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Le village des noisettes, visite guidée 14/01/2016

Alunişu - Magyarókereke

Bienvenue au Village des Noisettes.

Avant tout, un grand grand MERCI à Lars et Robyn, qui vivent depuis six ans dans le Village des Noisettes. Ils nous ont accueillis avec un coeur chaleureux, et nous ont ouvert la porte des merveilleuses rencontres que nous y avons faites. THANK YOU, Lars and Robyn !

MERCI aussi à Szilárd, qui nous a rendu grand service et qui répond avec beaucoup de gentillesse à toutes nos questions. KÖSZÖNÖM SZÉPEN, Szilárd !

Et surtout, un ÉNORME MERCI à Bernadette, à qui j’envoie d’invraisemblables quantités de photos : c’est elle qui est responsable de tous les montages photos qui paraissent dans ce site. En particulier, tu pourras t’en rendre compte, cher lectrice, cher lecteur, cet article-ci utilise en abondance le travail de cette Bernadette-là, qui s’exécute toujours avec une étonnante célérité. Heureusement que tu existes, Bernadette : tes montages me tirent une belle épine du pied ! (Moi, pour ça, j’suis pas très douée.) MERCI INFINIMENT, Bernadette !

Question de toponyme

« Alunişu » ou « Magyarókereke » ?

« Alunişu », en roumain, c’est le village dans les noisetiers. ’’Alun ’’, le noisetier. ’’Alună’’, la noisette.
« Magyarókereke », en hongrois, c’est... une triche. Un nom détourné. À l’origine, le village se nommait « Mogyorókereke » : la noisette ronde. ’’Mogyoró’’, la noisette, ’’kereke’’, ronde. Jusqu’où va se nicher le patriotisme ! Depuis le temps que tu te délectes de la lecture de notre site, tu dois savoir que ’’Magyar’’ signifie ’’Hongrois’’ en hongrois. « Hongrois rond » ça fait plutôt rigolo, comme nom, non ? On place sa fierté là où on peut.

À noter que si le village est bien blotti au creux d’un grand verger d’arbres fruitiers, il ne reste que très peu de noisetiers. Et les pauvres noisetiers qui subsistent ne donne presque pas de noisettes, aux dires des gens du cru.

Question de prononciation (approximativement)

Alunişu se prononce en roumain « Alouniche »
Magyarókereke se prononce en hongrois « Madjiarokèrèkè », sachant que le « a » est un intermédiaire entre notre « a » français, et le « o » ouvert de « porte », par exemple.

