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Rhapsodie Hongroise en panne majeure 27/06/2015

1er Juin : Kerkáskápolna – Ivanc : 27 km

Merveilleuse étape à travers la forêt. On croise une voiture par demi-heure, à peu près. Tout à fait supportable. La forêt est coupée par des champs. Parcelles assez importantes de maïs, soja, seigle, citrouilles (de très grands champs de citrouilles : elles sont cultivées pour fabriquer l’huile de pépin de courge). « Champs d’arbres », aussi. C’est à dire plantations de pins bien alignés. Et puis cultures de... sapins de Noël. On en rencontre un certain nombre de petites parcelles.
Quelques photos prises sur la route...

Arrivés à Ivanc, on ne trouve une place qu’au bord de la route.

Mais les juments ont droit à une superbe friche ombragée.

Je fais remarquer à Oswald que ça va être bien agréable de se retrouver un peu tranquilles tous les deux. Raté ! Un monsieur fort sympathique et sa femme nous invitent à venir dîner chez eux. Ça commence mal : Oswald se fait assez méchamment mordre par leur chien ! Peu importe : le monsieur en question est originaire de l’ex-RDA, ce qui fait qu’Oswald et lui ont beaucoup de choses à se raconter. En Allemand, bien sûr. Je suis larguée. Heureusement, il y a là une adorable petite fille de quatre ans, aussi à l’aise avec l’allemand qu’avec le hongrois. Elle ne comprend rien au français, bien sûr. Mais je peux toujours lui raconter l’histoire des blablabla. Heureusement que je l’ai dans mon répertoire, celle-là ! Pas de barrière de langue, et la petite fille rit aux éclat. À cause de mes grimaces ?

2 Juin : Ivanc – Rádockölked 24 km

Départ tôt le matin : la journée promet d’être chaude ! Route sans histoire. À Rádockölked, le maire nous autorise à passer la nuit sur le terrain communal qui jouxte la mairie, agrémenté d’un joli puits.

Mais on a l’eau courante juste à côté, au robinet. Des gosses viennent caresser les juments. Enfin un peu de calme ? Que nenni ! Dans l’une des maisons du village, fenêtre grande ouverte, quelqu’un fait profiter tout le voisinage de sa passion pour l’opéra. Ça n’a pas arrêté une seconde depuis notre arrivée, à 11h30. Au moment où j’écris ces lignes, il est 19 h et ça dure toujours. Une musique dégoulinante, une soprano bêlante, un ténor miaulant... Je vais craquer ! Je me sens comme le capitaine Haddock quand la Castafiore entonne « Marguerite ». Je ne sais pas si c’est souvent comme ça ici, et comment les autres villageois le supportent.

3 Juin : Rádockölked – Püspökmolnári 27 km

Le chemin aurait pu être plus court, mais je tenais à suivre les petites routes marquées en blanc sur la carte, sans trop de circulation. Et en effet, nous avons roulé tout à fait tranquilles, presque aucune voiture, jusqu’à une bifurcation où nous avions encore le choix :
route jaune pour gagner 4 km ou route blanche ?
On se chamaille. Oswald veut gagner les 4 km, arguant que la route jaune ne sera rien à côté de ce qu’on a vécu en Italie. Moi, je préfère l’absence presque totale de véhicules motorisés, quitte à circuler une heure de plus. C’est Oswald qui l’emporte, avec un argument béton : on a beau être partis assez tôt, il commence à faire très chaud. Pour les juments, ce n’est pas vraiment confortable. Et ce sont elles qui travaillent, après tout.
Arrivée à Püspökmolnári (prononcer Puch’peuk’molnari, en roulant le r.) Püspök, c’est l’évêque, et molnári, c’est le moulin. Nous sommes donc au Moulin de l’évêque. Nous nous arrêtons chez Misi, un spécialiste des véhicules hippomobiles qui nous a été chaudement recommandé par Bo et par Clea. Nous devons consolider la fixation du plateau tournant et peut-être faire monter des suspensions pneumatiques avant d’atteindre la Roumanie (On attend le devis). On nous a mis en garde : la roulotte sans autre suspension que les pneus, c’est très bien sur les routes asphaltées. Mais en Roumanie, nous rencontrerons beaucoup de pistes plutôt cahoteuses, qui malmèneront sans aucun doute la roulotte. (Sur notre livre d’or, Léna nous a dessiné une très rigolote caricature sur laquelle on voit Kaplumbağa se diriger vers « délabreland ». C’était pour se venger de la réflexion d’Oswald, lui ayant fait remarquer que sa roulotte était bien délabrée.)
L’atelier de Misi est installé dans un ancien kolkhoze.

C’est un invraisemblable capharnaüm où se côtoient carcasses de voitures, de camions, d’outils agricoles, de voitures à cheval en plus ou moins bon état.

Les chevaux et les moutons de Misi se promènent là-dedans, au milieu des morceaux de ferraille, sans que cela ne semble poser problème.

