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Puszta - chapitre deux 11/09/2015

24 Août : Pitricsom – Ópusztaszer (Akhal Teke Ménes) 8 km

Nous quittons notre petite maison de Pitricsom pour nous rendre... chez les Huns ! Des Huns quelques peu modernisés, à vrai dire. Juges-en :

Le maître des lieux s’appelle pour de vrai Attila. D’accord, en Hongrie, ce n’est pas un prénom d’une grande originalité. Il y a au moins un Attila par famille, nous a-t-on affirmé.
Toujours est-il que cet Attila-ci élève des chevaux Akhal Teke, dans d’immenses pâturages. Heureux chevaux qui vivent en troupeau leur vraie vie de cheval.

Le berceau de l’akhal-téké est le Turkménistan. L’akhal-téké y a acquis toutes les caractéristiques d’un cheval du désert : sec, sobre, tout en jambes, avec des tissus fins et sombres. Sa résistance à la chaleur et son endurance sont remarquables.
L’akhal-téké serait une race aussi ancienne que celle du pur-sang arabe. Ses origines se perdent dans un passé fort lointain. On appréciait déjà les chevaux de courses d’Ashkabad plus de mille ans avant J.-C. Cinq cents ans avant notre ère, la garde du roi Darius et les soldats des régions environnantes montaient des chevaux d’un type très semblable.
Les Turkmènes ont depuis des siècles la passion des courses. Ils enveloppaient leurs chevaux dans d’épaisses couvertures en feutre pour les protéger des nuits froides du désert, de sorte qu’ils n’avaient pas besoin de produire le moindre gramme de graisse pour lutter contre le froid. Les coursiers recevaient également une nourriture plutôt originale, riche en protéines et pauvre en fibres, comportant notamment... de la graisse de mouton. Aujourd’hui encore, la ration traditionnelle des akhal-tékés dans leur région d’origine comporte de la luzerne sèche, des boulettes de graisse de mouton, de la pâte frite et des céréales : un régime hautement énergétique, qui ne conviendrait peut-être pas à nos chevaux de selle !
Ce cheval était connu dans les cours d’Europe au XVIIe siècle. On l’appelait alors « cheval turc ».
Après la révolution russe et durant toute la période communiste, la race a été gérée par les autorités soviétiques. Après l’éclatement de l’URSS, les autorités turkmènes ont tenté de reprendre en main l’élevage des akhal-tékés : pour les Turkmènes, ce cheval est en quelque sorte un trésor national. Mais le manque de moyens ne leur a pas permis de gérer ce stud-book, et cette tâche est revenue à l’institut russe du cheval de Riasan.
Longtemps préservé de tout métissage, l’akhal-téké a conservé, plus que la plupart des races européennes, la spécificité de sa race. Presque inconnu en Europe il y a encore quelques années, il fait depuis peu l’objet d’un engouement notable. Son modèle est assez éloigné de celui du cheval occidental. Il est mince, léger, avec des jambes longues et minces. C’est un cheval très confortable à monter.
On trouve des akhal-téké de robes variées : bai, brun, alezan, louvet et toutes les nuances d’or et d’argent jusqu’à la robe rayon de lune. Le poil très ras, soyeux, et la peau très fine de l’akhal-téké sont deux des caractéristiques de cette race du désert.
D’un caractère vif et plein de feu, l’akhal-téké est néanmoins très équilibré.

Les akhal téké servent de monture aux élèves de l’école d’équitation. Les cavaliers doivent aller chercher leur cheval au pré (pas de box, ici). Ils montent beaucoup en extérieur, avec selle et à cru.

Les selles sont des selles traditionnelles hongroises, fabriquées par Attila, belles et très confortables, tout à fait adaptées pour la randonnée, par exemple.

Beaucoup de travail à pied, également.
Éducation d’un futur cheval de bât.

