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Alunişu, l’installation 30/10/2015

19 Octobre

Donc, depuis un certain temps déjà (la fin de l’Italie) nous avions renoncé à notre projet d’origine, qui était d’atteindre la Turquie. Les casses successives de notre pauvre Kaplumbağa, et les gros tracas de la pauvre Noé nous avaient déjà considérablement retardés. Et ce n’était pas fini ! Nous avons fini par accepter cet état de fait comme faisant partie intégrante de NOTRE voyage. Donc, quel serait notre but, plus modeste, désormais ?
La Roumanie. D’autant plus que nous y avions un point d’ancrage : Alunişu, où nos amis Lars et Robyn ont acheté une petite ferme dans laquelle ils vivent depuis six ans. Nous pourrons passer chez eux tout l’hiver. Parce que les hivers roumains, pour voyager en roulotte... ça risquait d’être un peu compliqué. Notre hiver italien, l’an passé, c’était de la gnognotte !
Voici trois ans que nous n’avons pas vu Lars et Robyn. Leur fils Carsten était un bébé minuscule, à l’époque. C’est un grand garçon de trois ans, maintenant. Un incroyable petit bonhomme qui parle hollandais (langue de son Papa), anglais (langue de sa Maman New-Yorkaise), français (à cause des séjours en France de Papa et Maman), hongrois et roumain, pas encore tout à fait parfaitement mais ça vient (à l’école, ce sont ces deux langues qui sont obligatoirement parlées).
Joyeuses retrouvailles !

Lars nous promène tout l’après-midi dans le village, sous une pluie battante, pour nous aider à organiser notre installation.
En attendant, Kaplumbağa restera au bord de la route. Pas génial au niveau de la sécurité. Mais pour si peu de circulation... On en a vu d’autres !

Les juments sont parquées, en attendant mieux, dans un enclos minuscule. Qui suffira pour une ou deux journées, avec un peu de foin en complément. Elles n’en sont pas fâchées : il y a là un énorme noyer. Par terre, des quantités de noix : l’une de leurs friandises favorites.

Lars et Robyn connaissent ici tout le monde ou presque.
Rapidement, on déniche une belle prairie. On y installera demain les louloutes. On trouve aussi à acheter du foin et de la paille, en quantité suffisante pour tenir tout l’hiver, et à un prix plus que raisonnable.

Le soir, trempés comme des soupes, nous partageons le repas de nos amis. Robyn est enchantée que nous ayons pu atteindre Alunişu aujourd’hui. Elle doit prendre tout à l’heure, après souper, le train pour Bucarest où elle doit participer, pendant une dizaine de jours, à un séminaire sur la communication non-violente. Elle avait très peur de rater notre arrivée. C’est vrai que ce n’était pas gagné d’avance !

20 Octobre

Avant de songer à quoi que ce soit d’autre, Lars nous propose de nous emmener au marché de Huedin, la « grande ville », à neuf kilomètres d’ici. C’est un très grand marché, qui a lieu tous les mardi, depuis 700 ans, sans interruption, à ce qu’il paraît !!! Cas assez rare, je suppose. Huedin n’est pas une grande ville, mais elle est située au carrefour de deux axes importants : l’un Nord-Sud, l’autre Est-Ouest.
Pas d’animaux, aujourd’hui. Le marché aux animaux n’a lieu qu’une fois par mois.
D’innombrables stands de fringues « made in China » (Il faut bien vivre avec son temps)

Fruits et légumes en abondance. Du raifort et de l’aneth. « Ah ! Au moins, il savent ce qui est bon, les Roumains », jubile Oswald.

Poivrons et cornichons par sacs de 10 kg. Tout le monde fait encore ses conserves, ici. Des pleins camions de choux : les gens les achètent par vingtaines, pour préparer leur choucroute.

Beaucoup de vieilles dames qui essaient de vendre quelques litres de lait, quelques fromages, et quelques kilos de pommes de terre. Toujours la tête couverte d’un foulard. Il faut avoir moins de la cinquantaine pour se montrer en public les cheveux nus.