Nos juments seront installées dans un jardin en friche, de l’autre côté de la route. Ça ne me plaît pas trop : elles se trouvent hors de portée de vue de la roulotte.
Ça ne plaît pas du tout non plus à Océane, qui vient de tomber raide amoureuse de la jolie pouliche d’un an qui se promène au milieu du bazar de Misi.
Elle m’arrache violemment la longe des mains. Ce qui me déchire la peau et me fait horriblement mal. Elle retraverse la route au galop, et s’en va faire des mamours à la pouliche à travers la barrière. Oswald attache rapidement Noé à un arbre pour éviter qu’elle ne lui échappe. La pauvre Noé, désespérée par les infidélités de sa sœur, s’énerve, tire sur sa longe, et se retrouve en quelques secondes trempée de sueur. Océane, là-bas, hésite... « Entre les deux, mon cœur balance », comme dit la chanson. Elle finit par revenir. Je l’attache aussi. Heureusement, les licols sont solides.
C’est pas le tout, il faut s’attaquer au montage de la clôture électrique. Les herbes (graminées en abondance) et les orties (tout autant en abondance) sont plus hautes que nous. Nous plantons les piquets, tendons le fil... Après quoi, il faut jouer de la machete pour couper la végétation sous la clôture afin qu’elle ne touche pas le ruban électrique. Ouais, ouais, je sais, je devrais écrire machette en bon français. Je ne sais pas pourquoi, je trouve l’écriture espagnole plus esthétique. C’est idiot, à un « t » près. En fait, c’est la prononciation espagnole que je préfère : « matchété ». « Machette », prononcé à la française, ça fait un peu chewing-gum. Bon, disons coupe-coupe. Ça fera plus africain que sud-américain, tant pis. En tout cas j’ai l’impression de me retrouver dans un de ces romans de Mayne Reid que je dévorais quand j’étais gamine. « Les exilés dans la forêt », par exemple, que j’ai bien dû lire au moins dix fois quand j’avais entre dix et douze ans. Il ne me manque ni la sueur dégoulinante (32° à l’ombre et je travaille en plein soleil !) ni même les fourmis. Parce que bien sûr, je pose le pied sur un nid de fourmis rouges ! Oswald me dit que je n’ai qu’à imaginer que je suis en train de prendre un bain de pieds dans du champagne. Tu parles !!! Bon, O.K. c’est pas des fourmis légionnaires. Mais quand même, je voudrais bien qu’on me plaigne un peu de temps en temps. Allo maman bobo !
Enfin fini. Nous lâchons les juments. J’ai peur qu’elles ne cassent tout. Mais non. Elles font le tour du ruban blanc, constatent qu’ici se trouvera leur domaine, se calment et se mettent à brouter.
Pour leur donner à boire, c’est au puits qu’il faut tirer l’eau.

4 juin

Six heures du matin. C’était trop beau, la sagesse des juments hier soir. Misi nous réveille en tambourinant sur la roulotte : « Vos juments se sont échappées ! »
Merde ! « Seiβe ! », comme dit Oswald. Océane est collée nez à nez avec la petite pouliche, bien qu’un grillage les sépare. C’est quand même fou, ça ! Ce n’est pas la première fois – loin de là – qu’on stationne nos juments auprès d’autres chevaux. On n’avait jamais eu de problème. Quelle mouche la pique, la Océane ? (L’amour a ses raisons que la raison ignore... On dirait bien que c’est vrai aussi pour les chevaux...)
La clôture électrique est entièrement arrachée. Elles ont sûrement dû fortement se piquer, les louloutes ! Espérons que ça va leur servir de leçon. En attendant, Océane a les joues déchirées par les épines des acacias à travers lesquels elle s’est faufilée pour rejoindre sa dulcinée. Va falloir sortir la bétadine !
Bon, presque une heure pour réparer les dégâts. En plus, l’enrouleur est déglingué (manivelle arrachée)
On remet les juments dans leur parc. Elles sont très énervées, marchent de long en large sans songer à brouter le moindre brin d’herbe, longent le ruban électrique, cherchant la faille. Mais elles le respectent (pour le moment, en tout cas.) Elles ont dû se prendre de bonnes décharges en le forçant.
En tout cas, nous qui pensions faire une vraie grasse matinée, c’est plutôt raté !

5 Juin

Misi nous a fait son devis pour poser à la roulotte des suspensions pneumatiques. Pour vérifier toutes les roues, aussi. Mais il ne pourra commencer le travail que lundi. Donc, nous voici coincés ici pour un certain nombre de jours. Heureusement, les juments sont sages. Océane a l’air de se résigner. Elle a renoncé à ses hennissements désespérés et pâture tranquillement. Il y a quelques promenades sympas à faire aux alentours. Et puis ça va permettre de laisser cicatriser tout à fait la petite plaie de harnachement apparue au passage de sangle d’Océane. Depuis qu’on a passé le cap des étapes quotidiennes de plus de vingt kilomètres, il faut qu’on surveille de très près les éventuels petits bobos dus aux frottements des harnais contre la peau. Talc. Petites mousses. Chambre à air autour des sangles. Pansage irréprochable aux endroits sensibles. Huile (puisqu’on a perdu le pot de vaseline). Et si une plaie apparaît quand même : bickmorine ; bonne épaisseur de gaze sur la plaie, collée avec de l’elastoplaste (qui ne tient pas toujours tout au long du trajet !) Jusque là on a eu une toute petite plaie sous la sellette, avec Noé, problème très vite cicatrisé et résolu avec la bickmorine, puis en plaçant un mince tapis de mousse entre la sellette et la peau. Avec Océane, une plaie sur la joue, due au montant de bride et une autre au passage de sangle, un peu plus enquiquinante. Du coup, celle-ci va avoir le temps de cicatriser avant le re-départ.
Je demande à Misi l’autorisation de faire un feu pour cuisiner. Il rigole : « ici, rien n’est interdit ! »

Et re-merde ! L’électrificateur de la clôture ne fonctionne plus. Nous voilà bien ! Avec les caprices amoureux d’Océane, ça ne nous inspire pas de nous contenter de « l’effet psychologique » !
Ouf ! En attendant de trouver une solution (réparer si possible, ou racheter un nouveau poste ?) Misi nous prête un gros électrificateur qui fonctionne sur secteur. On peut le brancher dans la petite maison qui jouxte la prairie où se trouvent nos juments. Ce truc-là, ça cogne fort ! Gare à elles si elles y touchent.

