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Voyage en Tziganie 16/02/2016

Comment séjourner en Roumanie sans parler des Tziganes ? Des Roms, si tu préfères, puisqu’il faut dire comme ça dans le langage du « politiquement correct ».
En langue Romani, on dit « Roma », mais ça, ça veut dire : « homme adulte et marié ».
En Roumain, on dit « Rromi », avec deux r, s’il vous plaît, pour pas confondre avec tous les mots qui dérivent de ROME, la ville-mère de la civilisation roumaine.
Alors là, faut que je t’explique, quand même : ce mot de Rromi a été adopté par un truc qui s’appelle « Union Romani Internationale », donc à priori par les représentants des intéressés eux-mêmes. Mais ici, on préfère en rester au bon vieux Țigani (prononcer Tsigani). Y compris par les Tsiganes eux-mêmes (voir plus loin le témoignage de l’un d’entre eux)

ATTENTION AUX GÉNÉRALISATIONS !!!

« Les Roms ceci ! Les tziganes cela ! »
Qu’est-ce qu’on n’entend pas !
Mais on parle de quoi, au juste ?
Dernier recensement en Roumanie : environ 620 000 Tziganes.
Petit problème : pratiquement tous les démographes et autres sociologues affirment que ce chiffre est très très largement sous évalué. On considère que le nombre réel de personnes appartenant à cette communauté tourne autour des deux millions !
Ben pourquoi ? Tout bête : les Tziganes bien intégrés à la population, bien gentils et bien sages, ne se déclarent pas comme « Roms » sur les paperasses du recensement, mais comme « Roumains ». Et ils en ont bien le droit, non ? Ils sont Roumains, après tout. Même si « ethniquement » ils sont Tziganes.
Si j’en crois le résultat lu sur ma calculette (ben oui, j’suis une grosse flemmarde en calcul), ça fait quand même 1 380 000 Roms qui ne posent aucun problème et ne font pas parler d’eux.
En plus, sur les 620 000 « déclarés », il y en a encore sans aucun doute une bonne majorité qui sont sans histoire (mais là, j’ai pas les chiffres, tant pis pour toi si tu es un amoureux des précisions à la virgule près)
Nicolae Păun, député et porte-parole du parti des Roms (Partida le Romenge) déplore que les médias, aussi bien en Roumanie qu’ailleurs, ne donnent la parole qu’aux nationalistes et aux extrémistes de chaque communauté. Ce qui occulte complètement la bonne intégration, le travail et la culture de la majorité des Roms. Ce Nicolae Păun affirme qu’en Roumanie comme ailleurs, pour être compté comme « Rom », il faut avoir ou poser des problèmes !
Pas mal de gens ignorent, ou veulent ignorer l’intégration réussie de la majorité des Roms (comptés comme Roumains).
Alors pourquoi cette généralisation « les Roms... » « les Tziganes » ? C’est exactement comme si tu dis « les Français sont des criminels » parce que quelques-uns d’entre eux ont commis des crimes. Ou « les Français sont des voleurs » parce que quelques-uns d’entre eux ont commis des vols.
Si, si, je t’assure, ça existe, des Français voleurs et des Français criminels !
Mais des gens qui ne posent pas problème, on n’en parle pas, bien sûr. T’as déjà vu un journal qui titre en gros à la une « Aujourd’hui, 99 % des gens n’ont ni volé ni violé ni escroqué ni tué ! »
Quel scoop ça ferait !!!
Donc on ne parle pas des Tziganes qui sont, comme toi et moi, ni des personnes exceptionnelles ni des salauds finis. Ce qui est pourtant le cas de la majorité d’entre eux, avec leurs qualités et leurs défauts, comme tout le monde. Et une culture différente (ni meilleure ni pire qu’une autre) qui risque de disparaître à force de vouloir « intégrer »
Mais dis donc, l’image des « pauv’Tziganes », celle-là aussi, elle n’est pas toujours vraie. Oui, oui, oui, y’en a des très pauvres. On en a rencontré. Masure délabrée, surpeuplée de gosses, avec même pas l’eau courante ni l’électricité dans la maison.

