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La Ville dans l’eau 15/04/2015

Ah Venise ! Venezia ! Venexia ! (dans le dialecte local).
Moi qui ne suis pas une visiteuse de villes très enthousiaste, j’avais tout de même toujours pensé que j’aimerais voir Venise au moins une fois dans ma vie.
Voilà qui est fait.
Grâce à Romeo, qui s’est occupé d’Océane, de Noé et d’Altaï pendant ces deux journées où nous avons joué au touriste ordinaire.

Premier Avril

Mario, un ami de Romeo, nous a conduit en voiture jusqu’au train, gare de Castelfranco. Il se trouve que lui aussi allait à Venise ce jour-là, en compagnie d’un ami.

Le temps s’est mis de la partie. Ciel bleu et douceur. Printemps.
Mario s’inquiète de ce que nous n’avons pas réservé de chambre d’hôtel. Tout de même, c’est le week-end de Pâques, et cela risque d’être un peu compliqué. Donc, dès notre arrivée, nous nous rendons dans une agence pour trouver une chambre. Pas de problème. La charmante jeune femme qui nous reçoit nous demande nos pièces d’identité. Merde ! Nous n’avons pas amené nos passeports, de crainte de les perdre. Ils sont restés dans la roulotte. « Si vous payez avec votre carte visa, pas de problème, assure l’hôtesse tout sourire. Mais il faut que vous inscriviez ici nom, prénom, adresse et date de naissance. » Ouf ! Nous payons la chambre, et nous réservons par la même occasion deux places sur un bateau pour visiter demain matin les trois îles de Murano, Burano et Torcello.
Nous commençons la visite par le Ghetto, en compagnie de Mario et de son ami, mais très vite, nous nous séparons : nous n’allons pas du tout au même rythme, et nous préférons découvrir par nous même l’ambiance de la ville et nous en imprégner.
Mais la première chose que nous devons chercher... c’est la boutique d’un photographe ! Au bout de trois photos, la batterie a rendu l’âme ! Nous n’avons pensé ni l’un ni l’autre à vérifier la charge avant de partir ! On finit par trouver. C’est pourquoi vous aurez droit à une avalanche de photos.
Nous sommes tout de suite saisis par la magie de Venise. Pas de voiture. Pas de fils électriques qui traversent les rues dans tous les sens comme de gigantesques toiles d’araignée. Pas de publicité, hormis les annonces des événements artistiques : expo peintures, concerts, etc... Nous nous attendions à être incommodés par le vacarme des bateaux motorisés. Eh bien pas du tout ! Leurs moteurs sont extrêmement silencieux, et troublent à peine le calme de la cité. L’eau des canaux est claire, et aucune mauvaise odeur ne vient nous incommoder.

Incontournables : les gondoles. Luxueuses. Trop chères pour que les Vénitiens les utilisent encore comme moyen de transport. Réservées aux touristes ou aux grandes occasions ! On a entendu chanter un seul gondolier. Et avec une belle voix, ma foi.

Nous apprenons que depuis la chute de la République (1797), l’obligation (que faisait respecter la Magistrature des Eaux) pour les Vénitiens de nettoyer les canaux pour les désenvaser s’était perdue, ce qui avait réduit la profondeur de ces canaux du centre historique. Depuis quelques années, la municipalité fait procéder de nouveau à ce curage, d’où peut-être notre agréable surprise par rapport à ce que l’on avait entendu dire.
Toute la citta, d’ailleurs, est très propre. Nous voyons plusieurs personnes ramasser consciencieusement la crotte de leur chien dans le petit sachet adéquat. (Il paraît que l’amende est très salée !)
Nous nous faufilons à travers les ruelles minuscules,

nous longeons les canaux, nous nous penchons sur les ponts.

Nous dénichons un petit restaurant loin de la place San Marco où tout est hors de prix (on nous a bien prévenus !)
Des mendiantes voilées, agenouillées dans une pose de supplique. On distingue difficilement leur visage. Nous n’avons pas volé leurs photos : elles ont été prise en échange d’une petite pièce.