6 juin

Rigolez bien, méchants monstres : je suis tombée cul nu dans les orties en voulant faire mon petit pipi. Ça brûle !!!
Noé tousse.. Une jeune vétérinaire vient examiner l’un des moutons de Misi salement mordu par un chien. On en profite pour lui demander d’examiner notre jument. Ben Noé nous fait le coup de l’allergie au pollen. Le bon vieux rhume des foins, quoi. Anti-histaminiques.
Regardez ce beau bélier qui se promène autour de nous en compagnie de ses brebis. Il appartient à la vieille race hongroise de la puszta. C’est un Racka (prononcer « Ratska ») Les cornes peuvent atteindre un mètre de long ! Et même les brebis peuvent être cornues, comme cette jolie petite grise. (Il y en a qui ne le sont pas)

Curieux, à propos de moutons. Misi a donc quatre juments et une bonne vingtaine de moutons. Le pâturage est immense, et les animaux ont leurs heures pour se promener à un endroit ou à l’autre. Les juments d’un côté, les moutons de l’autre, bien qu’ils partagent les mêmes prairies. On ne mélange pas les torchons et les serviettes, non mais...
SAUF... Un beau bélier sans corne qui suit de très près les juments dans tous leurs déplacements et bêle à fendre l’âme s’il les perd de vue une minute. Il ne se mêle absolument jamais au troupeau de ses semblables. Pourquoi ? Mystère ! Misi lui-même ne trouve aucune explication. Oswald a surnommé cet étonnant bélier « le poney laineux ». (P’têt’ ben qu’y s’aviont fait j’ter du troupiau par el’ biau grous cornu !)

Encore les moutons : un petit agneau vient de naître.

8 Juin : premier anniversaire de notre voyage !

Eh oui ! Cela fait un an aujourd’hui que nous sommes sur la route.
Sentiment assez étrange : on a l’impression que c’est à la fois très court (déjà un an ?) et très très long (seulement un an ? Il s’est passé tellement de choses...)
Oswald partage mon ressenti.

Pour fêter ça, nous recevons un très beau cadeau de ma sœur Dominique : une page de photos prises le jour de notre départ ! Nous sommes vraiment tout émus. Ça fait bizarre de revoir Océane et Noé avec leur coupe « Fjord », maintenant qu’elles ont une vraie crinière !

Et un autre très beau cadeau de mon autre sœur, Christine : un gâteau-roulotte ! Malheureusement, nous ne pouvons le déguster qu’avec les yeux.

Le travail sur la roulotte devait être commencé aujourd’hui, mais l’ouvrier tourneur capable de façonner les pièces métalliques pour soutenir les suspensions pneumatiques est malade. Espérons qu’il ira mieux demain !
Il faut dire qu’il y a du boulot, ici, et même pas mal de boulot en retard, apparemment. Voitures hippomobiles en attente de restauration...

Et même des traîneaux, dont l’un est une construction neuve. Il n’est pas encore fini qu’il sert déjà de débarras !

9 Juin

Ça y est, le travail sur la roulotte est commencé. Le tourneur est au boulot, bien qu’il n’ait pas vraiment l’air en grande forme. Misi nous explique fièrement que si en Autriche les salariés sont en arrêt maladie en moyenne un mois par an, ici, en Hongrie, c’est deux jours par an. Ah mais ! Quels flemmards, ces Autrichiens ! (Précisons que Misi travaille aussi avec l’Autriche, il sait donc à priori de quoi il parle) Oswald a failli lui rétorquer que c’était peut-être la raison pour laquelle les Autrichiens sont en bien meilleure situation économique que les Hongrois, mais il a retenu sa langue. On ne va pas se fâcher avec Misi pour des broutilles tant que le travail sur la roulotte n’est pas terminé, hein ?
On en profite pour lui demander, à ce Misi, de vérifier les 4 roues.
Il faut quand même que je vous explique pourquoi nous avions perdu une roue, quelque part en Slovénie, vous vous souvenez ? C’était juste avant d’arriver à Ptuj.
Notre brave roulottine possède des roues de 2CV montées sur des moyeux de golf. Or les roues de golf ont 4 trous, tandis que celles de 2CV n’en ont que 3. Donc les 4 boulons des moyeux de golf avaient été sciés, et remplacés par 3 boulons tombant en face des 3 trous de la roue de 2 CV. Pigé ?

Problème : ces boulons avaient été collés avec une espèce de plâtre qu’en bon français on nomme « soudure à froid » technique dont la solidité et la longévité laissent fortement à désirer !

Lorsque nous avons connu ce fâcheux incident sur la route (roue avant gauche), le brave homme qui nous avait dépanné avait ressoudé les deux boulons qui avaient lâché. Ce matin, en démontant cette même roue, nous nous sommes aperçus que le troisième boulon, qui tenait encore vaguement, avait sauté de son logement.
Quand Misi a vu ça, il a éclaté de rire et nous a dit très sentencieusement : « travail français ! »

Misi a emporté notre électrificateur chez un copain et il vient de nous le rapporter réparé. C’était un fil dessoudé. Rafistolage gratuit. Incroyable tout ce qu’on nous fait gratuitement.