Pour la mauvaise saison, un superbe manège dont la forme rappelle celle d’une yourte

Des spectacles équestres, dans le fameux parc dont j’ai parlé dans mon précédent article (Puszta, chapitre un) La photo n’est pas de nous, elle est chipée dans le site d’Attila..

Si ça te dit d’en savoir plus, si tu te sens des envies d’aller passer des vacances équestres en Hongrie et de dormir sous la yourte, voici l’adresse du site d’Attila. C’est en hongrois, en anglais, et en allemand.
http://www.opusztaszerimenes.hu

25 au 30 Août

Une semaine de farniente, avec la canicule revenue : presque chaque jour, le thermomètre monte à plus de 40° à la mi-journée. Et quand il y a des exceptions, c’est que c’est 39° !
Le soir, des chevreuils sortent du bois.
On emmène les juments trois fois par jour s’abreuver à la mare.

On mange nos repas dans cette très belle « salle à manger ».

On prend une journée pour aller en bus jusqu’à Szeged, la grande ville.

Un pareur professionnel vient s’occuper des pieds de nos juments. J’avais quelque peu négligé l’entretien régulier à la râpe, ces temps derniers. (Colonne vertébrale un peu douloureuse, faut bien que je me trouve une excuse ! Mais c’est pourtant vrai : les barres de titane se rappellent un peu trop souvent à mon bon souvenir.) Du coup, les pieds de Noé avaient beaucoup trop poussé. Il nous a semblé préférable de faire appel à l’homme de l’art pour repartir d’un bon pied. Du coup, il s’est occupé aussi du cas d’Océane, mais là, il n’y avait pas grand travail. Les pieds d’Océane ont la bonne idée de s’user à peu près à la même vitesse qu’ils croissent. Leur entretien est donc beaucoup plus facile que pour Noé, qui a une pousse bien plus rapide que l’usure. C’est vrai qu’on la chausse un peu plus souvent qu’Océane. Pourtant ces derniers temps elle avait pas mal marché pieds nus, sans souci. Quand je pense que les détracteurs du pied-nu nous avaient prédit qu’au bout de 100 km de bitume, nos juments n’auraient plus de sabots !!!

31 Août : Ópusztaszer – Mindszent 15 km

Pas terrible, ce matin. Les juments sont énervées, ce qui m’énerve, ce qui énerve les juments encore plus, ce qui m’énerve encore plus, etc... etc... Superbe cercle vicieux !
Ça a mal commencé. Pour que les juments mangent une ration correcte avant le départ, on les a mises au piquet et à la chaîne dans de la bonne herbe, à 5 heures du matin. Ce que nous faisons d’ailleurs depuis trois jours, à peu près 3 heures chaque matin et 2 heures chaque soir.

Mais aujourd’hui, va savoir pourquoi, Océane s’emberlificote dans la chaîne, tire un grand coup. La jonction entre la chaîne et la corde pète. Océane ne va pas bien loin. Elle attend tranquillement qu’on vienne la libérer de la chaîne qui l’embobine. Surprise ! Je n’ai toujours pas compris comment une chose pareille a pu arriver. Voici notre Océane avec un ravissant piercing : le petit anneau du mousqueton de sécurité lui a percé la peau, est ressorti de l’autre côté, et s’est cassé. Ce qui donne une Océane décorée d’un morceau de métal bien planté dans le poitrail. Je le retire. Je désinfecte. Autre chose : la chaîne a par-dessus le marché déchiqueté la peau de la partie interne de la cuisse et de l’avant-bras. De magnifiques zébrures, comme si on avait lacéré la peau à coups de fouets. Rien de dramatique, mais c’est pas joli-joli.
Je suis tracassée aussi par l’épreuve qui attend les juments : c’est aujourd’hui qu’elles passent le bac !
Tamás nous avait amené voir ça la semaine dernière. La traversée de la Tisza par le bac, ce qui nous ferait gagner pas mal de kilomètres par rapport au passage du pont, et de surcroît nous évitait la ville. Pas gagné d’avance ! Tamás avait du mal à croire que nos juments accepteraient de monter là-dessus. Oswald était sceptique. Je pensais que ça valait le coup d’être tenté, quitte à faire demi-tour pour reprendre le pont si les juments refusaient d’embarquer. Pour l’occasion, j’ai remis les bonnes vieilles brides, avec le bon vieux mors dans la bouche : il va falloir diriger les juments très précisément à l’embarquement, et on n’a pas encore assez d’expérience avec les « sans mors », ni les juments, ni moi, pour que j’ose prendre le risque.
Quinze kilomètres sans problème, avec de bons temps de trot pour fatiguer un peu les louloutes. Noé est chaussée avec les Old macs amortissantes (pour ménager ses pieds tout juste remis) et anti-dérapantes (pour aborder la descente vers le bac, et la remontée bien raide ensuite, dallées d’un pavage assez baroque et plein de trous).
La tension du départ a pratiquement disparu. Tout va bien. Nous arrivons au point d’embarquement, où Tamás, fort curieux, nous attend.
Et voilà que juste avant d’entamer la descente, Noé se remet à boiter ! Tant pis, au point où on en est, on n’a plus le choix, il faut au minimum tenter le passage.