Un peu d’histoire

En 1241, la région est envahie par les Tatares. Le village de Remetea est pillé, brûlé, et une grande partie des habitants sont tués. Quelques uns parviennent à s’enfuir par la forêt, jusqu’aux abords de la montagne. Ils défrichent le terrain et donnent naissance à un nouveau village, au milieu d’une forêt de noisetiers. Les sommets proches se nomment Vârful lui Bogdan (1051 m), Horaiţa (1078 m) et Dealul Duhului (917 m ). Et quelques autres un peu moins élevés.
La Transylvanie a longtemps été rattachée à la Hongrie. La population a toujours été mélangée, mais les paysans roumains étaient les serfs des propriétaires terriens Hongrois, ou des riches nobles Roumains, d’ailleurs.
Les paysans étaient obligés de céder aux nobles une partie de leur récolte, de donner des jours de travail non rémunérés, et de payer un impôt... sur la fumée ! Autrement dit sur chaque maison.
Une révolte a éclaté en 1784, laissant espérer aux paysans une vie meilleure. Raté ! La révolte est écrasée, et le meneur est mort sous le supplice de la roue. Le bon vieux temps, quoi ! Cependant, après sa mort, sont nées en l’honneur de ce héros des poésies, des chansons, et même des légendes. La mode a été de donner son prénom aux enfants...
Nouvelle révolte, nouvel espoir en 1848, 1849. Nouveau héros : Avram Iancu, qui a maintenant sa statue dans le village (j’en parlerai plus loin). Cette fois, plusieurs obligations féodales sont supprimées. Et les enfants sont envoyés à l’école.
De 1867 à 1918, les Roumains se sentent à nouveau brimés : c’est la langue hongroise qui prime.
1918-1940 : énorme progrès culturel et économique.
En 1918, le rattachement à la Roumanie a été voté, et ce rattachement a été entériné par les autres pays en 1920. Les Hongrois, apparemment, n’ont jamais avalé la pilule ! Entre 1940 et 1944, une partie du territoire leur a été rendu par Hitler. À ce moment-là, Alunişu-Magyarókereke se situait juste sur la frontière. Nouvelles vexations pour les Roumains du village : le maire est Hongrois, et l’instituteur, qui enseigne en Hongrois, ne parle même pas le Roumain !
Le 12 Septembre 1944, la Roumanie récupère le terrain. La domination hongroise cesse dans le village. On y installe des officiels Roumains.
… Et on introduit une « démocratie » staliniste. Les paysans « riches » sont poursuivis. (Exemple : l’un d’eux est déporté parce qu’il possédait à peine 8 ha, 1/7 de moissonneuse-batteuse, 1/5 d’un alambic, et surtout, crime des crimes, un serviteur.
On organise alors le travail en commun des terres, les paysans étant rémunérés... en produits agricoles !
Après la chute de Ceauşescu, chacun a récupéré sa petite ferme. Mais les revenus sont si faibles... On vit pratiquement en auto-subsistance. Les jeunes ont plus d’ambition : ils partent faire des études et ne reviennent pas au village. La population vieillit et les maison se vident.
Une vieille femme se lamente : « il ne reste plus que nous, les vieilles femmes. Nos maris sont morts, et nos enfants sont en Belgique, en France, en Espagne... »
Aujourd’hui, les Hongrois sont bien Hongrois et fiers de l’être. En Hongrie, lorsque nous annoncions le but de notre voyage, on soupirait avec nostalgie sur la « Grande Hongrie » perdue. J’en ai déjà parlé dans un article précédent.
Dans l’ensemble, la cohabitation se passe plutôt bien. Mais... les petites bisbilles existent toujours...
Exemple : le monument dressé à la gloire de Avram Iancu, poète Roumain.

Mais surtout héros des paysans Roumains, serfs des propriétaires terriens Hongrois, car il avait pris la tête de leur révolte.
Voici trois ans, un habitant aisé d’Alunişu a financé l’érection de ce buste altier placé... sur le parvis de l’église orthodoxe fréquentée par les Roumains. Stupeur des Hongrois. Outre le fait qu’ils n’ont guère de raison d’éprouver de la sympathie pour ce « héros », il se demandent ce qu’il vient faire sur le terrain de l’église. Il ne s’agit ni d’un saint, ni d’une figure religieuse. Alors... Provoc ? Bof ! On râle et on grogne bien un peu, côté Hongrois, mais ça reste bon enfant. Depuis le temps qu’on vit ensemble, on va pas pour ça déclencher une guerre !

NB : je n’apprends pas le « bon » roumain, ici. Les gens de la région parlent une espèce de patois qu’on ne comprend pas bien, paraît-il, dans la capitale. Ils transforment les « zzz » en « rrrr » (roulés bien sûr), changent les consonnes dures en chuintantes. Ils utilisent la voix passive en lieu et place de la voix active, s’accrochent encore au passé simple démodé ailleurs, et bien entendu mélangent à leur roumain des mots hongrois. On ne cohabite pas depuis si longtemps sans que ça laisse des traces.
Et à propos de « démodé », les messieurs ont conservé une « mode » exquise, qui n’était pas exclusivement réservée aux grands de ce monde par ici, mais pratiquée aussi par le plus humble paysan. En tant que femme, lorsque je suis présentée à un homme, j’ai droit au baisemain !

