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Fêtes à la Roumaine 1/01/2016

16 au 31 Décembre 2015

20 Décembre
On distille, deuxième chapitre.
Tu te souviens sûrement qu’on avait accompagné Lars à la distillerie pour l’aider à décharger ses bidons remplis de prunes à un stade de décomposition assez avancé...
20 Décembre : son tour de distillation est arrivé. Tu peux constater que la distillerie n’est pas tout à fait aux normes européennes. Même pour la Roumanie, elle est assez baroque. Plusieurs petites distilleries se sont vues dans l’obligation de fermer leurs portes pour manque de... ou trop de...
Le patron de celle-ci a peut-être le bras un peu plus long que les autres, toujours est-il que pour l’instant, il tient encore le coup. Pour combien de temps ?
Quel privilège pour nous que d’avoir eu l’occasion de voir fonctionner un truc pareil ! C’était à ne pas manquer.
Allez, je t ’explique tout.
8 heures du matin, arrivée à la distillerie.
Roïbo est dételé et attaché au piquet. Il pourra brouter tranquillement...

Le feu est allumé dans le four de première distillation.

Avec les seaux, il faut vider les tonneaux dans la cuve. Le plus vite possible, pour refermer rapidement. Il ne s’agit pas que tout s’évapore dans la nature !

Quand le bidon est presque vide, on le soulève pour verser le fond.

La cuve contient 400 litres, soit deux bidons. C’est exactement la quantité que Lars avait apportée. Il aura donc une fournée. Ça devrait donner environ 40 litres de pálinka.

Bien fermer la cuve !

Le feu doit être entretenu en permanence pour chauffer la purée de fruits.

La marmelade de fruits est brassée automatiquement par un touilloir dont le bras est décoré d’un joli sac plastique, attaché là pour bien visualiser si ça tourne correctement.

Ce touilloir est actionné par un moteur situé à l’extérieur du bâtiment.

L’alcool entre en ébullition et se transforme en vapeur à 78,2°. Donc avant l’eau. Cette vapeur monte dans les tubes de cuivre.

Elle redescend dans le serpentin qui se trouve dans ce gros tonneau, refroidi par l’eau.

L’eau arrive d’une source. Après avoir rempli son office, elle est évacuée pour rejoindre le ruisseau.

L’arrivée de l’eau dans le tonneau doit être minutieusement réglée.

Tout simple : c’est ce caillou qui règle le débit selon la manière dont il est placé dans la gouttière !

La froidure de l’eau provoque la condensation des vapeurs de l’alcool, qui devient liquide. Il est récupéré, modernisme oblige, dans un seau en plastique.

Ça, c’est la première distillation. Une certaine quantité d’eau s’évapore quand même avant les 100 ° qui la mettent en ébullition et se mélange à l’alcool. Dans les distilleries modernes et « aux normes », la température est soigneusement maintenue à 78,2°. Mais ici, aucun thermomètre n’indique où on en est, et le feu de bois n’est pas contrôlable au degré près ! Donc cet alcool n’est pas fameux. Par dérision, on l’appelle « vodka », pour se moquer des Russes qui ne distillent leur vodka qu’une seule fois. Et dis donc, franchement, la vodka, c’est loin de valoir la pálinka ! Là, je ne fais que répéter ce qui se dit ici : je suis incapable de juger, vu que je ne bois ni l’une ni l’autre. Oswald, qui a goûté à cette « vodka »-ci, affirme que c’est pas bon du tout.

Pour savoir quand la distillation est terminée, c’est à dire quand il n’y a plus d’alcool dans la cuve, c’est tout simple. On remplit un petit verre de « vodka ». On enflamme un bâton. On jette la « vodka » sur la cuve. On approche le bâton. Si la « vodka » s’enflamme, c’est qu’il reste encore de l’alcool à distiller. Si elle ne s’enflamme plus, c’est que la distillation est terminée !