Descente vers la rivière.

C’est par là qu’il va falloir embarquer. L’état des rampes laisse à désirer, c’est le moins qu’on puisse dire.

De plus, elle sont assez éloignées l’une de l’autre. La difficulté, c’est de mettre Noé sur l’une et Océane sur l’autre. Oswald tient Noé par la bride d’un côté, tandis que Tamás tient Océane de l’autre, pour leur montrer l’affaire. Et ça embarque ! Sur le bac, je stoppe les juments derrière la voiture qui nous a précédé. Oswald se place devant elles. Elles sont très sages. La traversée se fait sans histoire, sous la haute protection de Saint János. Et le passeur nous fait cadeau du passage.

On redescend du bac par les mêmes rampes déglinguées. Juste après, c’est la remontée, assez ardue. Toujours ce même fichu pavage.
Océane et Noé s’envoient ça au grand trot.

Mais c’est vraiment trop de trot pour la pauvre Noé. L’antérieur droit souffre de nouveau. Heureusement, on ne fait pas un pas de plus. De l’herbe bien verte et bien juteuse récompense nos deux vaillantes.
Mention Très Bien ? Vous n’y pensez pas ! Mention EXCELLENT !!!!

Kaplumbağa, elle, se reposera auprès d’un très imposant peuplier. Je ne me souviens pas d’en avoir jamais vu un possédant un tel tour de taille !


Le lieu est vraiment original :
Cabanes sur pilotis.

paysage bucolique.

Restaurant qui sert le poisson pêché dans la Tisza. Et c’est vraiment délicieux. On va en profiter, étant donné qu’il serait étonnant que demain, la pauvre Noé puisse marcher.

1er Septembre

Noé ne va pas bien du tout. Elle pose à peine l’antérieur droit par terre. Rechute de fourbure ? Je suis toujours tentée de croire à un abcès. Noé ne se tient pas dans la posture typique de la fourbure. Mais bon. Le super-véto avec ses radios... Ce qui m’étonne, c’est qu’après 7 jours d’anti-inflammatoires et presque deux semaines de repos, rebelote. On fait venir le vétérinaire de Mindszent. Il confirme le diagnostic de fourbure. Anti-inflammatoires par voie Intra-Veineuse. Il reviendra demain. Puisque les anti-inflammatoires par voie orale n’ont pas fonctionné. Je risque une timide allusion à l’abcès. Le véto est catégorique : « non, ce n’est pas un abcès : avec un abcès, Noé réagirait beaucoup plus vivement à la pince à sonder. »

2 Septembre

Noé marche encore plus mal qu’hier. Nouvelle injection. Je fais à Noé des bains de pieds à l’eau froide. C’est bon pour lutter contre la fourbure.

