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Du Balaton au Danube 24/07/2015

27 Juin : Csehi – Türje 17 km

On n’est pas encore tout à fait sorti de l’auberge avec nos histoires de frein. Cette fois, ça coince un peu trop, et la roue avant gauche tourne mal. Les juments assurent, mais ça les oblige à ahaner, surtout Noé. Océane tâche de tirer le moins possible, mais elle a des excuses, un peu. On aimerait bien trouver un ostéopathe. Bizarre : au pas ou au galop, aucun problème. Mais au trot, elle semble très mal à l’aise. Elle qui avait un si joli trot. Que se passe-t-il ? Les pieds ? Le dos ? La bouche ? Au pré, on ne voit rien... Pourtant, elle a toujours le même allant. Il va falloir qu’on surveille ça de près.
Par-dessus le marché, nous abordons une région très vallonnée. Donc, de bonne petites grimpettes. Ce n’est pas la Slovénie, mais tout de même...
Misi nous a assuré que les plaquettes vont se limer, et que le problème se réglera tout seul. On verra bien.
Traversée d’un joli village typique de la Hongrie...

Et arrivée à Türje, où nous trouvons un pré avec une pompe pour l’eau. Juste à côté de maisonnettes habitées par des Tziganes sédentarisés. Aussitôt, nous voilà harcelés par une nuée de mioches qui veulent des bonbons (passe encore), du chocolat, et surtout... de la monnaie ! Ils réclament éhontément, et insistent, insistent, insistent encore. La mère s’y met aussi.
Je leur dis « nem értem » (je ne comprends pas) ils sortent une pièce de leur poche pour bien nous faire comprendre ce qu’ils désirent. Je retourne mes poches pour leur montrer qu’elles sont vides. La mère nous offre un café, nous la remercions avec un grand sourire, mais voilà qu’elle veut qu’on la paye ! Comme elle n’avait pas l’air de croire qu’on n’a d’argent, je vais chercher la carte bleue pour essayer de lui expliquer qu’on n’utilise que ça pour faire nos courses. Je ne sais pas si elle nous croit, mais en tout cas, elle n’insiste pas.

Les gosses devenant vraiment plus que casse-pied, il me vient à l’idée de leur raconter l’histoire du blablabla. Ils en oublient aussitôt leurs réclamations et entrent dans le jeu d’une façon extraordinaire. On monte toute une pièce de théâtre en blablabla ! Ça doit paraître si convainquant qu’une toute petite (3 ou 4 ans environ) prend peur quand je fait les gros yeux en blablabla. Elle se sauve en pleurant !!! Pour essayer de la rassurer, je me met à pleurer aussi en blablabla, mais c’est encore pire ! Les plus grands sont morts de rire et se moquent de la pauvre pitchounette.
Oswald, lui, répond d’une autre manière au harcèlement réclamateur : quand une gamine lui montre une pièce pour tenter de lui faire comprendre ce qu’elle veut, Oswald ouvre de grands yeux brillants de convoitise et tend la main pour lui chiper sa pièce, faisant semblant de supposer qu’elle la lui offrait !!! Imaginez un peu la tête de la gamine ! Elle n’a plus osé réclamer quoi que ce soit, après ça.
En tout état de cause, ils continuent à tourner autour de nous comme des moustiques affamés. Les femmes adultes ont installé leurs chaises en plastoc juste devant Kaplumbağa, face à nous. Elles papotent en nous observant, comme si nous étions une nouvelle sorte de télévision.

De temps en temps elles s’adressent à nous. Quand on leur explique qu’on ne comprend pas, elles se mettent à nous parler très lentement ! Il y a même une gamine d’une dizaine d’années qui pour me faire comprendre ce qu’elle voulait dire me l’ÉCRIT sur un bout de papier, comme si j’étais sourde. Elle n’a pas l’air de saisir pourquoi je ne comprends pas mieux. Je me mets à leur raconter n’importe quoi en français. Ils éclatent de rire. « Nem értem », disent-ils. Ça ne les empêche pas de continuer.
Un peu plus tard (je suis en train de tapoter sur l’ordinateur) : un gosse cogne à la fenêtre de la roulotte pour essayer d’attirer mon attention. Il m’appelle « Neni » (du moins c’est ce que je crois comprendre.) J’imagine que ça veut dire quelque chose comme « tata » ou « mémé ». Il insiste lourdement. En fait, il voudrait bien rentrer dans la roulotte. Ça fait 15 fois, peut-être plus, qu’on lui dit « nem ». Oswald est parti promener le chien (on n’ose pas trop laisser Kaplumbağa tout seule, mieux vaut ne pas tenter le diable.) Le gamin tente un numéro de charme pour me faire craquer. Il va jusqu’à dire « bonjour », en français d’une voix toute douce et suppliante. Dur ! Dur ! Je ne veux pas céder, sinon toute la bande va s’amener, et on n’en sortira plus !!!!
Ça doit être un petit avant-goût de ce qui nous attend en Roumanie.
Pour une fois, j’ai affirmé, l’air très sûre de moi, qu’Altaï est un chien dangereux. Il fait semblant de dormir mais attention ! si on s’approche, il saute et il mord ! Tout ça par gestes, avec en plus, de ma voix la plus dure, le menaçant « kutya harap » (chien méchant) qu’on lit sur tous les portails ! Les mioches restent à distance respectueuse.
Encore plus tard. Après avoir dîner, je me relance dans les blablabla. Les filles tentent de m’enseigner à danser la csárdás (je dois ressembler quelque peu à une vieille tortue maladroite, elles rigolent à en perdre haleine.) Après quoi j’essaie de faire chanter les petits en français (« j’habite une maison citrouille... » à cause du « tape des pieds, frappe des mains, claque des doigts », qui permet une participation corporelle) Ah !Ah ! À mon tour de rigoler !
Mais il n’y a plus moyen d’en finir. Je leur montre que je suis fatiguée et que je veux dormir. Ça les fâche passablement. Je suis à peine montée dans la roulotte que des cailloux percutent notre pauvre Kaplumbağa ! Oswald sort, ramasse un caillou tombé dans le ’’poste de pilotage’’, descend en brandissant l’objet du délit avec son air le plus terrible. Bien entendu, personne n’a lancé le moindre caillou. Ah bon ? Excusez-nous, les gosses. Ils ont dû tomber du ciel. On ne savait pas qu’il pleuvait des cailloux, en Hongrie. C’est un phénomène météorologique assez impressionnant, quand même.