Quand le seau de « vodka » est plein, on le vide dans un fût en plastique.

Puis quand la première distillation est finie, on verse toute la « vodka » récupérée dans la cuve du four de deuxième distillation.

Même principe. Vapeurs, refroidissement brutal, condensation. Cette fois, il y a beaucoup moins d’eau. L’alcool sort très très fort au début (75 à 80%) puis s’adoucit au fur et à mesure que la distillation avance. Finalement, on aboutit à une eau-de-vie qui tourne entre 50 et 60 %. Si la teneur en alcool est trop forte, on rajoute de l’eau.
Le premier demi-litre est récupéré dans un petit récipient puis jeté : l’alcool qu’il contient est fortement toxique et peut entraîner la cécité.

Une fois ce demi-litre jeté, on récupère la pálinka toujours dans une bassine en plastique, mais après l’avoir filtrée.

Pendant ce temps, la cuve de première distillation est vidée de la bouillie de fruits restante, directement dans un caniveau qui rejoint la rivière.

C’est encore un peu alcoolisé, cette purée-là, quand même ! Pourtant, chaque soir, les moutons viennent s’en régaler. Est-ce que ça parfume leur viande ? On n’a pas eu l’occasion de photographier cette orgie. Seulement ses traces.

La cuve est ensuite abondamment rincée.

Pendant ce temps, la deuxième distillation suit son cours.

Malicieusement, quelqu’un propose à Oswald de goûter, juste après que le premier demi-litre eût été jeté. Pourquoi pas ?

Cul sec !

Pauvre Oswaldito ! Il tousse ! Il crache ! C’est encore de l’alcool presque pur !
Très drôle... Ça se marre dans la cambuse !

Vite, vite ! Un grand verre d’eau pour apaiser la brûlure. Ouf !

Allez, sans rancune !

Lars, en habitué, use de prudence. Il ne se sert que deux gouttes au fond du verre, le hume, et y trempe juste le bout de la langue pour en tester le goût.

Il récupère un peu de cet alcool fort dans une petite bouteille pour son armoire à pharmacie. Excellent en friction contre les douleurs rhumatismales.

Pendant que se poursuit la deuxième distillation, il serait temps de penser au déjeuner ! Robyn a apporté tout ce qu’il faut.

Miam ! Zakuska !

Tradition oblige : piquer un morceau de lard sur un morceau de bois.

Le passer au feu jusqu’à ce que la graisse fonde.

Laisser la graisse dégouliner sur une tranche de pain.

Y’a plus qu’à déguster !

Le test pour savoir si la deuxième distillation est terminée n’utilise pas le feu. Remplir à moitié un petit verre de pálinka. Le boucher hermétiquement avec la paume de la main. Secouer. Si ça fait des bulles : il y a encore de l’alcool. Continuer à distiller. Si ça ne fait plus de bulles : il n’y a plus d’alcool. Ce qui reste n’est que de l’eau pas de vie. Arrêter la distillation.

Lars récupère sur sa fournée 43 litres de pálinka. En fait 39 litres après distillation, dans lesquels on a rajouté 4 litres d’eau parce qu’elle était trop forte.
Maintenant, il va la mettre dans un fût en bois pendant au moins un an. Ce qui lui fera prendre de la couleur et changera son goût. Puis elle sera mise en bouteilles, et on la laissera vieillir tranquillement. 15 ans ? 20 ans ? Ça pourrait être une bonne petite assurance retraite.
Quand les normes européennes auront obligé toutes les petites distilleries artisanales comme celle-ci à fermer leurs portes, la « vraie » pálinka montera peut-être à des cours phénoménaux ! Qui sait ?

Pendant tout ce temps-là, Altaï s’est trouvé une petite copine.

Quand on repart, la distillerie, elle, n’en finit pas de tourner : v’là le suivant !