Je n’ai pas trop la conscience si tranquille : en cas d’abcès, c’est de l’eau chaude, qu’il faut ! Mais puisque tous le vétérinaires semblent s’accorder... Bien sûr, il y a les radios. Pourtant, le basculement de la phalange semble bien dater de l’année dernière. C’est bien tracassant, tout ça.

Canicule ? Oh non ! Le thermomètre ne monte qu’à 35° à l’ombre, aujourd’hui. Hier, c’était 42 !
Quand même, quand on apprend qu’il y a pas loin d’ici une plage au bord de la Tisza, où on peut se baigner... Chouette !
L’endroit est sympa, pas trop de monde, la température de l’eau délicieuse.
Incroyable comme ça peut faire du bien !

3 Septembre

Noé peut à peine marcher. Les anti-inflammatoires n’ont pas l’air formidablement efficaces. Le véto revient. Il grimace. Tâte le pied. Parle d’antibiotiques. D’eau chaude. De quelque chose qui pourrait sortir par la couronne. Bien embobiner le pied dans des tissus imbibés d’eau chaude, et du plastique par-dessus, pour que ça étuve bien... Quoi ???? Ce serait un abcès quand même ? Quelque chose qui pourrait ressembler à ça...
Y’a des fois, j’te jure, qu’on aurait envie de dire des gros mots. Des très gros.
Embobinons et attendons. On verra bien.

Que ça ne nous empêche pas de retourner nous baigner. Il faut bien qu’on pense aussi un peu à nous.
Wouah ! Avant le départ, je pensais bien que ça nous arriverait une fois ou deux, au cours du voyage. Faut pas se faire trop d’illusions... D’habitude, pourtant, Oswald est plutôt prudent. Plus que moi en tout cas en ce qui concerne les précautions anti-vol. Mais là, on vraiment a été trop bêtas l’un comme l’autre. Bref, on n’y a pas pensé : trop contents, par cette chaleur, d’aller plonger dans la rivière ! Sauf qu’en sortant de l’eau... Y’avait plus un sou dans le portefeuille ! Ben ouais. On avait laissé le portefeuille dans la poche du pantalon d’Oswald. Juste à côté d’Altaï, quand même, faut dire. ! l’équivalent de 150 € à peu près. Le gars a été sympa : il a ouvert le portefeuille et n’a pris que le liquide. Ça aurait été plus vite fait pour lui d’embarquer tout le portefeuille, quitte à le jeter plus loin. Il aurait eu moins de risque de se faire gauler. En plus, il a laissé le portefeuille ouvert, bien en vue, pour qu’on voie tout de suite de quoi il retourne. Sympa : ça nous a évité de nous trouver tout cons dans un magasin, à chercher les sous pour payer nos achats. : on aurait eu l’air malins ! Tu vois que ça existe, les gentlemen pickpocket !

4 Septembre

La souffrance de Noé nous tortille les tripes. Elle ne pose plus du tout l’antérieur droit par terre, essaie d’appuyer de tout son poids sur les postérieurs pour se soulager, et ne parvient à faire trois pas qu’au prix d’immenses efforts et contorsions.
Angoisse totale.

5 Septembre

C’était bien un abcès, pas une fourbure ! Les embobinages à l’eau chaude ont fait leur effet. Ça souffle par la couronne. Le pus dégouline en abondance. Noé, soulagée, ne boite plus !
OUF !!!!!!!!!!!!!!
Un abcès, c’est un peu enquiquinant, mais ça se soigne très bien. Et ça ne compromet en rien la suite du voyage. Tandis qu’une fourbure...

6 au 11 Septembre

Maintenant que nous voici rassurés au sujet de Noé, nous allons pouvoir pleinement profiter de notre séjour en ce lieu fort pittoresque.
Ambiance vieux pêcheurs. Tout le monde aux petits soins envers nous. On nous comble de cadeaux.
Kuttyogó, par exemple. C’est un artisan local, qui vient présenter aux acheteurs potentiels ces superbes et intrigants objets. Il tient à nous en offrir un.

