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L’Aimée Marécageuse 16/05/2015

Premier Mai

Urša nous emmène visiter Ljubljana... Passionnante visite guidée : Urša fréquente l’université de lettres de Ljubljana et connaît bien sa ville.
Mais pourquoi l’aimée marécageuse ? Une idée qui m’est passée par la tête, comme ça, en raison de l’étymologie controversée de ce nom étrange : « Ljubljana ». Pour toi, lecteur français, voici comment tu dois prononcer ça : « lioubliana ». Pas trop difficile ? Répète un peu, pour voir...
Ça pourrait venir d’un mot slave : « Laburus ». Ne me demande pas ce que ça signifie, j’ai pas trouvé.
Ou alors du mot latin « aluviana », suite à une inondation géante.
Ou encore de « laubac » qui signifie marais.
Mais certains ont avancé un autre mot slave : « Luba », c’est à dire : aimée.
Voilà pourquoi j’ai inventé l’aimée marécageuse. Je ne suis pas qualifiée pour me lancer dans la polémique des étymologistes patentés. Je trouve juste que ça fait joli.

En effet, Ljubljana est située sur une plaine alluvionnaire. La Lujbljanica, rivière qui traverse la ville, va se jeter dans la Save non loin de là. Les premières peuplades qui vivaient ici, deux mille ans avant J-C, vivaient au milieu de ces marécages, dans des maisons de bois bâties sur pilotis. Ils n’avaient pas encore eu l’idée de construire des digues pour emprisonner les rivières...
Ces peuplades vivaient principalement de la chasse, de la pêche, mais des balbutiements d’agriculture ont vu ici le jour. Elles se déplaçaient à l’aide d’embarcations creusées dans des troncs d’arbres. Mais ce lieu était aussi un bon point de passage pour de nombreuses populations. Et dans ces conditions, arriva ce qui devait arriver. Le territoire est d’abord colonisé par les Vénitiens (le mot « Slovène » est d’ailleurs une contraction de « Slave » et de « Vénète ». Après quoi arrive par la tribu illyrienne Yapodi. Puis par une autre tribu, celte cette fois : les Taurisci au IIIe siècle av. J.-C.
Et après ? Incontournables ! Les Romains, bien sûr. Incapables de rester tranquillement chez eux, ceux-là. Durant le Ier siècle av. J.-C. Il bâtissent le castrum d’Emona. Ce fort retranché est occupé par une Légion.
Le nom romain de la ville était donc « Emona ». Des vestiges romains, il en reste pas mal, à commencer par cette porte.

Le centre ville de Ljubljana est totalement interdit aux voitures. C’est pourquoi Urša a garé la sienne quelque part à la périphérie. Elle nous fait pénétrer dans sa ville chérie par la porte romaine, tout en nous expliquant qu’elle sert de mur d’escalade. Aux beaux jours, les étudiants grimpent dessus pendant la pause déjeuner pour y pique-niquer.
Nous longeons les anciennes murailles romaines.

Avec de beaux vestiges. Dont des thermes.
D’ailleurs, en ce moment, le grand musée de la ville présente une exposition sur la période romaine.

Puis nous flânons dans les rues, presque désertes à cette heure matinale. D’autant plus désertes que nous sommes le premier Mai. Les gens en profitent pour faire la grasse matinée !

Urša nous dit que l’été, Ljubljana est une ville très animée. Beaucoup de spectacles : théâtre, musique, danse, opéra. Expositions peinture et sculpture. C’est également une ville universitaire bien vivante : un habitant sur sept est un étudiant ! La ville (un peu plus de 280 000 habitants) comprend 22 facultés.
Une importante bibliothèque nationale est le lieu sacré des étudiants qui viennent s’y documenter et y travailler. Nous avons remarqué pas mal de belles portes, mais celle de la bibliothèque retient forcément notre attention : les poignées sont des têtes de chevaux !