Petites concurrences. Szilárd, le pasteur de l’église réformée (Calviniste), donc Hongrois, écrit un joli petit bouquin sur l’histoire du village : « Magyarókereke, 1273-2013 ». (sauf erreur de ma part, le nom Alunişu n’y apparaît nulle part). Le livre est écrit en langue hongroise. Paru en 2013.

Réponse immédiate, côté Roumain. Nicolae Steiu réplique en faisant publier un livre plus gros et plus complet, intitulé « Alunişu », qui lui parle du nom Hongrois du village et en dévoile l’origine.

Même si le village est petit et que les mélanges existent, il y a quand même un quartier plus nettement roumain, et un quartier plus nettement hongrois. Les Hongrois savent parler roumain, mais vous répondent « jó napot » (bonjour hongrois), quand vous les saluez d’un joyeux « bună ziua ! » (bonjour roumain). Comment tu veux qu’on devine, nous, ce qu’il faut dire ? C’est pas écrit sur leur figure, s’ils sont Hongrois ou Roumains.
Les Roumains, eux, savent rarement parler hongrois.
Il paraît que la population hongroise augmente pendant que la population roumaine diminue.

En tout cas, Roumains ou Hongrois, tous sont extrêmement gentils et accueillants envers nous.

Les maisons

le village se dépeuple.
Il y a pas mal de maisons vides, qui se délabrent doucement.

Les maisons ?

Il y en a des bleues

dont la "nôtre"

des vertes

des piquetées de petits points de mica bien brillants

des roses

des brunes – depuis le très clair jusqu’au plus foncé

des grises

des blanches

des en bois

des que l’on restaure

des toutes neuves pas encore terminées.

(Les neuves et les restaurées appartiennent pour la plupart aux « gens de la ville » qui reviennent au village juste pour passer les vacances.)

On trouve aussi des toutes neuves bien finies, style moderne.

Il y a la belle demeure d’un citadin de Cluj

Oups ! J’allais oublier la jaune : c’est l’épicerie du village. Ouverte de 8 h à 9 h le matin, (ou de 9h à 10 h, ça dépend de l’humeur du patron, et c’est pas écrit sur la porte...) et de 18 h à 20 h le soir. Ça dépanne.

À côté de laquelle on trouve la boîte aux lettres.

Un petit intérieur bien douillet.

Beaucoup de toitures possèdent cette drôle de petite avancée. On ne sait pas trop à quoi ça sert. Ça devait être à la mode, à une époque donnée.

Sous leur crépi, la plupart des maisons sont en bois ou en torchis.

Détail d’un mur, vu de l’intérieur, fait tout récemment avec une méthode traditionnelle : bois tressé et torchis.

La toiture de « notre » maison est en bardeaux (tuiles de bois).

les vérandas

La toiture déborde toujours largement sur l’un des côtés de la maison pour protéger une véranda. Pratique pour y laisser les chaussures sales, stocker le bois, ranger les balais.

La plupart du temps, une partie de la véranda est ouverte, l’autre partie vitrée.

Mais il existe aussi des vérandas entièrement ouvertes

ou entièrement fermées

les frontons

Beaucoup de maisons possèdent des frontons qui sont de véritables dentelles de bois

certains avec une jolie petite avancée.

Il en existe de tout simples

d’autres sans aucune fioriture.

Traditionnellement ils étaient peints, le plus souvent en vert et blanc.

Lors d’une restauration, certains sont donc repeints

Mais on préfère parfois garder la couleur du bois

Même dans les constructions neuves, la tradition peut perdurer

mais on peut préférer un style plus résolument moderne.

Beaucoup de ces pauvres frontons ont subi les attaques du temps.

En tout cas, la datation est (presque) obligatoire.

Les portails

Pour pénétrer dans les cours des maisons, il existe un large portail : celui que l’on ouvre pour laisser passer la voiture automobile ou hippomobile. Ou encore le tracteur et sa remorque.
On en trouve en bois.
Ils peuvent être simplement faits de planches au sommet taillé en pointe

Les gros costauds anciens ne laissent rien apercevoir de ce qui se trouve derrière.