28 Juin : Türje – Sümeg 17 km

On s’est levés très tôt se matin, pour partir de bonne heure, si possible avant le lever des mioches. Raté ! À sept heures, pendant que je m’occupe du pansage des juments, en voici déjà un. Du coup, je l’embauche à brosser Océane. Il est enchanté.

Et juste avant d’atteler, en voici trois autres qui arrivent. Dont la toute petite qui avait eu si peur de mes gros yeux hier. Faut croire qu’elle ne m’en veut pas.
Allez, on embarque tout le monde pour un petit tour en roulotte. Faut voir les yeux qui pétillent !
Viszontlátásra, les pitchouns !

Le temps est idéal pour rouler : frais et nuageux, pas de pluie. Un peu de vent, donc pas de bestioles (enfin, très peu.) Nos petits tracas : la roue avant gauche qui coince toujours et cette gêne bizarre d’Océane.

Alors que tous les cimetières hongrois que nous avons vus se trouvent au cœur des villages, tiens ? En voici un totalement isolé, à l’écart de tout. Pas de croix. Ah ! C’est un cimetière juif. Voilà qui explique tout.

Arrivée sur Sümeg : la forteresse perchée en haut de sa colline est assez impressionnante !
Elle ressemble à une gigantesque couronne posée sur le sommet d’un cône montagneux. Au XIIIème siècle, une petite forteresse était déjà installée en haut de cette montagne. Le roi de Hongrie l’a chipée en 1342 à l’évêque auquel il appartenait. Il faut dire que ça ressemble plus à un truc de roi qu’à un truc d’homme d’église, un monument pareil... La forteresse devient alors un excellent point de défense de la région, ce roi-là y faisant édifier une puissante enceinte crénelée. Le En 1553 un bâtiment polygonal est construit dans le style italien.

Sous l’occupation turque la citadelle se trouvait sur une zone frontière. Vous imaginez donc bien l’importance qu’elle a pu prendre. Mais au XVIIème siècle, tiens donc ! La citadelle redevient résidence épiscopale. Puis les Autrichiens ont tenté de l’incendier durant la guerre d’indépendance menée dans les débuts des années 1700 par le roi de Hongrie François II Rákóczi contre les Habsbourg. (Gros ratage pour ce héros de la liberté, adulé par les Hongrois, qui est mort en exil en Turquie)
La citadelle a été restaurée par les monuments historiques hongrois puis a été privatisée en 1989.
Et devinez à quoi elle sert ? Ben voyons : on y organise désormais des spectacles touristiques.

Dans Sümeg, un peu de mal à trouver la route de Tapolca. On se paye même un très joli demi-tour. Les juments savent très bien faire, maintenant ! Fini nos petites catastrophes du début, style timon tordu...
On trouve une place sur le parking du cimetière. De l’herbe pour les juments, parsemée de luzerne, miam ! Et bien sûr pas de problème d’eau.

Forteresse en vue.

On vient juste de lâcher les juments dans leur parc et de ranger les harnais qu’il se met à pleuvoir comme bovin qui se soulage. C’était calculé au quart de poil. On rentre bien à l’abri dans la roulotte, et on se déguste de bons petits haricots mungo avec du céleri, des carottes, de l’oignon, et une petite sauce piquante pour pimenter le goût...

29 Juin : Sümeg cimetière – Sümeg mécanicien 2 km

Hier soir, en se baladant dans Sümeg, Oswald a déniché un mécanicien. Nous avons donc décidé de nous rendre chez lui avant de partir vers Tapolca.
Quand on se déplace dans Sümeg, on n’échappe pas au château fort ! Il domine la ville de sorte que presque partout où l’on se trouve, on le voit.

On arrive chez le mécano. Jeune couple très sympa. La femme parle allemand. Plus facile pour s’expliquer ! Avant de dételer, on monte la roulotte sur cric, pour le cas où ce serait un petit truc pas grave du tout, réparable en deux coups de cuiller à pot (j’ai un gros doute.)

En effet, la roue coince. Elle tourne très très mal à la main. Pas étonnant que les juments peinent !
Démontage. Le disque est complètement voilé.
Bon.
On dételle, on dégarnit, on trouve une prairie et de l’eau (assez loin, l’eau.)
Le beau-père du mécano est tourneur. Il vient chercher notre disque. Il observe attentivement la façon dont il danse la csardas en tournant, hoche la tête, et trouve ça faisable. Il embarque la bête.
Derrière la maison de ce mécano écolo, un tas de petites choses qu’on adore : un très joli barbecue, un four à pain, un jardin au carré, et... une douche solaire dont nous allons profiter !

Pendant que les pro feront leur métier, nous, on ira se balader dans Sümeg,

manger au restaurant (délicieux et pas cher du tout.)

Nous sommes émus par ce monuments aux morts de la seconde guerre mondiale plutôt inhabituel.

Nous nous rendons ensuite aux écuries du château. Chevaux andalous et frisons destinés aux grandioses spectacles en costume destinés aux touristes. Pas tout à fait désintéressée, la visite. On cherche un ostéopathe pour Océane. Ils en connaissent peut-être un ?
Réponse quelque peu narquoise. On nous regarde, le nez pincé :
« Nous ne travaillons pas avec ce genre de charlatan »
Ah bon, très bien, chacun son truc.
Mais leurs très nombreux chevaux passent leur vie attachés dans des stalles, sauf quand ils travaillent. Quelle vie ! Où sont nos vertes prairies ?

En jetant un coup d’œil vers la forteresse, on aperçoit des courageux qui ne prennent pas le taxi pour y grimper !

Et quand on arrive à notre « chez nous », il est déjà tout remonté, prêt au départ. On verra demain si ça fonctionne.
Cerise sur le gâteau, c’est gratuit !!!! Encore !!!!
KÖSZÖNJÜK !