Mais y’en a des riches, aussi. Très riches, même. Et qui font construire des maisons gigantesques, que dis-je, des palais, dans un style bien à eux, bien clinquant, « Rromanès », capables d’accueillir toute la parentèle ! Ça, c’est à Huedin... (photo d’Isabel Pépin)

Ça ne veut pas dire que les problèmes n’existent pas. D’ailleurs, le mot « chouraver » est étymologiquement issu de la langue romani. Ben oui, quoi. Quand tu voyages, que t’es pauvre, que t’as faim, et que tu vois un pommier plein de pommes, tu fais quoi, à ton avis ? Forcément, ça ne plaît pas au paysan qui a sué pour planter son pommier, et puis pour en prendre soin.
Mon Oswald à moi en sait quelque chose : quand il était tout petit garçon (il avait 6 ans, mais des choses comme ça, ça marque une vie) il faisait partie des hordes de réfugiés Prussiens chassés manu militari de leur pays natal, la Prusse Orientale. 13 millions de personnes, en grande majorité des femmes, des enfants et des vieillards, déplacés de force. Un million et demi d’entre eux sont morts en cours de route. Oswald a su ce que c’était que de marcher la trouille au cœur et la faim au ventre. Et il a appris, tout gosse qu’il était, à « organiser » (le mot « voler » était tabou) pour manger. Il a su aussi ce que c’était que d’être traité de « sale réfugié ».
Voilà pourquoi nous compatissons beaucoup, aujourd’hui, à l’épopée des réfugiés Syriens, qui fuient devant les violences, la furie, la guerre, la mort... Mais ça, c’est une autre histoire. Revenons à nos moutons. Oh, pardon, à nos Tziganes...
Et à LEUR histoire.

Ici, en Roumanie, tout comme les Hongrois, il font partie des minorités ethniques reconnues par la constitution. Et en tant que tels, ils sont représentés par un ou plusieurs députés. Ces députés peuvent représenter le parti des Rromi, appelé Partida le Romenge, ou se présenter dans diverses autres listes.
C’est au Moyen-Âge que les Tziganes ont quitté leur Inde natale pour migrer vers l’Europe. Leurs langues proviennent donc du sanskrit. Ça fait maintenant mille ans qu’ils ont essaimé dans toute l’Europe, dans la partie Ouest de l’Asie, et même en Amérique (Nord et Sud) depuis une centaine d’années.
En Roumanie, les Tziganes sont arrivés au cours du quatorzième siècle.
En cours de route, ils avaient proposé leurs services aux Mongols et aux Tatars, en tant que charrons, éleveurs de chevaux, ou serviteurs. En échange, ceux-ci les protégeaient et même les payaient avec une part de leurs butins.
Une fois parvenus en Roumanie, les Tziganes se sont mis sous la protection des nobles de haut rang et des monastères, en leur proposant toujours les services de leurs métiers traditionnels. Mais là, qu’est-ce que tu crois qu’il leur est arrivé ? Tu veux que je te protège ? Bon d’accord. Mais en échange, tu m’appartiens. Mais tu sais comment ça s’appelle ça, en langage pas politiquement correct ? Ben ça s’appelle de l’esclavage. Enfin, eux, ils appelaient ça « la robie » (robota, en slave, ça veut dire travail) Ce qui fait qu’au quinzième siècle, presque tout les Roms se trouvaient en robie.
Et les moines ne se gênaient pas plus que les grands seigneurs pour leur « offrir » ce statut !
Esclavage ? Ben tu vois, c’est pas exactement ça quand même. La Robie était plutôt une espèce de contrat moyenâgeux de servitude. Le rob appartenait à son maître. Il pouvait être acheté ou vendu. Mais les seuls qui avaient le droit de posséder des robs étaient les nobles de haut rangs (boyards), les hauts dignitaires civils ou militaires (voïvodes) ou les monastères. Particularité : le rob avait le droit de racheter sa liberté... et de la revendre ailleurs s’il en avait envie. De là vient la tradition des Tziganes qui en ont les moyens de porter traditionnellement sur eux leur or (colliers, bagues, bijoux, et même... dents) bien visible. Il s’agissait de bien montrer sa capacité à se racheter. Question de dignité, tout de même !
Bon, cette affiche-là, c’est pas terrible, en ce qui concerne la dignité humaine :
« À vendre : esclaves Tsiganes » C’était en 1852, si je traduis bien les chiffres romains.

