pattes (Oups ! Pardon ! Quatre jambes. Pour les chevaux, faut dire jambes, faut pas dire pattes. Sinon, on risque une belle engueulade. Noblesse oblige. « le cheval est la plus noble conquête de l’homme »). Chut ! On l’avait déjà empruntée un petit peu, cette route-là. Loin de la frontière. Ça n’avait pas été de la tarte, d’ailleurs.
Bref… On obtient l’autorisation exceptionnelle de passer par ici. À condition d’arriver à 6 heures du matin (l’ouverture des contrôles camions étant à 6h30, il n’y aura pas encore de camions. )

1er Avril : Borş (Roumanie) – Nagykereki (Hongrie) 18 km

Donc, lever à 4 heures du matin. Harnachement des juments et démontage de la clôture dans l’obscurité. Pratique !
À six heures pétantes, on se trouve à la frontière. Le jour n’est pas encore tout à fait levé. Bien sûr, Kaplumbağa a roulé tous feux allumés, gyrophare compris.

Bien entendu, tout le monde était prévenu de notre passage. Les portables sortent des poches des douaniers. Clic ! Photo souvenir. C’est pas tous les jours qu’on voit un truc pareil.
Le temps de décortiquer nos passeports et ceux des juments, le jour se lève.

Et finalement, on nous laisse passer sans même vérifier les puces des juments !!!
« Mais attention ! Vous sortez par la première route à gauche. Sinon, on vous flanque un procès ! »
Ben figure-toi, mon vieux, que c’est bien notre intention ! Tu crois pas, quand même, que ça nous ferait plaisir de rester sur cette fichue route ?
Une voiture de flic nous suit. Décidément, ils veulent être sûr qu’on obéit bien.
Bon, là, on est mauvaises langues. En fait, dès la sortie de la grande route, le flic nous précède, en roulant au pas (de nos juments), pour nous guider, et surtout…
C’est qu’il faut la retraverser 3 km plus loin, cette fameuse E60. Par un carrefour non aménagé, donc dangereux. Et le temps qu’on y arrive, la frontière est ouverte aux poids lourds, qui roulent quasi à tout-touche. Le flic gare sa voiture en travers de la route, avec son beau gyrophare bleu allumé. Il stoppe la circulation rien que pour nous, et nous fait traverser, tout risque aboli. De l’autre côté, enfin arrivés sur une toute petite route bien tranquille, il nous demande de nous arrêter. Nous le remercions chaleureusement. Il nous demande notre carte, et nous indique la meilleure route pour rejoindre l’itinéraire que nous avions prévu. Mais oui, mais oui, les flics sympas, ça existe ! Il nous souhaite bon voyage.
Premier village, pas d’emplacement possible (zone de grandes cultures !)
Deuxième village, attroupement autour de Kaplumbağa. On sort notre petit mot magique. Ça discute ferme. Quelqu’un va chercher une femme qui parle un peu l’allemand. Un jeune homme à vélo nous précède jusqu’à la mairie. À la mairie, Oswald poireaute jusqu’à ce qu’on lui déniche une jeune femme parlant l’anglais. Les juments attendent sagement, et pour cause : elles ont de l’herbe à brouter juste sous le nez. L’anglophone et une autre femme nous précèdent en vélo jusqu’au terrain de sport du bled. Là, oh ! Merveille ! Quantité de verdure bien juteuse, et point d’eau potable juste à côté de la roulotte. Le rêve. Autorisation de rester deux jours. Repos plus que mérité pour nos deux louloutes qui vont pouvoir s’empiffrer. Et nous, on va décompresser.

Anne, le premier Avril 2016

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