Aujourd’hui, les tondeurs (un homme et une femme) sont arrivés pour la tonte du troupeau de Misi. Les brebis croisées avec du mérinos peuvent être déshabillées à la tondeuse électrique, mais pas les vraies racka hongroises ! Leur laine est trop épaisse, et la tondeuse cale. Le tondeur nous en fait la démonstration. Les racka doivent être tondus à l’ancienne, avec des forces (sortes de ciseaux spéciaux destinés à la tonte des moutons)

On a déniché une vieille faux de moissonneur quelque part dans le fourbi à l’intérieur des bâtiments. Vous savez, l’une de ces faux garnies d’un râteau en bois qui recueillent les tiges à mesure qu’elles tombent afin de les empêcher de se mêler. Oswald tient à l’essayer. Évidemment, sur l’herbe courte et les orties... C’est pas vraiment fait pour. C’était juste pour essayer la manipulation.

La jument bai foncé (Oups ! Pardon ! noir pangaré : c’est la nouvelle dénomination de cette sorte de robe, à cause des dernières trouvailles de la génétique. J’vais pas te faire un cours. Si ça t’intéresse d’en savoir plus long, tu demandes à Wikipédia ce que c’est que le noir pangaré. T’en apprendras de belles !) de Misi est une Nonius (ici, on écrit Noniusz)

race de chevaux carrossiers hongrois autrefois utilisés dans l’armée. Mais aussi pour les travaux agricoles, car ce sont des animaux robustes et d’un caractère très calme. Bien entendu, avec la mécanisation, ils ont failli disparaître. Heureusement, à partir de 1970, si dans la Hongrie communiste l’équitation était considérée avec un certain mépris comme un « sport bourgeois », il n’en a pas été de même de l’attelage, qui a connu une vogue croissante. Le Nonius a donc repris du poil de la bête. Il est reconnu depuis 1999 par l’UNESCO comme patrimoine à préserver. Son nom provient de l’étalon normand fondateur de la race, dénommé Nonius. Il avait été chapardé au haras français de Rosières-aux-Salines, après la défaite de Napoléon à Leipzig. Il arrive en 1916 au haras Hongrois de Mezőhegyes. Là, comme il n’est pas très beau, on ne lui prête guère d’attention, jusqu’à ce que ses premiers poulains devenus adultes se révèlent comme d’exceptionnels chevaux d’attelage. De là, une sélection attentive qui a abouti à la création de la race.
Exceptionnels ? Sans aucun doute, si on en croit cette gravure datant de 1872, dont la scène se passe quelque part à Budapest.

Les deux autres juments de Misi sont elles aussi de dignes représentantes de la Hongrie. Leur race ? Ce sont des Shagya. Race qui, si elle a bien failli s’éteindre elle aussi, est désormais devenue la plus populaire de Hongrie.

11 Juin

La roulotte est rentrée dans l’atelier.

où on fabrique et répare un peu de tout, pourvu que ce soit en fer ou en bois. En ce moment : une marathon (voiture hippomobile pour compétition d’attelage), un porte-manteaux en fer forgé, des roues en bois...

Je ne parle que de cet atelier-là. Il y en a plusieurs, immenses...

Oswald participe activement aux réparations

Et nous voilà bien ! L’un des ouvrier nous a cassé le moyeu de la roue avant gauche ! Misi est furieux. Puisque c’est ça, le pauvre gars devra réparer les dégâts hors salaire. Ici, le patron nomme ses employés des « collaborateurs ». (Employé, ou ouvrier, ça doit être des gros mots...???) mais il ne leur fait pas trop de cadeau !
Pour nous, l’ennui, c’est que ça va encore retarder la remise en route !

Nouvelle catastrophe, Altaï semble bien malade. Température : 40°1 ! Il refuse de manger, il est tout camaud... Pas besoin d’être grand clerc pour deviner ce qui se passe. Tous les symptômes d’une belle piroplasmose.

On s’est fait prendre de court par le printemps, on n’a pas prévu à temps la prévention anti-tiques, et quand on s’est arrêtés près de Ptuj, une de nos dernières étapes Slovène, il devait y en avoir toute une colonie ! Je n’ai pas compté le nombre de tiques qu’on a retirés du corps de notre pauvre toutou, mais c’était vraiment beaucoup.
Bon, j’ai ce qu’il faut dans la roulotte. Une piqûre de carbésia arrangera l’affaire.
Jarnibleu !!! Impossible de remettre la main sur les seringues ! J’ai beau fouiller partout... Ça doit dater un peu, cette perte. Juste avant d’abandonner notre remorque, où était stockée notre pharmacie, nous avions eu un incident : la porte de la remorque s’était ouverte en cours de route, et nous avions joué au petit Poucet. Je croyais n’avoir perdu dans l’aventure que les comprimés d’eau de javel et le pot de vaseline. N’ayant pas eu besoin de seringue depuis, je ne m’étais pas aperçue de leur disparition. (En tout cas, je ne vois que cette explication qui soit plausible.)
Mais comment faire une piqûre sans seringue ? Et là, il y a vraiment urgence !
Oswald va donc à pied jusqu’au village, chez Misi, (2 km) pour lui demander de téléphoner à un vétérinaire. La fille de Misi se décarcasse : elle est obligé d’en appeler plusieurs avant d’en trouver un qui soit disponible.
Arrive l’homme de l’art, en compagnie de la fille de Misi qui va nous servir d’interprète : elle parle couramment l’allemand, tandis que le véto, en dehors du Hongrois, ne baragouine que quelques mots d’anglais, bien insuffisants en l’occurrence. Il a déjà fallu faire comprendre que piroplasmose et babésiose, c’est la même chose. D’ailleurs, pourquoi donc que ça s’appelle piroplasmose en français, puisque le sympathique petit protozoaire responsable de l’infection répond au doux nom de « babésia » ? Ben « piro » c’est la poire. Donc la piroplasmose, c’est une maladie transmise par une petite bestiole en forme de poire qui a la bonne idée de se balader dans la salive de certaine tiques. Cette bébête se prénomme « babésia » en l’honneur du microbiologiste Roumain Victor Babes. Tu t’en fiches pas mal ? Tant pis pour toi ! Oswald se moque souvent (gentiment) de mon âme d’institutrice.
Le vétérinaire ne connaît pas le carbésia et injecte à Altaï son propre produit (imizol). Nous comparons nos flacons : il s’agit bien de la même molécule ! Qui s’appelle « imidocarbe » en français, et « imidokarb » en hongrois (Apparemment, pour le produit hongrois, les labos ont choisi la première partie du nom, et pour le produit français, la deuxième partie.) Je me sens rassurée. Le véto me refile trois seringues neuves. Merci, merci...