Nous rencontrons un couple d’Écossais, amis de Lars, tombés amoureux de ce pays. Ils y ont acheté cinq maisons délabrées, qu’ils retapent en respectant scrupuleusement l’architecture traditionnelle. C’est leur passion. Et pas question de revendre ces maisons : l’acheteur serait bien capable de saloper tout le travail accompli. Ils se déplacent d’une maison à l’autre uniquement en vélo. L’une de leurs maisons se situe justement à Alunişu.
Autre action : (et c’est pourquoi ils viennent tous les mardi sur le marché de Huedin) ils achètent lait, œufs, fromages, fruits et légumes aux petits producteurs qui ont beaucoup de mal à écouler leur marchandise. Ils revendent tout ça, quasi sans bénéfice, aux citadins de la « grosse ville » : Cluj Napoca. Ça rend service aux petits paysans qui écoulent ainsi leur production, et ça rend service aux citadins qui mangent ainsi de la qualité à très bon marché.
De quoi vivent-il ? De la location de leur maison en Écosse. Ils ont peu de besoins, et ça leur suffit.
À Huedin, encore de ces palaces de Roms enrichis. Regarde-moi ça !

L’après-midi, nous le consacrons à Océane et Noé. Monter la clôture électrique, et les emmener dans cette belle prairie bien herbue.

Pas d’eau dans la prairie. Il faudra deux fois par jour mener les juments à l’abreuvoir, 500 mètres plus loin. Total : deux kilomètres par jour. Ça ne leur fera de mal ni à elles, ni à nous.

22 Octobre

Journée consacrée à aider Lars pour la confection de son jus de pommes. Chance : le soleil brille, la douceur est au rendez-vous. Hier, avec l’aide d’Elsa et Julie, les deux « wwoofeuses » françaises, les pommes ont été récoltées.
Aujourd’hui, il s’agit de les râper

de les presser

afin de recueillir le jus.

Les râpures de pomme, bien délestées de leur jus, vont régaler les chèvres.

Pour la pose de midi : frites cuites dehors au feu de bois. Oswald est chargé de la surveillance.

Pour conserver le jus, il faudra le pasteuriser sur le gros fourneau à bois : 76° pendant 1h30.

Voici le cadre dans lequel nous travaillons :

la maison de Lars et Robyn :

avec sa salle de bain rustique : chauffer l’eau sur la cuisinière à bois pour remplir la baignoire.

Son jardin

avec le puits

Le joli cabinet d’aisances.

La récupération d’eau.

23 Octobre

Longue promenade avec Altaï dans les montagnes aux alentours du village. Quel calme !

Gros boulot, très en retard en raison des dernières pluies qui n’en finissaient pas : la récolte des pommes de terre. Pas grand chose de mécanisé, dans le coin, mais ça commence à venir.

Des moutons partout, gardés par leurs bergers. Aucune clôture à l’horizon.

Et paysages non barrés de pylônes ou de fils électriques. Si on regarde côté montagne !

Parce que côté plaine, les traces humaines sont partout.
Les chinois ont implanté non loin d’Alunişu une centrale électrique solaire. Ils ont eu la bonne idée de faire passer les câble sous terre pour la relier au réseau.

Beaucoup d’apiculture. Miel savoureux. On en a même trouvé à déguster avec la cire. Vieux souvenirs d’enfance qui remontent à la mémoire.

Colchiques dans les prés, c’est la fin de l’été !

L’après-midi, on déplace la roulotte, qui était restée au bord de la route. Elle sera désormais nichée dans une cour fermée, à l’abri de la circulation et des regards indiscrets. C’est la propriété d’un ami Belge de Lars, qui n’y vient que rarement.
À tribord, une vieille maison traditionnelle avec son beau crépi bleu et ses fioritures de bois au pignon.