Dont le nôtre, d’ailleurs. Notre roulotte se trouve bien à l’abri des regards indiscrets.

On en voit de plus récents.

Et même des récents qui se piquent d’un petit air ancien.

Et puis il y a les adeptes du métal

Là aussi, le dépeuplement se fait sentir.

Les portillons

À côté du portail se trouve le portillon. Celui qu’on utilise plusieurs fois par jour pour laisser passage au piéton. Presque obligatoirement surmonté d’un petit toit.

Voilà ce que ça donne de profil

La plupart des petits toits sont en tuiles

parfois avec du tout neuf en tôle imitation tuile.

Les anciens sont souvent joliment sculptés.

Les tout neufs aussi, d’ailleurs.

Certains optent pour le résolument moderne.

Même l’église a le sien.

Comme pour tout, il y a aussi les abandonnés.

Bon, il y en a quand même qui ne se cassent pas tant la tête !

les fours

De-ci de-là, on rencontre des fours extérieurs à la maison.

Les granges

Les granges nous plaisent beaucoup.

Pratiquement chaque maison a la sienne, pour loger la vache,

le cheval, le cochon et les moutons.

La volaille en profite aussi.

On y stocke de la paille et du foin.
Mais les vaches disparaissent rapidement. (Plus de 400 vaches voici une vingtaine d’années. Il en reste 23)

Qu’est-ce qu’elles sont belles, les granges, sous la neige !

La technique de construction, c’est soit la cabane au Canada,

soit l’assemblage en biseau.

Allez, je vous emmène faire le tour du village. Promenons-nous dans

les rues...

Jusqu’à il y a trois ans, les rues n’étaient pas asphaltées. Des subventions venues de l’Europe ont permis de goudronner la route qui arrive de Sâncraiu (chef-lieu de la commune, qui est composée de 5 villages, à 3 km d’ici. C’est là qu’on trouve la mairie, l’école, la police, la pharmacie, quelques petits commerces, des chambres d’hôte...) et les ruelles du village. Au début, les gens étaient si fiers de leurs belles rues toutes neuves qu’ils sortaient pelles et balais aussitôt qu’une roue de tracteur
laissait un peu de terre, une vache sa bouse ou un cheval son crottin. Ça n’a pas duré très longtemps !

Dès la dernière maison, l’asphalte disparaît.

Euh ! À vrai dire, y’a des rues qu’ont été carrément oubliées !

Le village lui-même est très propre. On y trouve une poubelle tous les 50 mètres ! (toujours l’Europe) C’est dans la nature que ça se gâte, et qu’on trouve des cochonneries partout.

Voici la rue principale.

La même un peu plus loin, sous la neige, cette fois.

Et l’une des rues secondaires.

Les églises

On arrive à un petit carrefour marqué par une belle croix sculptée.

Juste derrière laquelle se trouve l’église orthodoxe, fréquentée par les Roumains.

Prenons la route à gauche, laissons l’abribus sur notre droite

Continuons jusqu’au kiosque

derrière lequel les enfants du village ont leur aire de jeux.

Voici ensuite l’église réformée (Calviniste) fréquentée par les Hongrois.

Non loin de l’église, la maison du pasteur, Szilárd, Hongrois bien entendu, et nostalgique de la grande Hongrie. Ses émoluments étant trop faibles pour faire vivre correctement sa petite famille (il est marié et a trois enfants), il complète en élevant des cochons, des moutons et des abeilles. Il a aussi un très grand verger qui lui permet de produire de la pálinka, vendue dans de très jolies bouteilles.