En retournant vers la roulotte, à pied, nous assistons au merveilleux spectacle d’une rivière de nuages qui coule entre deux collines.

Vie quotidienne

On a craqué : Pisica a obtenu le droit d’asile à l’intérieur de la roulotte. On n’est plus les seuls à apprécier la houppelande.

Encore et toujours les juments.

On les laisse dehors le plus possible. Mais quand les nuits sont vraiment fraîches, elles ont droit à l’écurie. Ce n’est pas que ça leur plaît beaucoup : « dis donc ! Quand est-ce que tu nous sors de la-dedans ? »

Dégustation de sel avant de retourner au pré.

Tiens donc ! Un ours polaire se balade dans les rues du village !

22 Décembre
Solstice d’hiver

En bons païens que nous sommes, célébrer Jul, le solstice d’hiver, nous parle davantage que la grosse nouba commerciale qu’est devenu Noël.
Pour nous, c’est la promesse de jours qui vont s’allonger. Bien sûr, l’hiver ne fait que commencer. Bien sûr, les grands froids sont encore à venir. « Quand les jours s’allongent, le thermomètre plonge »
Mais le fait d’avoir un peu plus de lumière chaque jour annonce que le meilleur reste à venir.
Aussi, lorsque Lars et Robyn nous ont invités à venir célébrer ce soir le solstice en compagnie de quelques amis, nous avons été enchantés.
Dans le village, les préparatifs des fêtes de fin d’année se bornent à une émouvante petit guirlande d’ampoules pâlichonnes qui traversent la route.

Aucun sapin ne pousse autour d’Alunişu. Comme nous voulions installer un micro arbre de Jul dans la roulotte, histoire de marquer le coup, nous avons choisi le bout d’une branche de pommier. Des baies, des têtes de cardère, des morceaux d’écorce d’orange, un épi de blé, un tout petit morceau de branche de sapin (quand même) trouvé par terre sur la route, de la laine perdue par un mouton dans les broussailles. Et voilà notre arbre décoré.

Quelques bougies, une orange-lampe-à-huile, ambiance toute douce.

Il est mignon, non ?

Les habitants vont un peu plus loin dans la montagne couper leur arbre de Noël.

Et puis finalement, Robyn et Carsten nous en apportent un vrai, de petit sapin. Décoré de gargailloux. J’y ajoute quelques graines chevelues de clématites sauvages. Comme il a encore ses racines et qu’il est destiné à être replanté, on préfère le laisser dehors. Pas sûr qu’il supporterait les grosses montées de température à l’intérieur de Kaplumbağa quand le poêle se met à vraiment ronfler.

Seize heures

Tout le monde au travail Ramasser du bois mort dans le verger, et le traîner jusqu’à la place de feu. Même les trois enfants présents s’y mettent.

Curieux, Roïbo vient voir ce qui se passe.
Présents : Sébastien et Anne-Cécile, un jeune couple de Français qui, partis d’Angers en Juin dernier, sont arrivés ici... à vélo. En passant par Istanbul ! Ben oui, un vélo, ça va plus vite qu’une roulotte attelée de deux chevaux !

Avant les flammes, la fumée. Adela, maîtresse de cérémonie, enflamme un faisceau de tiges de sauge. Avec une plume, elle chasse la fumée en direction des quatre points cardinaux, puis vers le bas (la terre-mère), enfin vers haut (le père-ciel).

Le feu crépite.

Accompagnés par les tambours,

on chante un bel hymne aux cycles la nature et en particulier au soleil. In english, please. Parce que sont présents ici des Français, des Roumains, une Étazunienne, un Allemand, un Hollandais... L’anglais est donc notre seule langue commune.

Presque pleine, la lune fait la roue juste au-dessus du feu.

Sur un tapis, on peut déposer des offrandes. Oswald a confectionné deux bouffadous dans des branches de sureau – arbre sacré en Allemagne.

Autour de la chaleur du feu, la chaleur humaine. Intense.