12 Juin

Au boulot les gars !

Voilà ! Nos beaux boudins pneumatiques tout neufs sont posés.

Il a fallu enlever les étais en ferraille qu’Éric nous avait si soigneusement soudés au tout début de notre voyage, quand les lames de ressort avaient rendu l’âme et que nous avions décidé de nous passer de suspension.
Mais par sécurité, on les remplace par un tampon de caoutchouc pour le cas (très improbable, paraît-il) où un boudin viendrait à crever.

15 Juin

Pas de travail en fin de semaine, ce qui retarde encore un peu notre départ. On en a un peu assez de ce paysage de fourbi, ferraille et compagnie. Ça va deux-trois jours, mais à force...
Et par-dessus tout, on en a plus qu’assez des moustiques ! Les juments aussi. Elles sont harcelées nuit et jour.

Enfin, ça y est, cet après-midi, le moyeu cassé est remplacé.
Et puis il pleut ! Bienfaisant orage ! Après des jours et des jours où le thermomètre oscillait entre 30 et 32° à l’ombre, avec des nuits pas fraîches du tout, on respire de nouveau. La température est redescendue à 24°.

16 Juin

18 h : la roulotte est sortie du garage, fin prête pour un nouveau départ.
19 h : pour fêter ça, on se mange des petites galettes au fromage avec des tomates en vinaigrette.
20 h 30 : Au pieu ! Demain, faut décoller de bonne heure. Finies, les grasses matinées.

17 Juin : Püspökmolnári – Csipkerek 16,5 km

Nuages avec quelques coins de ciel bleu. Grand vent. Pas de moustique en vue. Fraîcheur bien agréable après la canicule.
Les juments ont maigri pendant leurs deux semaines de repos !!! Repos ? Pour elles, cette halte n’a pas été une sinécure. En dépit de l’émouchine, des huiles essentielles, et même du gasoil préconisé par Émile Brager dans son bouquin « techniques du voyage à cheval », les moustiques se sont bien régalés. Et puis franchement, la nourriture n’était pas terrible, même si on changeait de parcelle tous les deux ou trois jours, même si on complétait avec du foin et des branches d’arbres pleines de bonnes feuilles fraîches. On a même coupé des orties à la machete pour les leur donner légèrement séchées (elles en raffolent). Apparemment, ça n’a pas suffit.
Rassurez- vous, on ne leur voit pas encore les côtes. C’est en les harnachant qu’on s’est vraiment rendu compte de la chose...
Étape sans histoire. Incomparablement plus confortable avec nos belles suspensions toutes neuves. Et bien sécurisant de savoir qu’on ne risque plus guère de perdre une roue, et que le plateau tournant est redevenu solide. Un souci quand même : les freins avant ne répondent plus. Ici, on ne roule que sur du plat, ce n’est pas très gênant. Les freins arrières suffisent amplement. Mais il va falloir trouver un mécano avant de s’attaquer aux collines du nord du lac Balaton.

On traverse des forêts.

Une très belle rivière, au passage de laquelle notre appareil photo a décidé de se mettre en grève. Des champs cultivés (traités par hélicoptère, oui messieurs-dames, on a vu ça de nos propres yeux, respirez le bon air de la campagne !) mais toujours parsemés de haies et de bosquets, ce qui donne un paysage assez varié, pas trop désagréable.

Pas de souci pour trouver une halte. On avait prévu de chercher à partir de Csipkerek. Là, on s’est arrêté devant la mairie, où l’on nous a indiqué le terrain de sport, un kilomètre plus loin.

Oh ! Merveille ! De l’herbe verte ! Du trèfle en abondance ! Du pissenlit (la folie d’Océane) ! Pas un seul moustique en vue !
Océane et Noé ne décollent plus le nez du sol. HEUREUSES !

18 Juin : Csipkerek – Csehi : 6 km

Drôle d’étape ! Comme la plupart des villages hongrois, Csipkerek n’a qu’une route, avec des maisons de chaque côté. Village tout en longueur, donc. Nous parcourons 1,8 km pour en sortir, et là, juste à la fin du bled : un atelier de mécanique. On s’arrête. Miracle, la femme du mécanicien parle un allemand parfait. Elle nous sert donc d’interprète.

On dételle, on attache les juments sur le bas-côté sans les dégarnir. Le mécanicien se couche sous la roulotte pour purger les freins.