Petite anecdote : la récolte des fruits représente un gros travail. Impossible pour Szilárd de l’accomplir seul. Personne ne peut venir l’aider dans la semaine, car chacun a ses propres fruits à récolter. Donc... on vient lui donner un coup de main le dimanche, en échange de quoi on est dispensé de messe !
Szilárd achète aux personnes qui possèdent des vaches leur surplus de lait. Et confectionne de délicieux fromages. C’est la raison pour laquelle nous nous rendons chez lui une fois par semaine. Il invente, il innove, il fait des essais. Fromage fumé, fromage au paprika, au romarin, à l’ail, à l’oignon... Un autre qu’il nomme du « brie ». Il s’est inspiré je ne sais comment de la recette, la forme ressemble au brie, mais le goût est assez différent. Le choix nous laisse parfois perplexes !

Szilárd entretient un très beau jardin, où il a construit pour ses enfants un petit train en bois.

Les deux églises, vues d’un peu loin.

Les bancs

Au bord des rues, à divers endroits du village, on rencontre des bancs de style assez divers

pour permettre les réunions papotage, bien entendu !

L’eau

Dans le village, les gens avaient monté tout un système d’alimentation en eau qui fonctionnait très bien, et ils avaient l’eau (sources de la montagne) gratos. Là-dessus tombent des subventions Européennes pour l’amélioration sanitaire des villages. Les gens étaient tout contents : une belle route toute neuve pour remplacer le chemin non goudronné, des poubelles tous les 50 mètres. Comme le système d’arrivée d’eau fonctionnait bien, il a été conservé tel quel, sauf qu’on a changé les tuyauteries un peu vieillottes.

Ce qui surtout a changé, c’est l’évacuation, plus propre et plus saine. Des fossés bétonnés le long des rue,

dans lesquels on se débrouille pour évacuer l’eau des gouttières.

Et l’égout.

Sauf que maintenant, les gens ont un compteur et sont obligés de payer l’eau. C’est cher. Ils n’ont pas trop les moyens. Du coup, ils consomment le moins d’eau possible, retournent la puiser à leur puits pour l’avoir gratuitement, et rognent sur quoi ? Sur le non indispensable, c’est à dire la toilette ! Alors pour ce qui est d’améliorer l’hygiène... Comble : avant, il y avait 4 pompes publiques dans le village. Elles ont été supprimées, pour être sûr que les gens ne viennent pas « chiper » l’eau gratuite au lieu d’utiliser la leur !!!! Vive l’Europe....(je ne veux pas dire que l’Europe c’est pas bien. Seulement que les « technocrates » bien perchés, là haut, oublient de tenir compte des réalités du terrain !)
Donc les puits sont encore pas mal en service.
Eh ! Oh ! On commence par le nôtre. C’est notre approvisionnement quotidien en eau. Il faut la tourner, la manivelle ! C’est que deux juments, déjà, ça en ingurgite pas mal, de la flotte. Et la toilette, et la vaisselle... Quand il fait -15° dehors, qu’autour du puits c’est plein d’eau gelée (il y en a toujours un petit peu qui tombe à côté quand on verse le seau), et que donc, attention ! terrain glissant ! ça devient assez rigolo.

Pratiquement tous les puits sont protégés par une grille en bois : pas de risque qu’un gosse tombe dedans.

Certains vraiment jolis.

Bon, y’en a qui sont plus rustiques !

Il en existe quand même qui n’ont pas de protection.
Photo du haut : système classique, mais on verse le seau dans un réceptacle, à l’intérieur du puits, qui alimente le tuyau débouchant sur l’abreuvoir. Pratique : pas besoin de transbahuter le seau.
Photo du bas : le puits est très peu profond. Pas de chaîne ni de manivelle. Une perche de bois au bout de laquelle est accrochée un seau suffit pour puiser l’eau.

Les chevaux

Le nombre de chevaux a beau diminuer, ils sont tout de même encore très présents. On les croise dans les rues plusieurs fois par jour. Ils servent surtout au transport. Foin, fumier, bidons plein de fruits fermentés qu’on emmène à la distillerie, bois, déchets...

Avec toujours le même type de charrette. Brancards pour un cheval, ou timon s’il y en a deux.

Détail d’un harnais

Et joli marche-pied.