Tu devines à quoi ça sert ? Allez, fais travailler tes méninges et ton imagination avant de regarder la photo suivante.

On nous entraîne au bord de la Tisza pour nous offrir une démonstration,

et une leçon gratuite. Pas si évident à faire fonctionner, ce truc !

Toujours pas découvert l’utilité de ce bidule ? Allez ! Cherche encore un peu avant de lire la réponse.

Ce sont des appeaux à silures, inventés par les pêcheurs du Danube, et appelés « clonk » en français. Les pêcheurs de silures utilisent cet outil pour frapper l’eau. Le « bloup ! bloup ! imite le son d’une bestiole qui tombe dans l’eau ou plonge. Ce qui fait remonter les silures à la surface, curieux qu’ils sont de découvrir une bonne chose à avaler. Il n’y a plus qu’à leur lancer un véritable appât pour les capturer.
Le petit artisan qui a fabriqué ceux-ci vient les proposer aux pêcheurs, dans le bistro où les gens boivent un petit café ou une bonne bière en attendant l’arrivée du bac. Après qu’il nous en ait offert
un, nous avons eu droit à une leçon. Nous nous sommes donc exercés. Ben dis donc, on n’est pas très doué ! On n’a pas vu la queue d’un silure, mais on a piqué de fameuses crises de fou rire !

Mais ce n’est pas tout. Notre donneur de kuttyogó revient deux jours plus tard avec un très joli petit pot en bois de platane, de sa fabrication, sous lequel il a gravé le nom du lieu et la date. Il l’a façonné tout exprès pour nous, afin que nous gardions un souvenir de Mindszent. (Mindszent signifie Toussaint)
Et puis encore : comme le licol d’Océane s’était cassé lors de l’incident de la chaîne d’attache chez Attila, je me suis confortablement installée à la table du bistro pour le recoudre avec mon alène. Le lendemain, un vieux monsieur qui m’avait vu faire m’apporte une très belle ancienne alène à frapper, bien lourde. Cadeau ! On en a les larmes aux yeux.

Nous prenons nos petites habitudes. Repas de midi dans le restaurant « poisson » tenu par Kati. Silure pané (miam !) Bouillabaisse de poisson d’eau douce (re-miam !) Friture de carassin (re-re-miam !)
Oh ! Cette petite Kati, si vive, si radieuse ; cette Kati qui court sans cesse de son bitro à son resto, puis de son resto à son bistro. Cette Kati qui rigole et plaisante avec sa clientèle mâle de rudes pêcheurs...
Une Kati douce et caressante comme une chatte, qui nous comble de câlins autant que de nourriture. Une Kati aussi sensible qu’une harpe éolienne, capable de pleurer au moindre souffle de brise.
Köszönjük, Kati ! On n’oubliera jamais ton accueil.

Un autre merci, grand merci, on le doit à János, notre interprète (hongrois-allemand), qui nous a pris sous son aile protectrice. Il s’est trouvé présent à chaque visite du vétérinaire. (6 visites, plus les anti-inflammatoires, plus les antibiotiques, plus les soins à Altaï, qui y est allé lui aussi de son gros abcès à la joue, décidément... Pour l’équivalent de 100 €.) Là, c’était assez compliqué : le vétérinaire parlait hongrois à János, János traduisait en allemand à Oswald, et Oswald me traduisait en français. Pas toujours évident. Fallait parfois insister et reposer des questions pour être sûre d’avoir bien compris. Parce que si on en croit l’adage « traduttore, tradittorre »...
Bref, on s’en est sorti quand même.
Dankeschön, János !

Pas à s’ennuyer, ici. Belles promenades le long de la Tisza. Les arbres – frênes, saules, chênes, acacias, peupliers... sont envahis par des vignes sauvages qui grimpent jusqu’à leurs cimes et retombent en cascades.

Le quartier des pêcheurs est entièrement monté sur pilotis, bien qu’il se trouve très nettement au-dessus du niveau actuel de la rivière.