Le feu... Magique... Envoûtant...

23 Décembre
La montagne.

Le soleil... Le ciel tout bleu... Des températures très douces. 10° à l’ombre, au soleil il fait presque chaud. Ce qui n’empêche qu’en grimpant en altitude, il reste quand même des plaques de neige et du verglas.

Nous avons décidé d’une longue randonnée en montagne. Lars, Robyn, Carsten, Oswald et moi. On partira le matin, et on emportera un pique-nique. Bien entendu les deux chiens sont de la partie. Topos, la petite bergère de Lars, Robyn et Carsten. Et puis Altaï, notre gros toutou. Ils s’entendent comme larrons en foire, ces deux-là.

Attention, chaussée glissante !

Les montagnes, ici, sont les monts Apuseni. Les Carpates de l’Ouest.

On longe un joli ruisseau.

Impressionnant pic de roc à tribord.

Les arbres ? Essentiellement hêtres et sapins.
Nous humons avec délices les merveilles de Dame Nature :
Un bébé conifère au creux de son nid de neige

la demeure en aiguilles de pin bâtie par une colonie de fourmis rousses. Il fait si doux que des fourmis sont sorties prendre le soleil.

des arbres dont les racines s’incrustent dans la pierre...

Les rares humains qui demeurent encore dans le coin vivent de leurs moutons.

Quelques chèvres, une ou de vaches, des volailles, l’incontournable cochon. Les produits du jardin sont en conserve, dans des bocaux précieusement rangés. C’est que l’hiver, quand la neige a décidé de tomber, c’est pour de bon. Les chemins deviennent impraticables. On peut se retrouver totalement isolé pendant deux mois d’affilée. Voilà pour quelle raison le village est à 80 % abandonné. Presque plus personne n’accepte ces conditions de vie.
Pour les moutons, qui cavalent dans la montagne, des abreuvoirs ont été aménagés.
Une source tout juste contenue avec un simple tronçon de bois

L’eau de source captée dans une gouttière de bois, et amenée jusqu’à un tronc d’arbre évidé.

Un peu plus sophistiqué, modernisme oblige : la source est aménagée,

et l’eau captée dans un tuyau de socorex, qui descend vers l’abreuvoir. Un tronc évidé aussi, celui-ci, mais d’une longueur impressionnante.

Petite pause pour croquer une pomme auprès d’un superbe hêtre creux.

Le ventre de l’arbre...

(Si tu ne sais pas à quoi je fais allusion, tu peux cliquer ICI et tu comprendras)

En continuant à grimper, on tombe sur de belles granges

La plupart sont en assez piteux état.

Maison de berger, entourée d’un corral et d’arbres fruitiers.

On s’arrête enfin pour pique-niquer

près d’une ferme inhabitée dont la toiture est de bois.

La structure des murs nous fascine.

Curieux que nous sommes, nous jetons un coup d’œil au travers d’une fente. Découverte d’un four effondré.

Sur le chemin du retour, une belle surprise nous attend. À défaut de l’ours lui-même, nous découvrons... sa crotte !

Et la trace de son pied dans une plaque de neige.

Séquence émotion...

24 Décembre
Joyeux Noël !

Début d’après-midi, je vais aider Robyn à confectionner les sarmale. Plat obligatoire pour toute fête ! Anniversaire, Noël, mariage, repas de funérailles... on n’y coupe pas.
D’abord, descendre dans la réserve pour prélever deux beaux choux lacto-fermentés. Pour la choucroute, on lacto-fermente des choux râpés. Mais on peut aussi préparer de cette façon les choux entiers, dans un tonneau de bois dont le couvercle est une presse, pour que le tout soit bien serré. On ajoute aux choux de l’aneth (indispensable) et d’autres épices. Chacun sa recette. On prélève les choux au fur et à mesure des besoins.
Recette : mélanger du riz cru, de la viande hachée (des œufs pour les végétariens), du sel, du poivre, un peu d’eau, un peu de jus de chou, des épices comme on en a envie. Bien malaxer.
Prendre les feuilles de chou une par une, poser dedans un petit boudin du mélange, enrouler la feuille en fermant bien et en serrant. Entasser ces petits rouleaux dans une cocotte en terre et recouvrir de sauce tomate. Arroser avec de l’huile. Dans la recette traditionnelle, on met beaucoup d’huile. Robyn préfère alléger ! Fermer la cocotte. Mettre dans le four de la cuisinière à bois. Laisser cuire au moins trois heures.