De temps en temps passent des Tsiganes-colporteurs, avec leur cheval. Il vendent du bois, du foin, des balais de branchettes... Tu sais ? Ceux sur lesquels s’envolent les sorcières.

La neige n’empêche nullement la circulation des charrettes.

Comme antidérapant, une petite ligne de graviers traverse la route tous les quelques mètres.

Jardins et vergers

Les plates-bandes, le long des rues, sont très soignées.

Avec des mini-serres en bouteilles plastoc pour protéger les plantes fragiles durant la froide saison.

Les jardins potagers ont mis leur robe d’hiver. Terre noire, et quelques choux...

Derrière chaque maison chacun possède un verger tout en longueur et très étroit : juste la largeur de la maison, de la grange et de la cour. Pour le promeneur ignare, ça donne l’impression d’un seul immense verger, au milieu duquel le village semble incrusté. Aucune clôture ne permet de distinguer les frontières des propriétés. Il n’y a même pas de borne. Cependant, chaque personne connaît très précisément les limites de son propre terrain. Et y’a pas intérêt à chiper une pomme au voisin !!!

Ambiance feutrée lorsque la neige est tombée

Les seules clôtures sont les grillages qui séparent les vergers des routes, et celles qui les séparent vergers des pâturages de montagne. Rustiques, ces dernières !

Certaines variétés de pommes résistent vaillamment au froid. Photo prise en Décembre, après la première vague neigeuse.

L’entretien des vergers demande un minimum de soins. Si un arbre pousse un peu penché, il devient nécessaire de lui procurer une béquille.

Mais à propos de béquille, cet arbre-ci a résolu le problème tout seul.

L’hiver, les bébés arbres un peu fragiles sont protégés du gel par une belle doudoune bleue.

On laisse aux vaches, aux chevaux et aux moutons le soin de l’entretien. Océane et Noé n’y ont pas droit : elles sont xylophages, et on n’a pas envie de s’attirer des ennuis !!!

Si nos louloutes sont xylophages, il existe aussi des arbres câblophages !

Bien entendu, pas de verger sans abeilles...

Flânerie

Continuons à flâner au hasard des rues. On peut monter jusqu’à l’ancienne école par exemple ; vide d’enfants désormais. (Les quelques petiots du village doivent se rendre à Sâncraiu)

La cour de l’école sert désormais d’emplacement pour les fêtes, et dans un coin, il y a la cabane du berger.

Il ne faudrait pas croire qu’il n’y a que des chevaux. On rencontre des tracteurs, aussi.

Et des mobylettes.

On peut croiser des décorations insolites.

Des cours qui ne manquent pas de pittoresque.

J’allais oublier les nids de cigognes. Vides à cette saison, naturellement, mais tous les deux habités au retour de chaque printemps.

Si on veut construire à un endroit bien précis, et qu’on ne veut pas zigouiller l’arbre qui précisément se trouve là, on fait comment ?

Les croix

De nombreuses personnes mettent leur demeure sous la protection du Christ.

On a même pu suivre l’érection d’une belle croix : une semaine de travail pour deux hommes, qui ont pioché à la main pour creuser un trou impeccablement carré ! Puis il a fallu transporter la croix (une ancienne croix récupérée quelques maisons plus loin), la poncer avec soin, la dresser, cimenter... Quel boulot !

Et puis on y accroche un beau Jésus tout neuf. La voici terminée.

Les cimetières

Tant qu’on parle de croix, allons donc faire un petit tour aux cimetières. Eh oui, malgré la petitesse du village (une centaine d’habitants), il est nécessaire d’écrire ce mot au pluriel : il n’y a pas qu’un cimetière. Les morts Hongrois d’un côté, non loin de l’église réformée.

On n’hésite pas à y récolter l’herbe pour monter sur place de belles meules de foin. Morts et vivants se côtoient sans problème.

Et les morts Roumains de l’autre, sur la colline dominant le village.

la plupart des tombes y sont d’une très grande simplicité.

Il y a aussi un petit coin avec quelques tombes juives. Il ne sert plus, car il n’y a plus de juif dans le village.