Certains pêcheurs ont carrément leur maison flottante, solidement arrimée tout là-haut, là-haut par des câbles d’acier. Quand l’eau monte, la cabane monte en même temps qu’elle.

C’est que quand la Tisza se met à monter, elle monte ! Regarde bien la petite plaque commémorative de la crue d’avril 2008, posée sur la façade du restaurant. Et il n’y avait pas d’assurance, étant donné qu’il est bâti en zone inondable. La pauvre Kati a dû se débrouiller toute seule !

Mignon petit port.

Plus près du village, et donc de la plage, ce sont plutôt les maisons des vacanciers

Et nous ne sommes pas le seul attelage à passer par le bac. Un beau matin, nous avons la surprise d’une visite : un chariot bâché, attelé de deux chevaux, accompagné de trois jeunes cavalières. Famille en vadrouille.

Les chevaux sont pieds nus

Le chariot n’a pas de frein, et les chevaux même pas de reculement pour le retenir un tant soit peu. Pour rejoindre la rivière, on se débrouille donc avec les moyens du bord. C’est à dire que les filles s’agrippent derrière de toutes leurs forces pour tâcher de ralentir un peu la descente.

l’embarquement se fait sans aucun problème. Le chariot d’abord, puis les trois chevaux de selle, tenus en main.

Ouh là ! Il n’en est pas tout à fait de même sur l’autre rive ! Les chevaux refusent obstinément de quitter le bac. Il mettent le chariot en travers. Les automobilistes commencent à s’inquiéter sérieusement pour leur chère voiture.
Des hommes remettent le véhicule en ligne. On descend les chevaux de selle, et on les attache un peu plus haut, pour inciter les deux attelés à rejoindre les copains. Tu parles ! Bernique ! Ils n’en ont rien à faire, des copains !
Au bout du compte, ils obtempèrent quand même.
Nouveau blocage : la remontée est trop raide. Les pauvres chevaux ont beau s’arc-bouter sur la bricole, ils ne parviennent pas à grimper la pente. Cette fois, il ne faut plus retenir, mais pousser. Cinq personnes s’y mettent. Une sixième à l’avant, qui tire sur la longe. On finit par arriver au sommet.

Patience et longueur de temps... Tout cela s’est déroulé dans le plus grand calme, il est nécessaire de le faire remarquer. Personne n’a élevé la voix contre les chevaux.
Mais nous, en voyant ça, on a réalisé que nos juments sont vraiment des bonnes de bonnes. Parce que la montée, elles se la sont envoyée toutes seules, Noé avec son abcès au pied, en plus. Avec une roulotte au derrière bien plus lourde que ce chariot bâché.

Les habitués du bistro se frappent le front de l’index en me regardant : c’est quoi cette dingo qui ramasse les crottins de ses chevaux, et qui met à la poubelle les canettes, bouteilles et autres bouts de plastique qui traînent un peu partout ? Aucun Hongrois sensé ne ferait une chose pareille. Ça rigole dans mon dos, mais mon dos a des oreilles. Bah ! Tant pis. Le parc où sont les juments n’est pas immense. En trois jours, elles n’ont pas laissé un brin d’herbe. Le sol est tout en sable, d’un beau jaune-gris d’où toute verdure a disparu. On a acheté une grosse botte ronde de foin. On sort les juments trois fois par jour pour les mener à l’abreuvoir, et les laisser brouter de la verdure. Si je ne ramassais pas les crottins, au train où vont les choses, le parc serait déjà devenu un tapis bien marron. Il y va de l’esthétique, mais aussi de la propreté des juments. Si elles piétinent le crottin, et si elles se couchent dessus... Bon...
Quand aux déchets de plastoc, ouaip ! Ça gêne mon sens de l’esthétique, et il ne manquerait plus qu’Océane ou Noé n’en avale un morceau. Comme si on n’avait pas assez des abcès, piercings, et autres bagatelles...
Alors je laisse rigoler ces gros machos de marins d’eau douce. Et je rigole avec eux. Oswald rigole aussi. On prend un café ensemble, et on blague.