Nous flânons sur une place où les touristes commencent à pointer le bout de leur nez. En levant la tête, nous admirons le château (construit entre 1485 et 1495), à la tour duquel flotte le drapeau Slovène. Le château du dragon !

Vous connaissez légende grecque dans laquelle le héros Jason et ses Argonautes auraient trouvé la Toison d’or en Colchide ? Non ? Mais qu’est-ce qu’on vous apprend à l’école ??? Ah là là, j’vous jure ! L’éducation n’est plus ce qu’elle était ! Bref, je ne vais pas vous la raconter ici, ce n’est pas sa place. Si j’en fais mention, c’est parce qu’à leur retour, Les Argonautes se seraient dirigés vers le Nord en longeant le Danube. Pas trop pressés de retourner vers leur mer Égée, à ce qu’il paraît. Quittant les berges du Danube, ils auraient remonté son affluent la Save, puis la Ljubljanica jusqu’à sa source. Après quoi seulement ils auraient démonté leur bateau, l’auraient transporté jusqu’à la mer Adriatique pour enfin retourner chez eux. Mais entre temps à l’emplacement de l’actuelle Ljubljana, les Argonautes découvrirent un immense lac entouré de marécages. C’est là que Jason se battit contre un féroce dragon et le terrassa. Ce dragon est aujourd’hui présent sur le blason de la ville.

Plusieurs dragons ailés ornent le pont des Dragons, construit entre 1900 et 1901. Il paraît que certains, dans la région, surnomment ce pont « Belle-Mère », en raison de l’effrayante présence de ces dragons. Décidément ! Existe-t-il un pays quelque part dans le monde où les pauvres belles-mères n’aient pas si mauvaise presse ? (Étant moi-même plusieurs fois belle-mère, vous pensez si ça m’intéresse !)

Outre le pont des Dragons, Ljubljana compte deux autres ponts au-dessus de la rivière Ljubljanica

Dont l’un nous a bien étonnés : des centaines de cadenas y sont accrochés. Ce sont les amoureux qui les fixent ici en gage de leur amour, et jettent la clef dans l’eau.

Oh ! Anne et Oswald !! Vous n’êtes que deux vieux ringards ! Vous sortez d’où ? Pas la peine de vous fiche de la tête des pauv’z-ignares qui ne connaissent pas l’histoire des Argonautes. Vous feriez mieux de vous intéresser un peu moins à un passé dépassé, et un peu plus à ce qui se passe aujourd’hui et maintenant ! C’est pas à Ljubljana qu’on a inventé ce truc-là ! Vous ignorez donc qu’à Paris, ça se fait aussi ? Mais vous sortez d’où, péquenots ??? Vous écoutez jamais les infos ? Vous ne savez donc pas qu’un grillage du pont des Arts, dans notre belle capitale, s’est effondré sous le poids des trop nombreux cadenas ? La mairie de Paris tente d’inciter les amoureux à se prendre en photo et à envoyer cette photo dans un site spécialement dédié à ça sur Internet. Ça pèse moins lourd.
Ah bon ? Ben on en apprend tous les jours. C’est que Paris... bof... On n’y met pas trop souvent les pieds, vous savez !

Il n’a pas un nom très ragoûtant, ce pont, d’ailleurs : le pont des Bouchers. Tout bêtement parce qu’il a été construit à l’emplacement de l’ancienne halle des bouchers. Tout récemment, d’ailleurs : il date de 2010. Mais à cause des cadenas, les habitants de Ljubljana le nomment le pont de l’Amour. C’est quand même plus joli, non ?
Mais l’Amour et les mignons cadenas contrastent fortement avec ces superbes sculptures, tout à fait contemporaines et passablement effrayantes. (Leur sculpteur se nomme Brdar) À un bout du pont, un bizarre Prométhée à longue queue. À l’autre bout, un couple étrange qui rappelle le poème romantique de Prešeren, le plus célèbre des poètes Slovènes : une très belle et très prétentieuse Urška a été priée par Podvoni Mož, l’Homme de l’Eau, qui vivait sous la rivière, à danser avec lui. Très fière d’avoir été choisie entre toutes, elle a accepté l’invitation. Mais Podvoni Mož l’a entraînée sous l’eau et on ne l’a jamais revue. Gare à vous, jeunes filles trop fières de votre beauté !