Lars et Robyn y logent leurs « wwoofers ». Pour l’instant, elle est occupée par Elsa et Julie. Mais cet hiver, elle sera vide (Pas besoin de wwoofers durant la saison hivernale)

À bâbord, le puits, notre source d’eau. Ça entretiendra nos biceps.

D’ailleurs, nous y avons installé notre petit coin vaisselle-petites lessives à la main.

Et toujours à bâbord, une maisonnette de bois

qui comprend la salle de bain . Très jolie, la salle de bain. Pratiquement neuve. Sauf que l’eau n’y arrive pas !

Il faudra donc faire chauffer l’eau sur un feu de bois, et se laver au seau. Et il n’y a pas de chauffage dans cette pièce-là. Il va falloir qu’on s’endurcisse la peau quand les grands froids vont arriver !

À la proue, la barrière qui donne sur la route.

À la poupe, la « cabane au fond du jardin », pour les besoins naturels.

Et aussi la grange où l’on va stocker notre bois. On a trouvé à en acheter deux stères, qu’il va encore falloir scier et fendre.

Flanquée de l’écurie pour les juments.

Derrière la grange, un verger non récolté, où nous allons pouvoir ramasser plus de poires, de pommes et de noix que nous n’en pourrons manger.

Le pasteur calviniste nous fournira en fromages : il en fabrique de délicieux.
Magda, qui a des vaches, nous pourvoira en lait frais et lavera notre linge en machine. Par choix personnel, Robyn n’a pas de machine à laver. Elle nettoie tout son linge à la main. Elle veut prendre le temps de « sentir » ce qu’elle fait. Bien sûr, c’est long. Mais avec la mécanisation, on veut toujours aller plus vite, plus vite, et on oublie la valeur de « prendre son temps ». Quand à moi, durant le voyage, j’ai bien sûr dû beaucoup laver à la main. Ça ne me déplaît pas, comme travail, d’ailleurs... de temps en temps ! Donc je n’ai jamais refusé lorsqu’une bonne âme me proposait sa machine à laver. Et puis laver à la main dehors, l’hiver... bof. Mon temps, je sais le prendre et le savourer aussi, mais je préfère quand même que ce soit pour autre chose, quand c’est possible : me promener, écrire, dessiner.
La petite épicerie du village pourra nous dépanner. Mais elle n’est ouverte que le matin de 8h à 9h et le soir de 18h à 20h.

On profite du beau soleil pour tout déballer, tout aérer, tout nettoyer à fond avant l’arrivée des temps moins propices à ce genre de travail.

Nous voici enfin douillettement installés.

24 Octobre

On n’a donc pas volé notre petite récréation. On se rend à pied à Sâncraiu, la commune dont dépend Alunişu. C’est à trois kilomètres. Car à Sâncraiu, et c’est justement aujourd’hui, a lieu une fois par an le grand festival du cynorhodon (pour parler en français prétentieux), du gratte-cul (si tu préfères le français du brave peuple), ou du gargaillou (si t’es un bon Berrichon)... Bref, du fruit de l’églantier, pour que tout le monde comprenne bien de quoi il s’agit.

En roumain ce joli fruit répond au doux nom de « măceşelor ». Désolée, ce fameux « ă » n’a pas vraiment de correspondance en Français. C’est un son vaguement entre le « a » et le « e ». Donc tu prononces « mătchéchélor » à quelque chose près.
Comme tout est bilingue par ici, pour cause que dans l’ancien temps (jusqu’en 1920) cette région appartenait à la Hongrie et qu’elle est encore peuplée pour une bonne moitié par des Hongrois qui n’ont jamais renoncé à leur langue, je te le fais aussi en hongrois, le gratte-cul. Il s’appelle « csipke », et tu dois prononcer « tchipké ». « csipkebogyó », même, de son nom tout entier. En hongrois, « csipke », c’est la dentelle ; « bogyó », c’est la baie ; donc « csipkebogyó », si on traduit littéralement, c’est la « baie-dentelle ». Poétique, non ?