30 Juin : Sümeg – Gyulakeszi 25 km

L’annonce de grosses chaleurs nous fait partir un peu avant 7 heures du matin (lever : 5 h)
Ah ! Ça roule déjà beaucoup mieux, dites donc.
Océane encore assez raide au départ. Puis ça se dérouille un peu en cours de route. Mais toujours cette gêne au trot. En tout cas, elle a envie d’aller. Ça ne lui plaît guère que je l’oblige à rester au pas.
Deux « descansos » face à face, de chaque côté de la route, un peu plus élaborés que ceux que l’on voit d’habitude.

On pensait faire halte à Tapolca. Curiosité : le panneau d’entrée de la ville est écrit avec l’ancien alphabet hongrois.

Déception : c’est une assez grosse ville, touristes et commerces, beaucoup moins attrayante que Sümeg. Ça ne nous plaît pas du tout. Nous continuons donc pour nous arrêter quelques kilomètres plus loin, à Gyulakeszi, sur la place d’un charmant restaurant à toiture de chaume.

Avec volcan en vue.

Il est dix heures, le soleil commence à cogner, l’asphalte à sérieusement chauffer. Mais un agréable petit vent souffle, on ne se sent pas du tout écrasé.
Reste quand même encore à s’occuper des juments avant de songer à notre propre repos. Je baille !

On les installe dans un pré où la végétation et très variée. Elles n’ont que l’embarras du choix.

Bien sûr, nous prenons notre repas dans cette charmante auberge. Pour vous donner une petite idée :
Oswald se commande un gros morceau de porc fumé, avec des frites, de la salade et du raifort. Plus une grande bière. Pour moi, s’il vous plaît, une énorme salade composée, accompagnée de fromage et d’une excellente sauce. Des frites aussi. (Ça faisait une éternité qu’on n’avait pas mangé de frites. C’est pas que c’est typiquement hongrois, mais ça nous a fait envie. Et elles étaient d’ailleurs très bonnes.) Une bouteille d’eau minérale. En tout, pour nous deux, l’équivalent d’environ 9,50 €. pas trop ruineux, non ?

Après un bon repos, une longue balade qui nous rappelle un peu... les causses du Larzac.

Tiens donc ! De grands oiseaux multicolores profitent bien des thermiques !

Des milliers de sauterelles s’écartent devant nous.
Végétation d’herbe rase et jaune, bien tondue par les moutons. Vipérines, molènes, buglosses, diverses espèces de chardons, asters, roses trémières en abondance. Avec des hybridations étranges, si on n’y regarde pas de trop près !!!

Paysage ouvert, sauvage, magnifique... Sauf que cette fois, complètement gâché par ces foutus fils électriques.

On est trop près de la ville. Tapolca a été le centre d’un gros gisement de bauxite. Elle est devenue le nœud du transport routier et ferroviaire de la région. On se trouve aussi peut-être un peu trop près du lac Balaton, cœur touristique de la Hongrie.

2 Juillet : Gyulakeszi – Káptalantóti 5,5 km

Départ à 7h30, peu de kilomètres, et pourtant, on a déjà trop chaud ! Le vent a cessé de souffler, et le soleil cogne dur. Noé trempée de sueur !
Bo nous avait dit qu’à Káptalantóti il y a chaque fin de semaine un immense marché bio. C’est pourquoi nous avons décidé de nous arrêter là et d’y rester jusqu’au jour du marché.
En effet ça a tout l’air de quelque chose d’importance. Pour l’instant tout est désert, mais sur la place sont construits des stands permanents, tout en bois. Certains d’entre eux ont déjà pris une certaine patine, d’autres sont flambant neufs.

3 Juillet

Dora habite durant les vacances la maison près de laquelle est installée Kaplumbağa. Le reste de l’année, elle vit à Budapest. Dora parle un excellent français, qu’elle est apparemment ravie de pouvoir exercer un peu. Elle nous propose de nous emmener jusqu’au lac Balaton, à 5 km d’ici, afin que nous profitions de la plage, par les chaleurs qui courent.
Pourquoi pas ? J’ai passé des vacances au bord du Balaton en...1973 ! Ça commence à dater un peu. Je crains d’être déçue. Le Balaton est devenu le lieu de villégiature favori des riches Budapestiens. Des maisons luxueuses se sont construites. L’été, la route qui longe le lac est paraît-il très fréquentée. Oswald, curieux, a envie d’aller flairer un peu une odeur de vraies vacances.
Pour bien commencer, Dora nous annonce, alors que nous sommes déjà en route, que la plage n’est accessible que moyennant finances.
Bon, tant pis, tant qu’on y est.
Mais payer pour ça...
Tiens, v’là la vieille misanthrope de service qui pointe le bout de son nez. C’est de la Anne, que je veux parler. Vous m’avez reconnue ? Espèce d’agoraphobe, va ! (Il l’a dans son répertoire d’injures, le capitaine Haddock, celle-là ?)

L’air ravie de me trouver là, pas vrai ?
Mais bah, puisqu’on y est...
À l’état naturel, les berges sont colonisées par d’immenses roseaux. Chaque village du bord du lac coupe les roseaux pour aménager une plage et profiter de la manne touristique. Plage surveillée bien entendu, avec jeux pour les enfants, location de pédalos, marchand de glace, restauration rapide, etc... etc... Mais comme elle est en pelouse bien tondue, la plage, on a prévu un très grand bac à sable pour les petits bouts de choux.

Autrefois les gens qui sortaient de l’eau s’occupaient avec un bouquin, ou des mots croisés, ou leur transistor. Aujourd’hui... Et il n’y a même pas besoin d’être un jeune branché. Même les anciens s’y mettent !

Il faut reconnaître que ce n’est pas surpeuplé. Dora prétend que le week-end, c’est infréquentable. Aujourd’hui, même mon incurable agoraphobie peut tolérer. D’ailleurs, l’ambiance est plutôt feutrée. Pas de criailleries insupportables. Les Hongrois sont des gens très discrets. On a trois petites heures devant nous avant que Dora ne revienne nous chercher. Assez de temps pour observer les phoques qui se vautrent au soleil ou piquent une tête dans une eau pas très claire à vrai dire. Il faut reconnaître qu’avec la chaleur ambiante (32° à l’ombre) ça fait vraiment du bien de faire trempette. Soyons donc phoques parmi les autres. Le mien, un gros éléphant de mer, dont j’aperçois la tête tout là-bas, derrière la barque des secours en lac, finit par venir s’ébrouer sur le gazon avant de réclamer une glace.