À propos d’esthétique, d’ailleurs, il y a des gens qui ont de l’idée. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas avec des vieux pneus.

Un type qui parle un peu allemand s’arrête discuter avec nous. Je ne sais pas pourquoi on pense à ça, mais toujours est-il qu’on y pense : on lui demande comment se dit « taie d’oreiller » en hongrois. Deux de nos taies sont plus qu’usées, et on voudrait aller en acheter de nouvelles au village. Seulement, comme la plupart des commerçants ne parlent que « magyarul », ça risque d’être difficile pour faire comprendre ce qu’on veut. Ce brave monsieur nous griffonne donc ça sur un bout de papier. Super ! Nos braves oreillers vont pouvoir faire peau neuve.
Le lendemain matin, de bonne heure : « toc !toc ! Toc ! » à la roulotte. Le même type revient... avec deux belles taies d’oreiller toutes neuves, fabriquées tout exprès pour nous par sa femme ! Plus des poires de son jardin en prime. Conclusion : notre bout de papier ne nous servira pas. Sauf à connaître deux mots nouveaux en hongrois, et à savoir qu’en traduisant littéralement, ça donne « un drap d’oreiller ».

Événement remarquable ! Ça n’arrive pas tous les jours. Même les habitués se regroupent sur le quai pour regarder ça. Le passage d’une grosse péniche. Le bac est arrêté. Il faudra attendre plus longtemps qu’à l’habitude. Aucune importance. Ici, on a le temps.

Le câble d’acier qui empêche le bac d’être emporté par le courant est plongé sous l’eau. Le passeur fait signe à la péniche, à l’aide d’un drapeau blanc, qu’elle peut avancer. Elle glisse devant nous, comme une grosse baleine. (Tu me pardonneras cette comparaison. C’est que nous sommes plongés dans la lecture de Moby Dick. Alors forcément, ça influence.) La rivière fait des vagues. Le marinier lève la main. La péniche est passée. Cette fois, le drapeau blanc est levé pour faire signe au gars dans sa cabane, là-haut, de l’autre côté de la rivière, qu’il peut relever le câble. Et le câble d’acier sort lentement de l’eau, tout enguirlandé de plantes aquatiques.

Quelques remarques

Nous avons ouï dire que la Hongrie fait la une des informations dans l’Europe entière, avec ses hordes de réfugiés. J’avais déjà abordé le sujet lors d’un précédent article, parce que c’était déjà un grand sujet de conversation ici, avant que les autres journalistes européens ne s’emparent du problème. On avait d’ailleurs eu quelques réactions de surprise de la part de nos fidèles lecteurs au sujet de la construction du fameux mur. Plus personne n’en serait surpris aujourd’hui, si je comprends bien.
C’est un sujet de préoccupation quotidien pour les Hongrois. Imaginez : plus de 2000 personnes par jour !
D’abord, une petite explication. Les réfugiés voyagent en bus. Ils passent par le Grèce, qui laisse faire. Puis par la Macédoine, où ils ont l’autorisation de transit pour 72 heures. Puis la Serbie, idem : 72 heures pour passer. La Hongrie, c’est le début de la zone Schengen. L’Europe de la liberté. Là, avant la frontière, les réfugiés sont largués par leurs passeurs. « Maintenant, démerdez-vous, c’est plus notre problème. » Du moins, c’est comme ça qu’on nous a présenté la chose. On n’a aucun moyen pour vérifier.
Voici donc ce qu’on peut entendre dans les conversations de comptoir, devant un café, une bière sans alcool (les Hongrois au volant sont dans l’ensemble assez raisonnables : tolérance zéro gramme), ou un verre de boisson brune américaine qui fait des bulles. Re-précision : János, notre interprète, traduit du hongrois à l’allemand. Oswald me retraduit de l’allemand au français. Il arrive aussi que l’on converse en anglais. L’anglais de notre interlocuteur hongrois n’étant pas parfait, et le nôtre non plus.
Voici donc plutôt ce que nous comprenons, nous, des conversations de bistro.