Et le long de la berge, des petites sculptures représentant des petites bestioles...

On passe devant le très célèbre théâtre de marionnettes de Ljubljana, connu paraît-il dans le monde entier. Vous n’en avez jamais entendu parler ? C’est que vous n’êtes pas marionnettiste, voilà tout.

L’heure tourne, et Ljubljana se réveille. Beaucoup de touristes. Les rues, les places et les cafés se remplissent de monde.

Tiens ? Quel raffut ! Je croyais qu’on ne travaillait pas le premier Mai ? Mais là : des rues en plein chantier ! Urša nous explique que le maire a promis la fin des travaux pour une certaine date, et qu’il tient à tenir sa promesse. Donc, on bosse tous les jours !

Les drapeaux de la Slovénie sont assez nombreux.

Assez souvent accompagnés quand même, du drapeau Européen.

Il faut dire que les Slovènes ont toutes les raisons du monde d’arborer fièrement le symbole de leur pays : ils se sont pratiquement toujours trouvés sous la domination d’autres nations. Leur indépendance ne date que de 1991.

Alors, vous pensez bien qu’ils y tiennent.
Parce que après les Romains, ça n’a pas été fini. La ville d’Emona, qui comprend environ 5000 habitants est détruite en 452 par les Huns menés par Attila. Ensuite par les Ostrogoths. Et encore par les Lombards. Pauvre Emona ! C’est une belle ville, pourtant : les maisons de briques, très colorées étaient déjà connectées du temps des Romains à un réseau d’égouts.
C’est au VIe siècle que le peuple des Slovènes s’y installe. Ouf ! Un peu de tranquillité pendant... environ 300 ans, quand même. Mais au IXe siècle, les Slovènes tombent sous la domination des Francs. Et par-dessus le marché, ils subissent de nombreuses attaques hongroises.
En 1144 apparaît pour la première fois dans un document le nom de la cité : Luvigana.
Et c’est en 1220, que la cité obtient son statut de Ville. Elle peut désormais frapper sa propre monnaie. Mais en 1278, (décidément, les hommes aiment à guerroyer pour s’approprier de nouveaux territoires) la ville est conquise par les Habsbourg et devient Autrichienne, sous le nom de
Laibach. Elle y restera jusqu’en 1797.
Du coup, Napoléon n’est pas du tout considéré en Slovénie comme un envahisseur, mais comme un libérateur ! Les Slovènes aiment Napoléon ! C’est lui qui les a libérés du joug Autrichien.

Ouais, ben ça n’a pas duré si longtemps que ça. Paf ! en 1815 la ville redevient autrichienne !
En 1918, la région rejoint le royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Durant la Seconde Guerre mondiale, la ville est occupée par les Italiens, qui en font le chef-lieu de leur province de Ljubljana. En 1943, après la capitulation italienne, Lubljana est occupée par les Allemands. La ville est alors entourée de plus de 30 km de barbelés ! Après la Seconde Guerre mondiale, la ville devient la capitale de la République socialiste de Slovénie en intégrant la Yougoslavie. Jusqu’à (enfin !) l’indépendance du pays en 1991. Depuis, elle est devenue la capitale de la Slovénie qui a intégré l’Union européenne en 2004.
Ouf ! Tout ça pour vous expliquer pourquoi les Slovènes ont bien le droit d’afficher ostensiblement leur drapeau, avec la montagne, la mer, et les trois étoiles symboles de leurs anciens comtes.

L’architecture est assez variée, bien influencée par l’Autriche, quand même.

Sauf la banque, résolument moderne, hideuse et parfaitement internationale.

Parlant d’architecture, voici l’opéra de Ljubljana.