5 Juillet

Kaplumbağa envahie par les voitures !

Ce fameux marché s’appelle Liliomkert (le jardin des lys) Il a lieu tous les dimanche matin, toute l’année, de 9 h (et même un peu plus tôt, à ce qu’on a pu constater) à 14 h.
Il mérite un article à lui tout seul. Si ça te dit, clique : LILIOMKERT

6 Juillet : Káptalantóti – Tagyon 17 km

Levés très tôt, ce matin. (4 h pour Oswald, 4 h 30 pour moi) On préfère, pour rouler, échapper à la canicule !
Étape bien agréable. Paysage vallonné, très varié. Forêts, vignes, fruitiers (pêches et brugnons), prairies, vaches grises de Hongrie, peu de céréales, beaucoup de friches.

Un chevreuil mort sur le bord de la route, dans un état déjà assez avancé. Pour nous, odeur nauséabonde. Pour Altaï, parfum sublime. Il nous faut user de persuasion pour l’arracher à ce délice promis...

Avant de bifurquer pour échapper à la route qui longe le Balaton, vue sur le lac. Clic ! Photos !

Quand on arrive à Tagyon, vers 8h30, le soleil cogne déjà dur. Un ruisseau qui gargouille, une belle place pour la roulotte, une friche bien fournie pour les juments. Stop !

Cependant, nos deux louloutes assoiffées sont perplexes : l’eau est trop basse. Elles tendent l’encolure le plus qu’elles peuvent, ne pensent pas à plier les genoux. Elles ont la trouille.

Oswald a une idée : construire un barrage pour faire monter l’eau.

« C’est par ici que ça se tient, les filles ! » Je les éclabousse un peu pour les attirer au-dessus du barrage.

Pigé !

Cerise sur le gâteau, un Attila pieds nus nous entraîne vers son immense et merveilleux jardin pour nous gâter un peu : oignons, betteraves, haricots verts, pâtisson, aneth et persil !
Köszönjük, Attila !

7 Juillet Tagyon – Vöröstó 10 km

Réveillés 3 h 30 : 20°. Partis 5h45 : 25°. Arrivés 7 h 30 : 30°. Dire que certains nous demandent comment on fait l’hiver. L’hiver, figurez-vous, on a le droit de faire la grasse matinée, et on n’est pas sans cesse enquiquiné par les taons et les moustiques. Na.
Par-dessus le marché, l’étape n’est pas facile. Plusieurs montées, dont deux assez longues et assez raides. Nous n’avons toujours pas trouvé d’ostéopathe pour Océane. Elle marche, mais elle a du mal à faire des efforts. En conséquence, en bonne jument intelligente qu’elle est, elle laisse la frangine se farcir le gros du boulot. Et elle assure, la Noé ! Seulement, vu la température, elle est vite dégoulinante de sueur, la pauvre. L’étape ne sera donc pas trop longue. Cette fois, paysage de grande culture. Moisson de l’orge. Tournesols en pleine floraison. Pas de vigne. Un joli chevreuil traverse la route devant nous.
Dès qu’on trouve un emplacement, on s’arrête. C’est près du cimetière (de l’eau !!!) de Vöröstó, à côté d’un très beau kopjafa.

Merveille, Océane et Noé resteront à l’ombre sous les érables et les acacias.

8 Juillet : Vöröstó – Tótvázsony 8 km
Oui, oui, on renoue avec les courtes étapes, comme en Italie, du temps où Noé était malade. Cette fois, c’est à cause de la chaleur. On part à 6 heures du matin, et au bout de cinq minutes, les juments sont déjà baignées de sueur, juste en marchant au pas. Et nous aussi, d’ailleurs, juste à rester assis. Altaï tire la langue. Dès qu’on trouve un emplacement adéquat, on s’arrête. C’est encore près d’un cimetière. Mais on aime bien les cimetières hongrois, très loin de la grandiloquence italienne.

Et juste à côté de la roulotte se pose une cigogne. Le nid est au milieu du village, avec dedans deux bébés déjà tout grands.

Nous sommes accueillis par une Szuzi et son bébé, une petite fille toute mignonnette et souriante qui s’essaie à ses premiers pas. Szuzi nous offre un gros pot de confiture de cerise, et nous met en garde : « ne laissez pas vos brides et licols suspendus à la roulotte, comme ça, au vu et au su de tous : il y a du matériel pour chevaux qui disparaît, par ici ! ». Très bien. On mettra tout sous clef avant d’aller manger au restaurant ! Szuzi a travaillé pendant six ans en Angleterre, dans une écurie de poneys de polo.
Le panneau d’entrée dans le village est bilingue : Hongrois, Allemand.

C’est parce que autrefois, du temps où les engrais n’existaient pas, les sols ici étaient si pauvres que personne n’en voulait. On a donc aguiché quelques Allemands en leur promettant des terres. Peut-être pensait-on qu’il réussiraient mieux que les gens du pays à les cultiver ? Toujours est-il que ces Allemands ont fait souche dans le coin, qu’ils ont gardé leur langue et qu’ils ont leurs propres écoles.
Depuis, les engrais chimiques sont apparus, et les terres sont devenues aptes à la grande culture céréalière...

10 Juillet : Tótvázsony – Felsőörs 20 km + 7 km

Océane marche nettement mieux. Quelques kilomètres plutôt casse-pied au départ : on se trouve sur la route qui va de Tapolca à Veszprém, la grande ville avoisinante, Que de la plaine céréalière, avec heureusement un petit fond de collines boisées à l’horizon. Altaï a déniché une patte de chevreuil dans un état de décomposition assez avancé, et se balade fièrement avec cet objet immonde dans la gueule.
Mais tiens, c’est quoi, ça ? C’est pas des céréales ! De l’aneth !!! Tout un grand champ d’aneth !!! Mon Oswald est comme fou. De l’aneth ! (il en raffole.)