Les robs appartenant à un voïvode sont libres d’aller et venir à condition de payer une fois par an une redevance à leur maître pour ce droit. Ceux-là pratiquent toutes sortes de métiers : colporteurs, forains, ferronniers, forgerons, rétameurs, bûcherons, maquignons, fossoyeurs, chiffonniers, saltimbanques, musiciens.
Les robs appartenant à un monastère ou à un boyard, sont « utilisés » comme domestiques. Parfois comme contremaîtres pour faire travailler les paysans serfs (t’imagines, déjà, comment le paysan devait apprécier la chose ! L’antagonisme ne date pas d’hier !). Quelques-uns de ces robs parviennent même à des postes de majordomes ou de comptables.
N’empêche : les robs peuvent être donnés, légués ou même être vendus aux enchères.
Et tu sais qui a lancé le mouvement pour l’abolition de la Robie ? Je te le donne en mille ! Des fils de la grande noblesse Roumaine du dix-huitième siècle, venus étudier à Paris, et initiés à l’esprit des Lumières ! Bon, il a fallu attendre 1825, quand même pour qu’on délie, d’abord en Moldavie, les Tziganes de leurs liens avec les monastères et les boyards.
Ouais, bon, c’est très beau tout ça. Mais qu’est-ce qui se passe ? Du coup, les Tziganes restent sans protection face aux paysans qui sont justement en train de réclamer à corps et à cris des réformes agraires. Et voilà : encore une grave période de « on se regarde en chiens de faïence ».
Les Tziganes, qui s’étaient sédentarisés autour des abbayes et des domaines seigneuriaux pour lesquels ils travaillaient reprennent alors le nomadisme. Mais paf ! Après le renversement du gouvernement en 1828 la « robie » est aussitôt rétablie.
En 1856 le prince humaniste Cuza sécularise les immenses domaines ecclésiastiques et abolit définitivement la « robie ».
Et quand même, il faudra attendre 1923 pour que des lois donnent aux Tziganes des droits égaux aux sédentaires et les protègent contre les discriminations.
Re-paf ! Ces lois sont remises en question entre 1940 et 1944.
Pas besoin de te faire un dessin : la déportation des Tziganes a été aussi horrible que celle des Juifs.
Ils ont appelé leur extermination par le régime nazi : « Porajmos » (« nous sommes dévorés »)
À noter qu’il n’y a eu aucune discussion à ce propos au Procès de Nuremberg.
La reconnaissance de ce fait comme génocide reste donc la bataille des communautés Roms et des organisations de défense des droits de l’homme.

Pendant la période communiste (1945-1989)

En Roumanie, le Communisme a duré du 6 mars 1945 au 23 décembre 1989. Durant cette période toute la population, Tziganes compris évidemment, a subi un contrôle étroit. Les Roms ont connu alors des tentatives de sédentarisation forcée. Cependant, leur modeste position économique et sociale leur a évité les persécutions réservées aux bourgeois, aux intellectuels, aux religieux, aux minorités « remuantes » (Hongrois) et à quelques autres. Les Tziganes ont été ouvriers agricoles, employés au ramassage et au recyclage des déchets, ou ont travaillé dans les métiers du transport. Certains d’entre eux sont parvenus à faire fortune dans l’économie « parallèle », qui permet à la population de survivre quand la pénurie s’institutionnalise.

Depuis 1989

Pendant environ dix ans (1990-2000), la répartition de la terre arable a été l’objet de nombreux conflits. Tu vas me dire : « que viennent faire les Tziganes là-dedans ? » Les pauvres, ils y ont joué un rôle bien malgré eux. Je t’explique : les paysans ont réclamé la restitution de leurs terres aux ex-communistes. Parce que, tu ne devineras jamais : les anciens directeurs de kolkhozes, communistes exemplaires s’il en fut, se sont dépêchés de retourner leur veste pour devenir quoi ? Ben voyons : PDG de grosses entreprises agro-alimentaires. Et pour fabriquer de l’alimentation, il faut des terres. Donc attention, suis-moi bien : pour ne pas rendre aux paysans les terres des ex-kolkhozes fallait trouver un truc. Tout simple : on place des ouvriers agricoles, la plupart du temps des Tziganes, sur ces terres-là. Pourquoi ? Parce que la loi protège les cultivateurs occupant le terroir, contre les revendications de propriétaires antérieurs. Ces gros manitous ont même offert à « leurs » Roms de quoi construire des maisons. Oh, pas pas pure philanthropie, tu peux me croire. C’est simplement qu’à l’époque, la loi précisait qu’une construction rendait la parcelle définitivement incessible.
Tu imagine la tronche des paysans ? Déjà que leurs relations avec les Tziganes n’étaient pas toujours au beau fixe, là, c’était pousser le bouchon un peu loin. Résultat ? Ben voyons... Les humains ne savent pas trop se dépatouiller de leurs problèmes autrement que par la violence, t’as pas remarqué ? Les paysans furieux ont donc, par-ci par-là, expulsé les Roms pas de la façon la plus douce. Cerise sur le gâteau : ils ont mis le feu à leurs maisons. (Onze ans de procès... La cour Européenne a finalement ordonné une indemnisation financière pour les Roms lésés)
Heureusement, qui est-ce qui arrive avec ses bottes et son grand chapeau ? Raté ! Pas Zorro !
L’Europe !
Eh oui ! L’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne a vu la mise en place d’un système de compensation qui a mis terme à ces tristes conflits. (La presse, qui n’y va jamais de main morte, parlait carrément de « guerres ethniques ». Rien que ça !)