Vous n’échapperez pas aux tags, marotte d’Oswald. Nous en avons trouvé quelques-uns ici qui sortent de l’ordinaire.

Dont un qui n’est pas peint mais tricoté.

Ça c’est de l’art des rues. Pardon. « Art des rues », ça ne fait pas très « in ». Disons du street art. Ça fait plus chic. Le tricot-graffiti. Oups. Encore pardon. Le yarn bombing. Bon, ici, à Ljubljana, on n’en a vu que deux. Il paraît qu’il y a de par le monde des villes où ça sévit sérieusement. Eh ! Jeune tricoteuse en herbe ou vieille tricoteuse aguerrie, ça te dit de devenir une dangereuse délinquante ? Le 11 Juin prochain, ce sera le « yarn bombing day ». Alors aiguise tes aiguilles, et ce jour-là, bombarde ta ville, ton village, ton hameau, ou les piquets de clôture de ta ferme isolée dans la cambrousse avec tes plus beaux tricots.

Et puisqu’on se promène sur le chemin des arts, voici quelques exemples pris au hasard des rues.

« Dis-nous, Urša, c’est quoi, ce petit véhicule vert qui se balade impunément dans cette ville interdite aux voitures ?
- Ça ? C’est un Kavalir. Un véhicule électrique qui transporte gratuitement les personnes dont les bras sont chargés des achats effectués ici jusqu’à leur voiture. »

Pour les flemmards de la marche à pied, des vélos sont mis à disposition.

Sur cette place les yogi Slovènes viennent régulièrement pratiquer...

Nous nous arrêtons un bon moment devant le parlement pour admirer les statues nues qui représentent le labeur des humains.

Urša nous emmène chez une amie qui tient un magasin de petites choses traditionnelles Slovènes. La jeune commerçante parle un français presque parfait. Elle nous présente un art paysan tout à fait original : les panneaux de ruches peints. Les paysans avaient pour coutume de peindre sur le panneau par où se faufilent les abeilles des petite scènes délicieusement naïves, qui parlent de l’homme, de ses activités, de ses réflexions, de sa foi, de ses loisirs, de ses sentiments... Les ruchers étaient de véritables petites galeries d’art en plein air ! On estime qu’il existe environ 50 000 exemplaires de ces panneaux peints, dont 3000 sont conservés dans des musées. On a recensé au moins 600 motifs différents. Le plus ancien exemplaire connu date de 1753. Cette coutume a duré jusqu’à la fin du 19ème siècle. Pourquoi s’est-elle éteinte ? C’est bien dommage ! Je suis sous le charme. Ça me donne des idées pour ma ruche. (Mes petites abeilles vont bien : j’en ai des nouvelles par Isabelle, qui habite notre maison le temps de notre voyage, et qui prend soin des chats, des poules, et d’Athéna, ma vieille jument chérie, avec l’aide de l’ami Michel. Merci Isabelle !)

Comme dans toutes les villes du monde, il y a des mendiants. Mais ils ne sont pas assis sur un trottoir avec une sébile devant eux. Ils nous abordent debout, face à nous, et quémandent avec un toupet incroyable ! Nous préférons réserver notre menue monnaie pour les musiciens de rue qui ont au moins le mérite de faire quelque chose.

Et plus original, comme petit métier de rue : des frappeurs de monnaie.

Comme il faut bien se restaurer, Urša nous entraîne vers l’un des plus anciens restaurants de la ville, dans lequel les serveurs travaillent vêtus du costume traditionnel du pays. Il est doté d’une telle réputation qu’il est bondé. On nous dit d’abord qu’il aurait fallu réserver à l’avance, mais au moment où nous allions sortir, un peu déçus, l’un des serveurs vient dire qu’une table s’est libérée.
Du coup, nous ne le sommes pas du tout, déçus ! L’ambiance est remarquable, et la nourriture savoureuse !

Merci, Urša, de nous avoir accompagnés tout au long de cette belle visite !
Au revoir, Ljubljana !

Anne, le 16 Mai 2015

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