Le soir, on dégustera... après la distribution des cadeaux. Carsten a reçu un adorable petit hibou en peluche. Il s’empresse de lui confectionner un petit manteau en découpant du papier (il est dans la période « papier-ciseaux-scotch ») Lars et Robyn découvrent mon roman « la tache verte » que j’ai demandé à l’éditeur de leur faire parvenir. Et c’est arrivé à temps ! Oswald a droit à une bouteille de pálinka du jardin, et moi à un savon « fait maison » (c’est Adela, la maîtresse de cérémonie du feu de Jul, qui les confectionne)
On a à peine fini le repas que retentit sous la véranda un chœur de voix mâles. Ce sont les jeunes célibataires du village qui ne manqueraient pour rien au monde à la tradition : la « colinda ».
Ils chantent... archi faux ! La porte doit rester fermée, pour l ’instant. Après le chant, l’un d’entre eux entame un long discours auquel on ne comprend rien : c’est du hongrois. À la fin du discours, on frappe à la porte. Lars va ouvrir. Entrent six jeunes hommes. Hongrois et Roumains mélangés. (Enfin mélangés... si j’ai bien compris, il y a là 5 Hongrois pour 1 Roumain)

Il s’agit de leur offrir une tranche de cozonac, le traditionnel gâteau de Noël, une sorte de brioche dans lequel est roulée une pâte de noix.

Et surtout, la pálinka !

Ils disent en riant à Lars et Robyn qu’ils sont les heureux chanceux d’être la première maison dans laquelle ils passent. Parce qu’ils vont faire la tournée des maisons du village. Pas question de se rendre chez Untel, et pas chez Telautre, sous peine de risquer de vexer profondément. Partout, ce sera gâteau ET pálinka ! Deux d’entre eux s’en enfilent déjà ici deux verres. Les autres, un tout petit peu plus raisonnables, se réservent pour la suite des événements.
Chantent-ils plus juste au bout de la sixième maison ? Ou plus faux ?

« colind », c’est le noël, dans le sens « chant de noël ». « A colinda » signifie donc littéralement « chanter des chants de noël ». Ce mot vient du latin « calendae » : les calendes.
Noël se dit « Crăciun » (à prononcer approximativement « creutchoune » en roulant le r) L’étymologie est controversée. Ça pourrait venir du latin « creatio » (création) ou tout aussi bien provenir du vieux-slave « Korotchoune », fête païenne du solstice d’hiver, reliée au dieu Koleda
le Père Noël, c’est « Moş Crăciun », littéralement « le vieillard de Noël ». Pendant la période communiste (1945-1989), la religion a été fortement découragée et les traditions réprimées. Il arrivait que des « calendants » soient arrêtés et détenus quelques jours pour « mendicité et trouble à l’ordre public ». Le mot Crăciun a été banni du vocabulaire et Moș Crăciun a été officiellement remplacé par Moș Gerilă (Père Gelé). Après 1989, les libertés rétablies ont permis la réapparition de ces traditions, qui tombent cependant en désuétude, surtout en milieu urbain. Moș Gerilă a disparu, et Moș Crăciun est ressuscité.