Sans résultat. Il soupçonne une défaillance de la pompe. Il veut la démonter. Ça risque de prendre un certain temps. Il est 9 heures. Le soleil commence à bien chauffer. Peut-être va-t-il falloir passer la nuit ici. On déniche un petit pré juste en face de la route. On monte la clôture, on dégarni les juments, on attache le chien près d’elles.

Parce que près de la roulotte, il y a la cour du mécanicien. Et dans la cour, deux molosses pas commodes aboient bruyamment contre Altaï qui répond gentiment en remuant la queue. Mieux vaut donc éloigner un peu notre toutou, si nous ne voulons pas subir tout la matinée ce duo musical canin.
Le mécano nous ramène la pompe vers 11 h 30 avec une moue sceptique. Elle est vieille et usée : faut avouer qu’on l’avait achetée d’occasion quand on avait fait mettre des freins à l’avant de la roulotte avant notre départ. (Elle n’était équipée que de freins arrières)
Il la remonte quand même. Aucun résultat. Il faut acheter une pompe neuve. Avec tout ça, il est plus de midi. Il ne fait pas une chaleur accablante parce que le vent souffle légèrement. Mais sur la route, le soleil cogne dur. Le goudron fond. (Oui, oui, c’est encore du vrai goudron qui fond au soleil !) Oswald se déchausse et marche pieds nus, pour tester. Ça brûle. On décide de repartir quand même, et on s’arrêtera au prochain village. On pose donc les clogs aux juments, qui étaient parties pieds nus ce matin. Et les clogs impriment leur jolie marque dans le goudron tout mou.
Village suivant, pas de halte possible. Il faudra attendre Csehi, où la tenancière de la coop accepte gentiment que nous nous arrêtions sur le terrain herbu qui jouxte le magasin.

Ouf ! Même pas de clôture à monter. Les juments tournicotent autour de Kaplumbağa sans s’y frotter. Super.

C’est juste à côté de la mairie, qui ne se signale que par la présence d’un drapeau hongrois.

Nous faisons la connaissance de Willi, un sympathique Autrichien, chauffeur de poids lourds à la retraite, qui a épousé une Hongroise, Erzsebét. Ils élèvent de très jolis poneys.

19 Juin

Hier soir, Oswald a démonté le maître cylindre de frein défaillant, et ce matin Willi nous emmène à Vasvár, où il connaît un magasin pièces voitures.
(Köszönöm Willi !)
Il faut savoir que c’est là ! Aucune enseigne ne l’indique.
On rentre. Modeste salle, disons environ 7 m sur 5. Un petit stock de pièces de rechange courante. Le jeune homme examine notre pompe, prend les mesures, et à peine 5 mn plus tard nous dit qu’il s’agit d’un maître cylindre de Lada Niva. Ce qui ne m’étonne pas outre mesure, puisque le Christian qui nous l’avait fourgué fait venir toutes ses pièces de Pologne. On peut commander ? Oui. Mais ça arrivera quand ? Cet après-midi, à partir de 16 h 30. Wouaouh ! Quand je pense au temps qu’il faut, en France, quand on commande une pièce, pour qu’elle daigne arriver !!!!
Juste à côté, un autre magasin, avec enseigne, celui-là. Des pompes funèbres. Un cousin de notre ex-président ?

Nous sommes invités à déjeuner chez Willi et Erzsébet (Elizabet en bochisant le prénom) Évidemment la conversation se fait en Allemand. Heureusement pour moi, Oswald prend la peine de me traduire de temps à autre ce dont il s’agit. Mais je m’aperçois que sans suivre vraiment tout, je commence à comprendre au moins de quoi il retourne, même si je suis incapable d’aligner deux mots dans cette langue.

Conseil aux voyageurs . Si on veut éviter les ennuis, il existe deux sujets absolument tabous : la politique et la religion. Oswald a le toupet de transgresser régulièrement ces deux tabous-là. Ça l’amuse beaucoup. Il adore la provoc’ !
Et... on ne l’a jamais regretté ! Ça nous fait prendre le pouls du pays, et ça permet des relations un peu plus en profondeur. Jusque là, tout s’est passé dans le plus grand respect de l’opinion d’autrui. L’humour permettant d’arrondir bien des angles.
Chez nos hôtes de ce jour, nouvelle transgression du Oswald : Les deux sujets seront abordés au cours du repas.
Willi et Erzsébet sont... mormons. C’est une religion qui manquait encore à notre collection ! Willi (73 ans) a reçu le baptême mormon en 2006. Il s’est converti grâce à sa Elizabet (c’est ainsi qu’il l’appelle, lui) Il nous montre le livre de Mormon et nous explique qu’il l’a lu entièrement en deux mois.
En fait le nom réel de cette religion (4ème religion chrétienne aux États-Unis) c’est « l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. » Ce fameux « livre de Mormon » tire son nom d’un dénommé Mormon, qui aurait vécu de 311 à 385 après J-C, et qui aurait rassemblé les annales de ses prédécesseurs pour en faire une compilation religieuse et historique. D’où l’utilisation des termes « mormon » et « mormonisme ».
Quant à la politique, nous parlons de ceux des Hongrois qui souhaiteraient quitter l’Union Européenne, et de la tentative de fermeture des frontières. Nous apprenons avec stupeur le grand projet hongrois : la construction d’un mur anti-migrants de 4 mètres de hauteur tout au long de la frontière avec la Serbie, sur 175 km de longueur. Un ministre Hongrois a déclaré que l’immigration devient un problème majeur pour l’Union Européenne. Il affirme que si les états membres discutent des diverses solutions possibles, la Hongrie, elle, ne peut plus attendre. Elle agit !
Il faut avouer que les chiffres donnent à réfléchir : en 2012, la Hongrie a reçu exactement 2157 demandes de réfugiés souhaitant résider dans le pays. En 2014, ce chiffre est monté à 43 000. Et depuis le premier Janvier 2015, on en est déjà à
50 000 ! Principalement des Afghans, des Syriens et des Irakiens.