Et même qu’on a vu un OVNI ! Quoi ? Tu veux pas nous croire ? Tiens, la preuve ! Oswald l’a photographié !

Ensuite, quelques kilomètres d’une petite route tranquille, puis de nouveau grande route : celle qui joint Veszprém au Balaton. En pleine saison vacancière. Tu imagines ? Mais d’après la carte, on n’avait pas d’autre choix. Mais en y arrivant, sur cette route-là, que voit-on ? Le fameux panneaux « interdit aux véhicules hippomobiles » (et aux tracteurs, par la même occasion). Mais il n’existe aucune alternative. Tant pis, on s’engage. Elle remonte vers le Nord, direction Veszprém, pour redescendre vers le Sud, direction Felsőörs, notre destination du jour.
Sur Google Map, Oswald a cependant repéré un raccourci : un chemin de traverse, direction Est, qui devrait nous permettre de ne pas nous envoyer cette horreur cinq kilomètres durant.
Quelques centaines de mètres et : petit chemin forestier à droite. C’est ça, le raccourci ? On interroge un automobiliste, qui ne sait pas. Sur le chemin, traces de pneus et de sabots de chevaux. Ça doit être ça. On s’engage. Bifurcation. Petit panneau de bois indiquant « Felsőörs 3km ». Balise sentier randonnée blanche et verte. Chouette ! Regarde comme c’est beau !

Un peu plus loin, ça se complique un peu : boue et ornières. Mais ça passe encore bien.

Encore plus loin, ouille ! Très raide descente bien ravinée par la pluie. Pied sur le frein. Ça cahote dur. Les juments assurent. On retrouve les traces de pneus : sûrement un 4X4. On se pense sauvé. Sauf que, seulement 500 m avant le village désiré : cul-de-sac ! Il y a là deux employés eaux et forêts, avec effectivement leur 4X4. Ils nous affirment qu’on n’a aucune autre solution que de faire demi-tour ! (le balisage, ce n’est QUE pour les piétons) On leur explique que les juments ne pourront jamais remonter le raidillon. Pourraient-ils tracter la roulotte avec leur 4X4 ? Non ! D’abord, ils n’ont pas de boule d’attelage. Ensuite, ils doivent travailler ! ( Petite précision : ils dormaient dans le 4X4 quand on est arrivé, c’est Oswald qui les a réveillés)
Les juments exécutent un impeccable demi-tour sur cet étroit chemin forestier (que de progrès depuis le départ !) Nous voilà repartis en sens inverse. Devant le raidillon, on s’arrête. Oswald tient les juments pendant que je monte en reconnaissance à pied. Est-ce qu’on pourrait tenter le coup ? On risque bel et bien de rester coincé au beau milieu de la montée. (Mais dans ce cas, les gars avec leur 4X4 seront bien obligés de nous tirer d’affaire s’ils veulent passer à leur tour !)
Eh ben ELLES LE FONT !!!! Incroyable... La roulotte bringuebale dans tous les sens (dans la descente aussi, d’ailleurs, ça nous avait salement secoués) À l’arrivée on retrouvera tout sens dessus dessous à l’intérieur de la roulotte. Bref.
Au total, cet allez-retour épique : 7 km. Pour rien. Sauf... pour l’aventure ! C’était quelque chose, quand même. Et puis notre estime pour Océane et Noé vient encore de grimper d’au moins dix crans !
Mon dos en capilotade !!!
On a repris la grande route interdite, et trouvé le vrai raccourci 300 m plus loin. Ouf !
Cette fois, on ne l’a pas volé, notre repos !
Su tu regardes bien, au bout de la petite route, au fond de la photo, tu peux apercevoir le lac Balaton.

11 Juillet : Felsőörs – Papkeszi 18 km

Mince ! Noé nous fait une belle petite conjonctivite. Heureusement, nous avons de quoi soigner ça dans la boîte à pharmacie.

Aujourd’hui, c’était l’étape redoutée. La route qui longe de Balaton, que nous ne pouvons pas éviter, sur une douzaine de kilomètres : que de la ville. En pleine saison touristique !
En réalité, le problème n’a pas été celui que nous redoutions. La « ville » est en fait une succession de villages (nous n’avons vu qu’un seul gros immeuble.) C’est à dire des maisons de villégiature appartenant à des Budapestiens manifestement assez aisés, entourées de grands jardins. On ne peut vraiment pas dire que ce soit moche. Entre les maisons et le lac : la route, la voie ferrée, beaucoup de verdure, et une très belle voie cyclable, que nous n’avons pas osé emprunter, de crainte de rétrécissements impropres au passage de la roulotte. Et nous avons bien fait, car en dépit de l’heure très matinale, elle était déjà bondée de cyclistes. C’eût été quelque peu gênant.
Nous nous trouvons de nouveau sur le versant vignes. Il y en a partout.
Beaucoup de circulation, mais relativement fluide, et aucun camion. Pas une route de rêve, donc, mais pas un cauchemar non plus.
Sauf que !!! Cette route-là est interdite aux véhicules hippomobiles. Avec rappel bien en évidence à chaque carrefour, s’il vous plaît. Bien entendu, ce n’était pas indiqué sur notre carte, et nous ne l’avons découvert qu’en arrivant dessus. Pas de petite route parallèle. Aucune autre possibilité que de l’emprunter. Tant pis. Si les flics nous arrêtent, on leur montrera notre itinéraire sur la carte avec notre plus charmant sourire, et on leur demandera s’ils détiennent une solution.
Crois-moi si tu veux : sur les 12 kilomètres, nous avons été doublés par sept voitures de police, et croisés par deux ! Pas une ne nous a arrêtés (nous n’avons pas encore eu l’occasion de faire connaissance avec les forces de l’ordre hongroises.)
Tout de même, tant de flics sur seulement 12 kilomètres, il avait dû se passer quelque chose. Ces messieurs avaient très probablement d’autres chats à fouetter.
Mais je peux t’assurer qu’on était bien content de se sortir de là, tu peux me croire...
Bonheur pour Océane et Noé en arrivant à Pakeszi : de l’herbe bien verte jusqu’au ventre, y compris d’énormes touffes de luzerne.