Il faut dire que les montagnes alentours sont couvertes d’églantiers. Nous sommes en pleine saison de la récolte. Partout, on rencontre des gens, pour la plupart des gens assez âgés, leur petits seaux au bras et leur long crochet à l’épaule, qui s’en vont cueillir leurs gratte-culs pour en faire des provisions de confitures. Dans les petits magasins, sur les marchés, on peut en acheter. Au kilo, ou par petits sacs tout préparés.

Les chevaux attelés sont encore bien entendus très présents.

Les stands sont bien joliment décorés.

Le clou du festival, bien entendu, c’est la préparation de la confiture. On laisse cuire les baies pendant des heures et des heures, en ajoutant la quantité nécessaire de sucre, et en touillant sans cesse, sans cesse, sans cesse.

Même qu’Oswald est embauché !

Voici un touilloir spécialisé.

Quand la cuisson est terminée, on passe la compote obtenue d’abord dans une grosse passoire, en appuyant fort avec les mains. Il ne doit rester dans la passoire que les pépins et le poil à gratter.
Après quoi, on repasse le tout dans une très fine passoire. Toujours en pressant à la main. On obtient ainsi une confiture extrêmement onctueuse. Mmmmmm...
Attention ! On travaille aussi un peu pour la gloire : quand tout ça sera prêt, un jury de goûteurs décidera qui sera désignée comme meilleure confiturière de la journée.

Des musiciens encouragent les travailleuses. J’écris ça au féminin, parce que c’est en majorité des femmes qui s’y collent. Les hommes qui mettent la main à la pâte sont tellement plus rares que ça me paraît juste que le féminin l’emporte. Ah mais !

On trouve aussi des bouteilles de « suc de gratte-cul », mais ça, on n’a pas pigé comment ça se confectionne.

Beaucoup de personnes ont sorti pour l’occasion le superbe costume traditionnel. Y compris les enfants.

On flâne parmi les marchandes de tissus

et de vêtements de fête.

Un vannier travaille en public.

Et de bonnes soupes répandent un parfum irrésistible.

On s’en est mis plein les yeux et plein le ventre, mais c’est pas l’tout ! Faut refaire les trois kilomètres à pied dans l’autre sens...

Quelques remarques
Alors là, je devrais l’écrire au singulier : y’en a qu’une, cette fois.

Je soupçonne qu’on va me demander : c’est quoi, des wwoofeuses ? Drôle de mot ! Ah ? Pour toi c’est évident ? Tu connais ça depuis longtemps ? Ben c’est pas évident pour tout le monde, figure-toi. Ah ! Ah ! Toi tu connais pas, hein ? Alors c’est pour toi que j’explique.
WWOOF (World-Wide Opportunities on Organic Farms. En bon français : « opportunités dans des fermes bio du monde entier ») est un réseau mondial de fermes bio. Des hôtes se proposent d’accueillir des wwoofers et des wwoofeuses, leur offrant le gîte et le couvert, pour partager leur savoir-faire, leur quotidien et leurs activités.
Cette pratique ne présente aucun lien de subordination ni d’échange d’argent simplement un échange de convivialité et de connaissances.
Toutes sortes de gens peuvent être wwoofers et wwoofeuses : étudiant(e)s aux ressources limitées qui veulent prendre des vacances enrichissantes et originales ; personnes intéressées par l’agriculture bio (étudiants en agronomie, futurs agriculteurs, agriculteurs traditionnels à la recherche de conversion) et ses différentes techniques : agroécologie permaculture, agroforesterie, pastoralisme, attelage, débardage, cueillette, etc... ; ou tout simplement personnes à la recherche de voyages et de rapports humains.
Les hôtes, quant à eux, offrent un accueil chaleureux et amical ; ils partagent leur expérience et leurs connaissances dans des méthodes d’agriculture ou d’élevage biologique.

Anne, 28 Octobre 2015

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