L’après-midi, douche froide : le maître cylindre exactement semblable au nôtre n’existe pas en Hongrie. Il faut faire une adaptation. Et qui peut nous faire cette adaptation ? Misi ! Willi emmène donc Oswald jusqu’à Püspökmolnári. Misi estime que pour être sûr que ça ira bien, il faut lui remmener la roulotte. Ce qui nous met le moral dans les chaussettes ! Déjà, faire demi-tour, c’est pas marrant, mais remmener nos pauvres juments chez les moustiques, ça nous fend le cœur !
Comme le travail ne pourra se faire qu’à partir de Lundi, on restera ici à Csehi demain. On attellera dimanche pour retourner à Püspökmolnári.
Bon, en même temps, on n’est pas des victimes de DAECH, quand même. Pleurer pour ça, faut pas exagérer. Ben c’est pourtant ce que j’ai fait ! Heureusement, Oswald sait bien ce qu’il me faut dans ces cas-là : une bonne et longue balade dans la nature. Alors rassurez-vous, Je viens de mettre sur le feu une bonne soupe pomme de terre-carotte-courgette, avec en plus les chénopodes qu’on vient de cueillir. Pendant que je suis en train d’écrire, elle est en train de cuire. Et la bonne odeur qui monte dans la roulotte me retape le moral.

21 Juin : Csehi – Püspökmolnári 22,5 km

Le temps est idéal pour rouler : 18°, bon petit vent, mais pas trop, ciel bleu parsemé de beaux nuages (à donner envie de croquer dedans !) Les juments sont en forme.
La seule chose qui nous chagrine, c’est qu’on marche dans le mauvais sens. Faut c’que faut, que voulez-vous. (Gros soupir.) Le seul avantage, c’est que cette fois-ci, l’appareil photo ne se met pas en grève au passage de la rivière.

Bien que nous soyons dimanche, Misi se met au travail dès notre arrivée. Et lui-même, s’il vous plaît, ses « collaborateurs » étant bien entendu en congé. Il a tout de même déniché quelqu’un pour l’aider. C’est Tibor. Et il embauche Oswald, naturellement.

Quand aux juments, il leur a octroyé un emplacement tout près de la roulotte, cette fois. C’est un pré ouvert, et non plus un bosquet humide. Le vent souffle, par-dessus le marché. Les moustiques ne sont donc pas au rendez-vous. Ouf !!!

Mais... mauvaise surprise ! Le maître cylindre tout neuf, dûment monté, ne change rien au problème.
Test de l’étanchéité de la tuyauterie : impeccable.
Reste... les freins eux-mêmes. Décidément...

24 Juin

Hier (mardi) et avant-hier (lundi), attente. Pendant que Misi galopait à la recherche de freins.
On s’occupe en observant les moineaux, ravis de se baigner dans les flaques restées après la pluie.

En se préparant de bons petits plats.

En admirant le coucher du soleil.

Aujourd’hui, Misi est là. Il n’a pas trouvé de freins neufs. Juste des occasions, à la casse, qui n’ont pas l’allure trop sympathique. Mais il a trouvé des joints (neufs, ceux-là) pour essayer de réparer les nôtres. Au boulot !

25 Juin

On attelle et on fait quatre kilomètre pour tester la réparation. Miracle ! Ça fonctionne !
On demande à Misi combien on lui doit. "Rien du tout", nous répond-il. C’est gratos.
KÖSZÖNJÜK, MISI !!!!!

26 Juin : Püspökmolnári – Csehi 22,5 km

C’est reparti. Notre étape est toute trouvée : on s’arrêtera une nouvelle fois à Csehi, où nous attendent Willi et Erzsébet.
Jolis nichoirs, entre le lieu de stationnement de Kaplumbağa et leur maison.

Quelques remarques

  • Les abri-bus sont très jolis, et assez variés : chaque village construit le sien à sa façon !

On en a même vu un qui ressemble carrément à une petite maison.

  • Énormément de vélos. Les gens vont au boulot en vélo, font leurs courses en vélo... Près d’une usine assez importante, nous avons vu plus d’une centaine de vélos dans le lieu de stationnement réservé, pour peut-être cinq ou six mobylette. Un peu plus loin, le parking pour les voitures, quand même. En Slovénie, somme toute, le vélo ressemblait encore assez à un loisir. Ici, c’est vraiment le vélo utilitaire. On voit très peu de cyclistes « style coureur ». Et quels vélos ! Beaucoup de vieux zinzins sans changement de vitesse. Et même ceux qui en sont équipés sont rarement flambant neufs. Précisons que le salaire mensuel minimum en Hongrie est de 332,76 € par mois (chiffre de janvier 2015) Alors forcément, on comprend que la voiture n’est peut-être pas à la portée de tout un chacun.