Bonheur pour les baroudeurs aussi : un emplacement au bord d’une petite rivière prénommée Séd. Peu profonde, un courant assez vif. Bien fraîche. De quoi patauger pour activer la circulation sanguine dans nos jambes fatiguées...

Et puiser de l’eau pour les juments. (Les rives sont un peu trop encaissées et instables pour qu’elles puissent y descendre boire.)

12 Juillet

C’est dimanche. C’est repos. C’est on mange au restaurant. C’est on fait une jolie promenade tout le long de l’eau. Colorée par l’explosion des fleurs estivales. Vipérines, saponaires, salicaires, liserons, molènes, buglosses, carottes sauvages, achillées millefeuilles, silènes, verveines, mauves, scabieuses, chicorées... Du blanc, du bleu, du rose, du mauve...
Une rousserolle peste dans les roseaux. Impossible de la voir. Couple de pies grièches. Hérons. Cigognes.
J’en profite pour terminer mes petits gribouillis de deux arbres un peu bizarres rencontrés l’un à Bajansenye, l’autre à Püspökmolnári.

Et aussi pour faire un grand rangement dans la roulotte. Y’en avait bien besoin.

13 juillet : Papkeszi – Lepsény 23 km

La conjonctivite de Noé est pratiquement guérie. Encore une journée de traitement, et tout sera rentré dans l’ordre. Noé se laisse mettre la petite pommade dans les yeux sans broncher. Brave fille.

Gros orage cette nuit. Petite pluie fine au départ, qui cesse rapidement. Ciel gris. 20° au thermomètre. Temps idéal pour rouler. Oswald déplore qu’on n’ait même pas droit à un petit rayon de soleil. Moi, pas du tout. Ce temps me convient à merveille.
Route sans histoire. Quelques montées pas trop ardues, mais un peu glissantes : la route est mouillée. Océane ripe ; retrouve aussitôt son équilibre. Ouf !
Paysage de grande culture, pas franchement attrayant. Orge moissonnée. Tournesols en fleurs. Maïs hauts de deux mètres.
Arrêt pour faire une course. Oswald en profite pour clicheter ce joli reflet dans une flaque.

Halte le long d’une voie ferrée, aux abords d’une usine. Beaucoup de bruit. Pas franchement attrayant. Mais de l’herbe pour les juments. C’est juste pour une nuit. On ne va pas trop faire les difficiles.

14 Juillet : Lepsény – Kisláng 22 km

« La musique qui marche au pas, cela ne me regarde pas. »
Ouf ! Pour cette année, nous échapperons aux flonflons et aux feux d’artifices obligatoires pour cause de gosses !
Huit bons kilomètres en trop pour cette étape-ci : notre carte est fausse. À tout le moins, il existe pour de vrai une route inexistante sur la carte. Bien entendu nous l’avons prise, et nous nous sommes perdus.
Ça avait très joliment commencé par un chemin de terre. Pas un chat, mais des millions d’abeilles ! Et trois gentils apiculteurs en grande tenue, qui nous mettent en garde : si nous continuons, nous allons passer au milieu des ruches. Immense, le rucher. « Nem problema », que j’affirme, très sûre de moi. L’un des apiculteurs hausse les épaules d’un air désolé. Il parle en hongrois, mais on comprend bien qu’il grommelle quelque chose qui doit signifier « à vos risques et périls ! On vous aura prévenus. » Je laisse les juments marcher d’un pas tranquille le long des ruches. Les abeilles voltigent autour de leurs oreilles. Il y en a partout. Elles n’ont aucune raison de se montrer agressives. Pas de mouvement brusque, et tout ira bien. Océane et Noé impassibles. Les abeilles ne les perturbent en aucune façon. Ce qu’elles haïssent, ce sont les taons. Et par-dessus tout, les moustiques.
Nous traversons le rucher sans aucune difficulté.
Au bout du chemin, une route goudronnée. D’après la carte, on devrait prendre à gauche. Oswald a un doute. Le sentiment que ce chemin était un peu trop court par rapport au tracé de la carte. Et puis son flair orientateur lui laisse soupçonner que la direction n’est pas la bonne. On doit pourtant bien se trouver à ce point là : sur la carte, aucune autre route n’est indiquée. Je penche pour faire confiance à la carte. J’ai laissé trotter Océane et Noé (enchantées de ce sol souple et confortable sous leurs sabots), c’est peut-être pour cette raison que le chemin nous a semblé court. Je dirige donc les juments vers la gauche. Oswald grogne. Ah ! Voici nos apiculteurs, avec leur camionnette ! Il suffit de les interroger. Kisláng ? À gauche ! Bon, j’avais raison.
Nous voilà trottant gaiement, sur une petite route absolument déserte. Deux, trois, quatre kilomètres... C’est encore loin, ce Kisláng ? Les doutes d’Oswald se font de plus en plus sérieux. Il consulte l’ami soleil, et constate que nous ne nous dirigeons pas du tout dans la bonne direction. Nous arrêtons un petit camion. Montrons la carte. Hochement de tête. « Oui, oui, à droite, un peu plus loin... » (Je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment que la personne ne sait pas lire une carte et n’ose pas l’avouer) Pour l’instant, ça correspond encore à peu près à ce que je crois voir sur la carte, excepté les distances. Mais on n’a pas de compteur sous les yeux, alors comment être sûr ?
On prend à droite. On débouche sur une route qui ne correspond plus à rien sur notre carte. Cette fois, on est vraiment paumés.
Bon, finalement j’ai eu tort. Je devrais me fier davantage aux instincts du Oswald. (Mais la carte plus les apiculteurs ????)
Impossible de savoir où nous nous trouvons. Aux petits croisements, absolument aucun panneau indicateur. Deux, trois, quatre, cinq kilomètres... Où va-t-on aboutir ? On a l’impression d’avoir tourné en rond. Peu importe. Au prochain patelin qu’on rencontre, on s’arrête, quel qu’il soit, et on verra bien comment rattraper la bourde.
Enfin ! Eh bé ! Le patelin, C’est Kisláng ! Ça alors ! On a beau regarder la carte, on n’y comprend rien !
Tout simple. La carte est incomplète. La route que nous avons empruntée n’est pas indiquée dessus. Ça c’est un peu fort ! Le petit chemin de terre est bien tracé, mais pas la route goudronnée ! Et ces braves apiculteurs... Nous ne devrions jamais nous fier aux automobilistes. Pour eux, cinq kilomètres de plus ou de moins, quelle importance ? Ils indiquent toujours la route la plus facile... en voiture ! Ils ne pensent pas à la plus courte, et moins encore aux chemins de traverse.
En tout cas, c’était assez rigolo de se retrouver sur une route inconnue, de scruter la carte pour essayer de savoir laquelle, de n’y rien comprendre. Pour finir par saisir enfin que la route en question n’est tout bonnement pas dessinée sur la carte. Moins marrant pour les juments qui se sont farcies huit kilomètres de rabiot. Mais chut ! On ne le leur a pas avoué. Elles n’en savent rien...
D’ailleurs, nous n’avions même pas projeté de nous arrêter à Kisláng. Plutôt à Káloz, six kilomètres plus loin. Bon, ce sera Kisláng, ça suffit pour aujourd’hui. D’ailleurs, mon dos commence à crier grâce.
On s’arrête devant le bistro. Oswald descend de Kaplumbağa pour aller présenter aux buveurs de palinka le petit mot magique que nous a écrit Bo. Magique pour de vrai. Cinq minutes plus tard, nous obtenions un superbe emplacement dans la verdure, à la sortie du village. Les juments ont tout un ruisseau à leur disposition : pas de corvée d’eau.