Des masques, des masques, partout des masques. Bien sûr, Venise est la ville des masques... Mais à ce point là !!!

Un peu partout flottent des drapeaux vénitiens.

Je suis intriguée. On m’avait dit qu’il était interdit d’arborer la bannière de Venise sans la présence à son côté du drapeau Italien. L’Italie craint les revendications d’indépendance ! Oswald pense que ce sont des racontars. Pas du tout ! La loi était bien telle, jusqu’à un référendum de l’année passée. Désormais, il est toléré de hisser l’étendard de Venise seul. Sauf pour les manifestations officielles où il est obligatoire de hisser trois drapeaux : le vénitien, l’italien, et l’européen. Chose que nous voyons d’ailleurs aussi assez couramment.
Ce qui est formellement interdit, par contre, c’est de laisser flotter le drapeau de guerre !
En temps de paix, le lion tient sa patte posée sur une bible, ouverte à la page de l’évangile selon Saint-Marc. En temps de guerre, le lion brandit une épée !

La place San Marco ?

Mais oui, je suis une barbare ! Fort sensible à la beauté architecturale des yourtes, des igloos ou des cases africaines, voire des maisons de terre colorées du Yemen. Indifférente et même vaguement écœurée devant les fioritures, dorures et tarabiscotages des pompeuses demeures des gran signori Vénitiens. La grandiloquence torturée des cathédrales m’exaspère.

Et le palais des doges ! Ce n’est pas plein de prétention, ça ?

Ce qui est fascinant, dans l’architecture Vénitienne, ce n’est pas le visible, mais l’invisible : le monde du dessous.
Les îlots de la lagune de Venise, composés de matériaux alluvionnaires, ne permettaient pas la construction traditionnelle car le sol humide et instable ne pouvait supporter le poids des bâtiments. Les Vénitiens ont donc construit leur ville en enfonçant des pieux en chêne, en mélèze et en aulne dans le sol sablonneux. Sur ces fondations, ils ont bâti des maisons et des palais et ont entamé un combat acharné contre le mouvement continuel des marées. Les pilotis permettaient la construction au-dessus de l’eau. On les enfonçait dans le sol afin de leur faire porter une plate-forme constituée de madriers solidement attachés les uns aux autres, consolidant et nivelant le terrain.
À titre d’exemple : rien que pour construire la Basilique Santa Maria della salute, il a fallu utiliser
1 006 657 pilotis de 4 mètres de long, en chêne, aulne et mélèze. Vous imaginez le pillage des forêts, pour construire toute Venise ? Et ça continue pour l’entretien !

Le fameux campanile si connu qui a fait le tour des cartes postale ne nous frappe pas par son esthétique. Nous apprenons d’ailleurs (nous ne le savions pas, ignares que nous étions) que ce campanile n’est pas celui d’origine. Le premier s’est effondré brusquement, sans raison connue, le 14 Juillet 1902. Victimes ? Un chat. Nous avons retrouvé des photo du drame :

Le nouveau, celui que nous avons devant les yeux, a été construit en 1912.

Ben non, vous voyez, la place San Marco ne m’a pas du tout enchantée. Aucun battement de cœur. J’ai trouvé les pigeons mignons, mais ni plus ni moins que dans toutes les villes. J’ai passé plus de temps à admirer les goélands. Bavards et peu farouches.

Pourtant, allez savoir pourquoi, les antiques maisons aux crépis délabrés me touchent. Non qu’elles soient belles. Elles ont simplement l’air de très vieilles femmes désireuse de raconter leur histoire.

Et Venise n’échappe pas aux tagueurs !