  • Quand on apprend le hongrois, on apprend plusieurs mots en en apprenant un seul. Exemples : on retient le mot qui signifie « vétérinaire » (állatorvos), et on connaît en même temps le mot « animal » (állat) et le mot « médecin » (orvos) Ou bien un truc qu’on a découvert, qui se mange, et dont nous raffolons tous les deux. C’est une sorte de crème aigre, rien avoir avec ce qu’on appelle la crème en France. Disons que ça serait une espèce d’amalgame entre la crème, le yaourt et le fromage blanc. Difficile d’expliquer un goût ! En tout cas, ça s’appelle « tejföl ». Quand on connaît ce mot-là, on en connaît deux autres : « tej », le lait. Et föl « en haut ». Mais ce « en haut » n’est pas statique. Il y a derrière une idée de mouvement. Ce n’est pas « qui est en haut du lait », mais plutôt « qui est monté en haut du lait ». Notre vocabulaire s’étoffe aussi avec le nom des villes. Vasvár, par exemple, « la forteresse de fer », nous enseigne que « vas » signifie « fer », et que « vár » signifie « forteresse ». J’ai déjà expliqué le sens de Püspökmolnári.
  • Nous aimons beaucoup les trottoirs, séparés de la route par une large bande de gazon et des arbres. Ils sont conçus de la sorte dans tous les villages que nous avons traversés.

  • Tous les cimetières sont équipés de porte-bidons (bidons de récup’) pour permettre aux gens d’arroser les fleurs de leurs défunts.

  • Frère Jacques, Frère Jacques... Il n’a même plus pesoin de se réveiller, le pauvre frère Jacques ! C’est tout automatique ! Les matines à cinq heures de matin ! Et à toute volée ! Sacré réveil !
  • Puisque nous nous trouvons dans un ex-kolkhoze, nous avons posé quelques questions au sujet de la dé-collectivisation des terres après 1990, puisque à l’époque plus de 90 % des terres appartenaient à l’état. Ouille ! Aïe ! Sujet sensible ! Dans le principe, la loi est extrêmement séduisante : les terres restent en grande partie propriété de l’état, qui les loue pour une période variant de 5 à 20 ans à des agriculteurs désireux de s’installer. Certaines terres sont vendues, mais jusqu’en 2014, la Hongrie avait obtenu un moratoire lui permettant d’interdire la vente des terres aux étrangers. Ce qui n’a pas empêché que ce soit fait illégalement (cependant celui qui trempait dans ces transactions illicites était passible d’une peine de prison ferme de 1 à 5 ans) En 2012, un million d’hectares ont déjà été vendus en sous-main à des étrangers ! Viktor Orban, le chef d’état, déclare la guerre aux spéculateurs : les terres Hongroises resteront aux Hongrois. Bien entendu ça n’empêche pas les gros rapaces de vouloir se précipiter sur la manne, maintenant que 2014 est dépassé. Bien entendu, les prix des terres augmentent et deviennent hors de portée de bourse du petit paysan Hongrois. Nous avons rencontré un Hollandais, fort sympathique au demeurant, propriétaire de 1000 ha. Celui-ci a au moins le mérite d’habiter sur place et de cultiver lui-même son domaine. Il n’est pas du tout hors-la-loi, car l’état, depuis cette date (1er Mai 2014), autorise un étranger à acheter de la terre en Hongrie, à condition de prouver qu’il l’exploite lui-même, et qu’il vit à moins de 20 km de son exploitation. Bref, ou en étais-je ? Ah oui ! La location des terres par l’état. Donc quand l’état décide de mettre des terres en location, il lance un appel d’offre. Tout paysan intéressé peut postuler. Attention : pas plus de 300 ha par personne. On veut promouvoir l’agriculture familiale, petite et moyenne. Excellente idée. Sauf que... l’état loue les terres 80 € par hectare et par an. Les primes octroyées par Bruxelles peuvent varier de 130 à 200 € par hectare et par an. De surcroît, les revenus dégagés par les terres allouées sont dispensés d’impôts pendant 5 ans. De quoi attirer quelques convoitises !!! Et puis les lois peuvent toujours être biaisées. Exemples : Un berger veut louer ½ ha pour agrandir un petit peu ses pâturages. Raté ! La parcelle est allouée au maire du village voisin, qui a déjà 750 ha. Tout petit détail : le village fait partie du fief de Viktor Orban, et le maire est un fidèle partisan du chef d’état. Dans le département de Borsod, un premier contrat avec les agriculteurs locaux est annulé. Finalement, la moitié des terres est attribuée à seulement 3 personnes qui récupèrent chacune 500 ha ! (250 pour monsieur et 250 pour madame, pour rester dans la loi ??? Ça c’est mon petit commentaire personnel, j’en sais rien du tout !) Le maire de la commune où Viktor Orban a passé son enfance s’est vu octroyer 1250 ha !

J’arrête là. Ça vous donne une petite idée.
L’opposition prétend, parait-il, que 80 % des bénéficiaires sont des soutiens de Viktor Orban. Elle assure qu’on est en train de construire une sorte de système plus ou moins féodal, qui favorise une caste de petits seigneurs fidèles au pouvoir en place, en échange de certaines faveurs. Ils vivent dans de belles villas autour de Budapest, et distribuent benoîtement de petits emplois aux paysans privés de terre. Admettons que l’opposition exagère quelque peu. Mais quand même...
Bien entendu, ça rouspète. Et même, ça rouspète assez fort. Les partis écologistes protestent vigoureusement : On doit louer les terres aux résidents, aux jeunes couples, aux familles paysannes. Pas aux rentiers !
Viktor Orban se défend en rétorquant que la Hongrie a besoin de grands investisseurs millionnaires Hongrois si on ne veut pas que les terres tombent dans les pattes des étrangers.
Ah ! La politique …

Après tout, je m’en lave les mains...

Anne, 27 Juin 2015

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