Et quel accueil !!! Les propriétaires du pré, Imre (68 ans) et Helena (63 ans), sont extraordinairement gentils. Passionnés de moto, ils ont pas mal bourlingué à travers l’Europe. On se débrouille pour se comprendre, avec le bizarre allemand d’Imre, le petit italien d’Helena, et les rires que provoquent mon hongrois chaotique. Ils nous apportent dans une glaciaire un tas de boissons bien fraîches, et du café dans un thermos. Des pêches de leur jardin. Une boîte de pâtée pour Altaï. Qui remercie Imre à sa façon.

Plus... un petit flacon de palinka ! Oswald goûte donc enfin au nectar hongrois, et se met à tousser si fort que Helena se sent obligée de lui servir un grand verre de citronnade !
Et le soir... Quelle fête ! Imre et Helena reviennent avec leur table de pique-nique, et un somptueux souper. Plat typique de Hongrie : « paprikás krumpli ». Helena a même inscrit la recette en hongrois sur mon petit carnet baptisé « notes en vrac » . (J’en ai trois, des petits carnets : « notes en vrac », « route », et « pense-bête ».)
Il ne manque même pas le bouquet de fleurs.

Pendant que les femmes se montrent les photos de leurs petits-enfants respectifs, les hommes papotent moto.

15 Juillet : Kisláng – Sárkeresztúr 18 km

Ciel bleu et nuages, vent, chaud mais pas insupportable.
Joli petite étape. Au début, tournesols et maïs à perte de vue. Ensuite, traversée d’un bel espace naturel préservé : forêt, prairies humides, rivière, roseaux.
Oswald, qui a beaucoup progressé, ose pour la première fois mener sans que je ne reste à côté de lui. Je marche à côté de la roulotte pendant quatre bons kilomètres, ce qui fait beaucoup de bien à mon dos.

Puis vastes prairies non clôturées. Troupeau de moutons gardés par un berger.
Arrêt dans une ferme, près d’un nid de cigognes.

Roseaux, roseaux : un petit avant-goût de Puszta.
Nos juments vont y avoir droit ! Des roseaux bien verts. Elles en raffolent.
Nous, on a droit a un tourbillon d’enfants ! Ils veulent visiter la roulotte. La plus grande, Vivien, 13 ans, essaie de se dépatouiller avec le petit anglais qu’elle commence à étudier à l’école. Et me donne un petit cours de hongrois. Je ne sais pourquoi, elle a décidé que je me devais de connaître le mot « kéményseprő » (« ramoneur »). Comme si je n’avais pas des mots plus utiles à enfoncer dans mon pauvre petit crâne !
Les deux garçons, Gergő (6 ans) et Zoli (9 ans), jouent à conduire la roulotte. Zoli s’est même armé du fouet.

Après quoi, les trois s’installent sur le lit. On joue à « combien de grelots dans mon sabot ». Puis j’y vais de mon histoire de blablabla. Pendant ce temps, Oswald s’enfuit, l’appareil photo en bandoulière...

16 Juillet : Sárkeresztúr – Mezőfalva 25,5 km

Chaud, chaud ! Étape matinale. À 9 heures, on est arrivés. Juments en sueur, harcelées par les taons.
Aucun problème pour trouver un emplacement. La Hongrie ? Un rêve pour le voyageur avec des chevaux. Pendant que je dégarnis et qu’Oswald s’occupe de la clôture, deux messieurs se chargent des allées et venues avec les seaux d’eau pour abreuver les juments.

Un sympathique jeune homme, in english, nous propose de venir chez lui prendre une douche. Not refused !

17 Juillet : Mezőfalva – Dunaegyháza 26 km

Départ à 5h45, déjà 22°. Route assez tranquille.

À Dunaföldvár, on évite la grand-route (interdite aux véhicules hippomobiles) en empruntant une petite rue quasi déserte qui mène directement au pont. Fastoche !

Traversée du Danube. À part l’autoroute, on n’avait pas tellement le choix. Ils sont rares, les ponts au-dessus du Danube. Ça circule donc pas mal, il y a des camions, mais ce n’est pas aussi terrible qu’on aurait pu le supposer. Après le pont, je gare les juments sur le bas-côté pour laisser doubler tous les véhicules qu’on a enquiquinés. Sacré défilé !