30 Décembre
Anecdote

On a accroché des morceaux de gras de cochon aux arbres pour les petits oiseaux. Ce matin, c’est un gros oiseau qui aurait bien voulu en profiter. J’étais tranquillement installée dans la roulotte, à regarder par la fenêtre, quand j’ai vu un geai s’emparer d’un beau morceau de lard et l’emporter dans son bec. Quel gourmand !
Une heure plus tard, je sors de la roulotte, et que vois-je ? Le morceau de lard par terre. Trop lourd ou trop encombrant pour le geai, sans doute. Il l’a laissé tomber. À moins d’un mètre de la truffe du pauvre Altaï, qui est attaché et ne peut donc pas l’attraper !
(Ben oui, on est obligé d’attacher Altaï quand on ne le surveille pas : sinon, il fugue. Mais rassure-toi, il a droit à deux longues promenades et deux ou trois autres plus courtes chaque jour. Et puis quand on est dehors à nettoyer l’écurie ou fendre du bois, il est avec nous. Pas la peine de nous dénoncer à la SPA !)
En tout cas, là, le pauvre toutou regarde le morceau de graisse en gémissant doucement. De longs filets de bave coulent le long de ses babines. Ça doit faire environ une heure que dure la torture.
De toute façon, on pensait le bout de lard perdu pour les p’tits zoziaux, vu qu’on croyait que le geai l’avait emporté.
Alors Altaï a droit a ce petit extra. Je ne sais pas comment il a pu l’apprécier : en une demi-seconde, c’était englouti !

31 Décembre
Froid !

Ah ! Ah ! Ah ! Ça commence à devenir intéressant...
- -12°, affiche notre thermomètre à 8 h du matin. À l’intérieur de la roulotte, l’eau a gelé. On ne sait pas à combien c’est descendu : dedans, on n’a pas de thermomètre. Qu’est-ce qu’on est bien sous la couette sur laquelle est étalée la houppelande. Chaud dedans ! C’est tout doux. Problème : qui se lève pour allumer le feu ???
Chacun son tour. Ce matin, c’est moi qui m’y colle. Un quart d’heure plus tard, on a presque trop chaud. Épatant, le petit poêle. On ne le laisse pas ronfler la nuit : un peu la trouille du CO. On a bien un detecteur, mais il sonne l’alarme même quand la porte est grande ouverte ! Il doit avoir quelque chose de détraqué. On l’a mis HS. Il nous cassait un peu trop souvent les oreilles.
À midi, encore -5°.
"Notre" ruisseau a gelé lui aussi, malgré son vif petit courant. Mais l’eau chantonne encore sous la glace.

Grand beau soleil et pas de vent. On emmène les juments au pré, et on fait le tour par le village en revenant, pour acheter du fromage, du lait et des oeufs. Très agréable promenade. Vivifiant ! Même pas froid aux pieds : sur le marché de Huedin, on s’est payé des sabots fourrés "made in Ukraine" qui sont vraiment épatants. Ils savent ce que c’est que le froid en Ukraine...

31 Décembre : Minuit
1er Janvier : Zéro heure

-12°. Ce ne sont pas les -20° annoncés par la météo, mais c’est un peu frisquet quand même.

La paille est prête.

Le feu est allumé.

Dong ! Dong ! Dong ! Dong.....!
Ding ! Ding ! Ding ! Ding..... !
Les cloches des deux églises, l’othodoxe et la réformée, se répondent.

Ça crame fort !

Une petite lumière, tout en haut du clocher, donne le signal :

LA MULŢI ANI !!! crient les Roumains

BOLGOG ÚJ ÈVET !!! braillent les Hongrois

Incontournable pálinka.
Des pétards pètent de tous les côtés...
Les feux d’artifices brasillent.

Les yeux brillants de joie, les enfants y vont de leurs petites étincelles.

BONNE ANNÉE ! BONNE ANNÉE !
FAITES PÉTILLER VOS RÊVES !

Anne, Premier janvier 2016

2013-2017 Tête de Mulet
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