La distillerie

Sortons un peu du village proprement dit pour aller visiter la distillerie. Chemin faisant, on passe à côté de l’ancien Kolkhoze.

C’est naturellement la plus grande exploitation agricole d’Alunişu-Magyarókereke. Les terres sont cultivées avec des gros tracteurs, le foin roulé en grosses balles rondes.

On y élève des moutons, des porcs et des chevaux. Une vraie exploitation agricole moderne, quoi.

Continuons le chemin en descendant vers la rivière. Blottie au milieu des arbres : la distillerie. Rustique à souhait : tout un poème !

On y amène les fruits à distiller en charrette.

Il faut de l’eau ? Pas de problème !

Les fours fonctionnent au feu de bois.

Les paysages

Et maintenant, si nous sortions un peu du village ?
Côté plaine, direction Sâncraiu, la centrale solaire. Implantée ici par les Chinois. Un bon point pour eux : elle est reliée au réseau distributeur par câbles souterrains. Donc pas d’affreux pylônes aux alentours. Tu trouves ça moche ? Ben dis donc, c’est pas plus moche qu’une centrale nucléaire, et c’est beaucoup moins dangereux !

Faut pas rêver : un peu plus loin, poteaux électriques, pylônes, antennes pour téléphone portable, sont là et bien là. Bref... pas terrible !

Quand même, à cette saison, de magnifiques nuances dans les tons ocres, et ces meules de foin qui rappellent certain tableau célèbre.

Et puis quand la neige s’en mêle...

Mais si on se tourne côté montagne, alors là... !

On peut prendre par exemple la petite route qui va à Săcuieu, un autre village situé à environ 4 km. Oui, oui, c’est une vraie route ! Regarde bien : tu vois la borne kilométrique ? Et il y a même des bornes hectométriques, figure-toi !

Autour d’Alunişu-Magyarókereke, la montagne c’est essentiellement du pâturage. Principalement pour les moutons, menés par le berger accompagné de ses chiens, mais aussi pour les vaches.

Ah ! N’oublions pas les fameux « champs » d’églantiers, qui alimentent le village en confiture ! Si les pommes, poires, prunes, noix... que fournissent les vergers sont très jalousement surveillés (ce qui est à moi n’est pas à toi), les cynorhodons, en revanche, sont à tout le monde. Tout un chacun peut venir se servir, à la saison.

Pour arriver à la forêt (hêtres et conifères), il faut marcher longtemps.
Dans les débuts de notre séjour, on trouvait encore des fleurs automnales.

Tiens, il y a une colline sur laquelle les arbres poussent perpendiculairement à la pente au lieu de s’élever directement en direction du ciel. Ça fait un effet un peu bizarre.

On peut croiser des choses un peu surprenantes. C’est quoi, ça ? La niche des chiens de berger ?

En tout cas, entre sources et ruisseaux, l’eau ne manque pas.

Et je te présente mon lieu préféré. Ces rochers ont un nom : ce sont les Hiituri.

Sous le pâturage, la montagne, c’est du rocher. En 1865, une énorme coulée de boue a dévalé sur le village des noisettes. Il y a eu des morts. La coulée a creusé de profondes ravines,

et laissé à nu ces impressionnants amas de rochers.

Si au retour de la promenade on passe dire un petit bonjour aux juments, et que l’on revient à la roulotte en passant derrière les vergers, voici comment on voit le village juste avant d’arriver « chez nous »

Par temps de neige...

Pour te donner quelques points de repère, j’ai essayé de dessiner un plan. J’te préviens, j’suis pas géographe. L’échelle n’est sûrement pas trop bien respectée. J’ai colorié tout en marron le long des rues pour représenter les maisons, mais en vrai, elles ne sont pas à tout-touche. Il y a beaucoup d’espace entre deux maisons. La centrale solaire ne se situe pas si près du vilage. Mais ça te donnera quand même grosso-modo une idée de l’ensemble.

Anne, 14 Janvier 2016

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