  • Les réfugiés ne savent dire qu’un mot : « Deutschland ! Deutschland ! »
  • C’est la faute à Angela Merkel : elle a dit qu’elle offrirait l’asile politique à tous les réfugiés Syriens.
  • À la frontière Serbe, on peut ramasser des passeports à la pelle.(sic !!!!) Les réfugiés non Syriens balancent leur passeport pour faire croire qu’ils sont des réfugiés Syriens ayant perdu leur passeport.
  • C’est la faute à l’Europe qui tarde trop à trouver les solutions.
  • D’ailleurs, là-bas, les dirigeants de l’Europe, ils bavardent, ils bavardent, et n’agissent pas. Tandis que le gouvernement hongrois, au moins, il agit. (Ceci à propos de la construction du mur)
  • C’est la faute à l’Autriche qui ne laisse pas passer les réfugiés pour qu’ils aillent se réfugier en Allemagne. Les Autrichiens ont trop peur que ça reste chez eux.
  • C’est la faute aux Américains. Quand des réfugiés arrivent en Hongrie, ils ont droit à une aide financière. Ils ont juste à aller dans une banque et on leur donne des sous. Mais d’où ils viennent, ces sous, hein ? Des Américains !
    -  (Après qu’un grand nombre de réfugiés ramassés à la gare de Budapest aient été transportés vers l’Allemagne, via l’Autriche qui cette fois a donné le feu vert.)
  • C’est la faute à Merkel ! C’est sûr que si elle les accueille comme ça, ça va continuer !
  • (On voit de temps en temps une voiture de police passer la rivière en empruntant le bac. Comme on est sur une toute petite route de cambrousse, on interroge les gens : qu’est-ce que les flics viennent faire par ici ?) Ils cherchent des réfugiés. Il y a plein de réfugiés qui cherchent à se faufiler par les petites routes de campagne. Il faut les ramasser pour les recenser.
  • (Après qu’on se soit fait chiper nos sous dans notre portefeuille. Les gens d’ici outrés.) Il n’y avait jamais eu de voleurs, ici ! (C’est vrai, pour donner un exemple, que les vélos sont très rarement munis d’un antivol. Les gens qui travaillent en ville arrivent le matin en vélo, laissent leur vélo de ce côté de la rivière, prennent le bac, puis le car sur l’autre rive. Ils reviennent le soir et récupèrent leur vélo. Jamais de problème, apparemment.) C’est sûr, c’est un réfugié qui a fait le coup ! (L’idée ne me déplaît pas. Si c’est un réfugié qui avait besoin d’argent pour manger ou se déplacer... On se débrouille comme on peut. Mais j’ai le sentiment qu’il s’agit plutôt d’un petit voyou du coin qui a l’habitude de rôder sur la plage à l’affût de naïfs tels que nous pour se payer ses clopes ou sa bière. Il a dû être content. Il ne ramasse sûrement pas tous les jours une somme pareille.)
  • C’est pas des réfugiés, c’est une invasion.
  • L’Europe, ils nous critiquent, mais ils comprennent rien.
  • Question : « T’en as vu, toi, des réfugiés ? » Réponse : Ben non ! Mais on les voit bien à la télé, quand même !

Réflexions personnelles :

  • On n’a entendu personne dire « c’est la faute au gouvernement Syrien »
  • On n’a entendu personne critiquer les monarchies des pays du golfe qui crient haut et fort que l’Europe doit accueillir les réfugiés, mais n’en accueillent elles-mêmes aucun.
  • On n’a entendu personne se souvenir des 200 000 Hongrois qui sont partis chercher refuge hors de la Hongrie en 1956.

Anne, 11 Septembre 2015

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