Bo nous avait indiqué un chemin, juste après le fleuve, pour rejoindre Dunaegyháza, où nous avons prévu de faire étape. Oswald a peur qu’il ne soit trop caillouteux pour les juments, qui marchent pieds nus. Ce n’est qu’après l’avoir dépassé qu’en tournant la tête, je m’aperçois qu’il est tout de sable : l’idéal pour les juments. D’ailleurs je préfère les chemins : marre de l’asphalte. Trop tard pour l’emprunter. Ce pont sur le Danube est très fréquenté, je ne me vois pas du tout risquer un demi-tour ici. Tant pis, on prendra la petite route un peu plus loin. Il est 8 h, le thermomètre indique déjà 38 °. Fatigue ? Déception ? Chaleur insupportable ? Les trois choses réunies ? Je pète les plombs ! Grosse crise de larmes. Je m’en prends au pauvre Oswald, lui reprochant d’avoir eu cette hésitation, sans laquelle nous roulerions sur le chemin plutôt que sur la route. Je m’en veux à moi-même. J’aurais dû arrêter les juments AVANT le chemin, pour regarder tranquillement ce qu’il en était. Il va falloir que je me remette sérieusement au yoga (plutôt abandonné, le pauvre, depuis ma fracture de vertèbre.)
Dans le village, arrêt devant le « büfé » (eh oui, c’est comme ça qu’on dit bistro en hongrois, et ça vient bien du français « buffet ») Trois cyclistes qui randonnent en vélo couché nous servent d’interprètes, et c’est ainsi qu’un István nous invite chez lui... sur ce fameux petit chemin que nous n’avons pas pris ! Nous l’empruntons donc dans l’autre sens, István monté dans la roulotte avec nous. Coup d’œil au thermomètre : 42° ! Il est temps d’arriver !
Chez István, pas très facile de monter le parc électrique : le terrain est plein de jeunes arbres qu’il faut protéger de la dent gourmande de nos deux coquines !

Mais pour elles, le bonheur : on peut leur offrir une douche !

Quelques remarques

  • Ces clochers en bois étaient signe que le village était trop pauvre pour se payer la construction d’une véritable église. Aujourd’hui, ils sont devenus l’un des symboles de la Hongrie traditionnelle et font partie d’un patrimoine dont on est très fier.

  • Un kopjafa est un poteau de bois sculpté d’une série de formes géométriques bien particulières. Un kopjafa représente les vertus de la générosité, de l’honneur, de la paix, de l’amitié et de la reconnaissance. Un petit kopjafa est donné à chaque élève de terminale avant les examens du baccalauréat, ainsi qu’un petit baluchon renfermant du sel, un morceau de pain, un crayon, et parfois une pièce de monnaie. Ce kopjafa et ce baluchon représente la future vie des étudiants sortant du lycée. Le kopjafa est aussi utilisé comme monument funéraire. On en rencontre un peu partout, particulièrement sur les places publiques et dans les cimetières.

  • Les runes hongroises (rovás) proviennent de l’écriture turkmène. Elles ont été utilisées jusqu’en 1850. Elles étaient l’écriture la plus répandue du hongrois jusqu’au Xème siècle. C’est le roi Étienne Ier (975 -1038) qui a imposé l’alphabet latin. Les runes hongroises s’écrivent soit de gauche à droite soit de droite à gauche. Le fait que les lettres de cet alphabet correspondent aux phonèmes de la langue hongroise en font une écriture plus adaptée à cette langue que l’alphabet latin.

Avec toutes ces explications, tu peux lire les panneaux d’entrée des villes que nous avons traversées.

Ce roi Étienne (István en Hongrois) a été le premier roi de Hongrie, et saint par-dessus le marché ! Il est mort en 1038, et on l’a canonisé en 1083, pour avoir christianisé son pays bien entendu. Est-il besoin de préciser que l’usage de la force s’est trouvé quelque peu nécessaire ? C’était bien dans le genre de l’époque ! Autres temps, autres mœurs. Mais durant son règne, la Hongrie a connu une belle période de paix et de prospérité. C’était même la principale route des pèlerins qui se rendaient en terre sainte, et aussi la route des échanges entre l’Europe Occidentale et Constantinople.
Étienne est bien entendu le Saint Patron de la Hongrie.

  • Apprendre le hongrois ? Ça se complique ! J’ai déjà expliqué qu’en apprenant un seul mot, on peut en apprendre trois, ce qui donne rapidement un certain vocabulaire (par exemple « sargareparépa », la carotte, est composé de « sarga », jaune, et « répa », racine. En apprenant à dire « carotte », on apprend donc en même temps à dire « jaune » et à dire « racine »). Manque de pot : l’inverse existe aussi. Deux mots différents pour dire la même chose ! Au bistro, si tu veux boire une grande (0,5 l) bière (sör en hongrois) tu dois dire « korsó sör » et si tu en veux une petite (0,3 l) , tu dois commander une « pohar sör ». Mais si tu désires une grande (0,5 l) limonade (limonadé en hongrois) tu dois demander une « pagy limonadé » et si tu préféres une petite (0,3 l), ce sera une « kicsi limonadé » (Je ne garantis pas la justesse des déclinaisons, j’ai pas encore pigé le truc !) Bon, je vous explique : en fait, vous demandez une « chope » de bière ou un « verre » de bière, alors que vous demandez une « grande » limonade ou une « petite » limonade.
  • Les cimetières Hongrois nous plaisent beaucoup. Au milieu de la verdure, souvent pas clôturés, ou alors juste un petit grillage ou une jolie haie, simples et paisibles, très loin de la grandiloquence Italienne. Les allées sont toujours d’herbe, et non de sable ou de gravier.

De nombreuses tombes sont de véritables petits jardins à elles seules.
Certaines délimitées par une bordure de bois

D’autres une bordure de pierre

Et certaines, pas de bordure du tout

Quelques unes font plus chic et sophistiqué.

Certains se disent peut-être qu’avec un bon petit conifère ou du lierre, ça fera moins d’efforts pour l’entretien.

Et celles qui n’ont plus de visiteurs retournent à l’état sauvage, ce qui ne manque pas d’un certain charme.

Bien entendu, il existe quand même des adeptes de la pierre tombale et de la fleur artificielle.

Un rapprochement peut-être un peu étrange. La tombe, très émouvante, à mettre les larmes aux yeux, d’un bébé mort-né, et celle d’un bon patriote, à en juger par le kopjafa et le ruban aux couleurs de la Hongrie.
La même bordure toute simple de cailloux ramassés dans les environs.
La même tendre minutie apportée dans les soins au jardinet.
Le même sentiment d’amour profond qui s’en dégage.

Anne, 24 Juillet 2015

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