Depuis, les citoyens Roumains peuvent circuler librement dans l’Union européenne sans visa. Les Roms aussi, bien entendu, y compris les plus pauvres, qui se mettent à émigrer vers les pays d’Europe occidentale, dont la France. On estime qu’environ 90 000 Tziganes Roumains seraient installés en Europe occidentale, dont 12 000 en France. À titre de comparaison, les Roumains non-Roms sont plus de 2 millions à avoir quitté leur pays (essentiellement en Italie et en Espagne, où Tziganes ou non, ils travaillent à bas prix dans les exploitations maraîchères).

Ici, à Alunişu, il arrive souvent que des Tziganes traversent le village avec leur charrette et leur cheval, pour vendre des casseroles, du foin, du bois, ou des balais de branches. Ou pour proposer de réparer les gouttières.
À la foire de Huedin, ils vendent des chevaux qu’ils font caracoler avec de sonores claquements de fouet.

Les Tziganes, en tout cas, ont leur culture bien à eux.
On reconnaît tout de suite leurs femmes avec leurs robes éclatantes de couleurs.

Et leur musique ? Bouleversante, leur musique ! Tu en veux un échantillon ? Clique !

Témoignage

Tu te souviens de Léna, que nous avions rencontrée en Slovénie ? Après plus de trois ans passés à voyager avec sa roulotte, elle revenait de Roumanie pour rentrer en France, pendant que nous nous dirigions, nous, vers la Roumanie. Léna nous a autorisés à reproduire ici l’entretien qu’elle avait eu avec un Tzigane Roumain, en Juillet 2014. Voici donc l’avis d’un Tzigane. Y’a pas de raison que ce soit toujours moi qui cause, hein ?

Léna : Peux-tu te présenter en quelques phrases ?

C.I. : Je suis un homme avant tout. Je m’appelle C.I. Je suis Roumain, j’ai 64 ans. J’ai été au lycée mais je n’ai pas fait d’étude supérieure. Je suis Tsigane et non Rrom. Le mot « Rrom » est un terme administratif créé par quelques hommes de pouvoir, mais il n’est aucunement une aide à mon peuple. Je voudrais simplement soutenir mon peuple, sans être un Nelson Mandela.

Léna : Pour toi la situation des Tsiganes dans ton pays est très urgente, peux-tu nous expliquer pourquoi ?

C.I. : Une très grande partie des Tsiganes de Roumanie se trouve dans une pauvreté extrême. Les parents n’envoient pas leurs enfants à l’école, faute de moyens. Il faudrait faire des papiers, habiller correctement et proprement les enfants et leurs acheter des livres. Ils préfèrent donc les envoyer mendier. Qui ne va pas à l’école est analphabète et n’a donc pas accès à une formation et à un travail. Il en découle que la haine que les Roumains ont pour nous grandit chaque jour. La misère se développe de plus en plus.

Léna : D’après toi, d’où viennent tous ces problèmes ?

C.I. : D’après mon opinion, tous les problèmes viennent de nos dirigeants. Nous avons perçu des aides humanitaires de l’Union Européenne mais rien n’a été fait en Roumanie pour améliorer la situation de notre minorité. Comme je l’ai déjà dit pour eux le mot "tsigane" est une honte, ils nous nomment désormais Rrom. En Roumanie c’est un nom de famille courant : Ţigan Nicolae, Ţigan Florica, etc. Ces gens doivent-ils maintenant s’appeler Rrom ? Et avec combien de R ? Nous avons toujours été reconnus comme "Tsiganes" ou même comme "sales Tsiganes", et si les gouvernements n’agissent pas urgemment ce n’est pas prêt de changer. L’ex-ministre des affaires étrangères Adrian Cioroianu a dit lors d’une interview en 2007 que tous les Tsiganes devaient être déportés dans un désert. Si un homme commet un délit ou un crime, doit-on déporter tout son peuple dans un désert ? Il y a quelques années ont été construits en Roumanie deux murs de ségrégation anti-tsigane (peut-être d’autres, mais il est difficile d’accéder aux informations), un a Brasov de 1,5 km de long, 3 m de haut, surmonté de bouts de verre casse, l’autre a Geoagiu de 2 km de long. De tels murs coûtent plus de 60 000 euros l’un. Voilà ce qu’on fait pour améliorer la situation. La politique actuelle n’est pas utile aux Tsiganes. Par exemple sous la dictature de Ceaucescu chaque enfant, sans discrimination, avait obligation d’aller à l’école. De nos jours personnes ne se soucie de nos enfants. De toute façon pourquoi envoyer des animaux sauvages à l’école ? Voilà le problème : nous ne sommes pas considérés comme des hommes, nous sommes tout juste bons à être jetés à la poubelle. De temps en temps, au moment des élections, on nous considère comme des hommes, on nous offre un verre de bière ou à manger et on nous dit pour qui il faut voter. Voilà comment on nous traite. Tous les gouvernements d’Europe se moquent de nous, ils nous ridiculisent et font de nous des voleurs, des criminels et des analphabètes. C’est pourquoi la haine grandit, la situation s empire chaque jour, à cause de leur manque d’intérêt pour nous. Pour ça nous sommes mondialement regardés de travers.

Léna : Que penses-tu des expulsions de "Rroms" à l’étranger, en France par exemple ?

C.I. : Si certains Tsiganes partent tenter leur chance à l’étranger, c’est parce que la vie est trop dure ici. Je reconnais que nous sommes pour beaucoup analphabètes et que nous manquons parfois de civilité, mais il faut bien tenter de survivre. Si nous nous faisons expulser des pays étrangers ce n’est qu’une preuve de plus que les dirigeants politiques ne prennent pas leurs responsabilités vis à vis des minorités et de la pauvreté. Une preuve qu’ils ne s’occupent pas de nous. En théorie ils nous viennent en aide, mais dans la pratique ils ne se préoccupent que de leur propre confort.

Léna : Aurais-tu des solutions à proposer pour améliorer la situation ?

C.I. : L’aide humanitaire pour les Tsiganes doit être remise aux Tsiganes et ne doit pas être détournée. Nous avons besoin d’urgence de biens et de nourriture. Il faut savoir que les allocations familiales en Roumanie sont de 10 euros par enfant et par mois (ici un salaire normal est de 200 euros et les produits commercialisés sont aussi cher qu’en France). Je pense qu’une aide supplémentaire de 1 euros par jour par enfant Tsigane pauvre pourrait aider leur famille. La moitié de cette somme devra être remis directement à l’enfant en pain quotidien. Il est de toute urgence que chaque enfant puisse manger et aller à l’école, sans devoir mendier. Je pense aussi qu’une forme de punition pourrait être infligée aux parents n’envoyant pas leurs enfants à l’école, peut-être sous forme de quelques heures de travail social. La scolarisation des enfants, l’accès aux aides qui nous sont destinées et le respect de nos droit en tant qu’être humain sont primordiaux et, je le répète, urgents.

Léna : Pour finir aurais-tu un souhait ou un message à faire passer ?

C.I. : Mon message pour les élus est qu’il faut faire des réunions pour et avec les Tsiganes, il ne faut pas qu’ils croient qu’eux seuls sont des hommes et que nous sommes des animaux. Nous devons tous discuter autour de la même table. Mon message pour les Tsiganes est de ne plus se laisser acheter au moment des élections, d’envoyer les enfants à l’école, de travailler et surtout de défendre leurs droits face aux gouvernements. J’ai la profonde conviction que si nous n’agissons pas, nous Tsiganes, seront bientôt les esclaves modernes du peuple Roumain. Il faut que chacun fasse de la politique avec ses capacités intellectuelles, peu importe son niveau d’étude. Enfin mon souhait serait que tous les habitants Européens, quand ils rencontrent un mendiant ou un Tsigane pauvre, ne donnent pas de sous, mais discutent avec, offrent un bout de gâteau, demandent comment va la famille... Seulement alors, si nous nous sentons acceptés nous pourrons nous intégrer. Voilà ce que j’avais à dire, merci de m’avoir lu et écouté. Je m’appelle C.I. et je suis Tsigane de Roumanie.

Dimanche 20 Juillet 2014.
C.I. et Léna

Anne, le 15 Février 2016

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