Nous décidons de nous rendre à notre hôtel, pour y laisser le sac à dos que se coltine le pauvre Oswald.
Mais là... On nous chante une autre chanson ! Nous avons beau avoir payé notre chambre, il n’est pas question de nous laisser dormir ici si nous ne pouvons pas présenter une pièce d’identité. Nous sommes atterrés. La gentille hôtesse de l’agence nous avait dit qu’il nous suffirait de décliner notre identité sur un bout de papier, comme elle l’avait fait, elle. Non, non et non. Ça ne se passe pas comme ça : l’hôtel est tenu de garder une trace. Qu’allons-nous devenir ? Nous faire rembourser et coucher sous un pont ? La réceptionniste rigole et croise les mains pour nous faire comprendre que nous risquons de finir menottés. Bah ! Une nuit en prison à Venise, ce serait folklorique, comme aventure !
Eh bien... Vive l’informatique ! Nous téléphonons à Roméo pour lui demander de fouiller dans la roulotte. Je lui explique où se trouvent nos passeports. Il les photographie, et envoie la photo par mail à l’hôtel. Voilà. Ils ont leur trace, ils sont contents. Nous aussi : chambre n° 11. Nous y montons, nous nous reposons une petite demi-heure, et nous repartons flâner en ville sans notre sac à dos.
Nous longeons la lagune pour repérer l’endroit d’où partira demain notre bateau.

Rigolo : les troupeaux de touristes suivent leur guide. Chaque guide est armé d’un chiffon coloré au bout d’un bâton, qu’il brandit très haut afin que l’égaré puisse le repérer. À chacun sa couleur !

Bien sûr, des bateaux partout, et des constructions humaines sur la moindre parcelle de terrain où c’est possible ! Difficile d’imaginer ce que pouvait être le paysage avant que l’être humain n’y pose sa grosse patte. Et même avec des hommes, c’était quoi, Venise, avant Venise ???
On sait que dès 1300 avant J-C, un petit peuple indo-européen s’est installé dans les îlots de la lagune. Le nom de ce peuple ? Les Vénètes ! Ils vivaient là, bien tranquilles, en petites communautés paisibles. Et puisque tout était si paisible, pourquoi vivre sur les îles ? Ce n’était pas plus mal de se replier vers la terre ferme. Mais voilà ! Les barbares arrivent ! Pillant et incendiant tout sur leur passage. Vite, vite, nos Vénètes retournent se réfugier sur leurs îles. Ça, c’était au
V ème siècle.
Ils s’installent d’abord à Torcello au Nord et à Malamocco au Sud. Puis s’allient avec les Byzantins qui avaient réussi à prendre le contrôle de l’Italie. Bon, comme la situation devient un peu moins guerrière, on peut se mettre à construire des églises. À tour de bras ! (Aujourd’hui : 123 églises à Venise, avis aux amateurs de visites de lieux sacrés.)
Et on déniche un site facilement accessible qui servira comme lieu d’échanges : le Rivo Alto, devenu Rialto, préfiguration de l’actuelle Venise, qui embryonnera au tout début du IXème siècle, alors que les armées de Charlemagne déferlent sur la région.

Mais, ah ! ah ! Voilà que les Vénitiens s’enrichissent, d’abord grâce à l’exploitation du sel à Chioggia, tout au sud de la lagune, puis grâce à l’établissement de comptoirs sur tout le pourtour de la Méditerranée. Donc les Byzantins, hein, on commence à en avoir un peu assez de leur influence ! On est riche, on tient la mer, on arme des bateaux ! Alors qu’est-ce que c’est que ce Byzance qui veut nous imposer ses lois, et même son Saint Théodore, là ? Si on avait son propre Saint, ça ferait quand même plus autonome, dites donc ! Quel Saint ? Ben Saint Marc, pourquoi pas, puisque c’est lui qui était venu évangéliser les Vénètes au cours du premier siècle. Ouais, tout ça c’est bien joli, mais pour avoir la protection d’un saint patron, faudrait peut-être commencer par récupérer son squelette. Ah ? Vous ne saviez pas que les os d’un Saint possèdent un puissant pouvoir protecteur ? Il faut croire que c’est le cas, vu les risques qu’on a pris pour aller les chercher, ces fameux os. À Alexandrie, qu’il se trouvaient ! Et c’est là-bas que deux marchands Vénitiens sont allés les chiper ! Je vous fais grâce des détails de l’aventure, ça pourrait faire un roman d’au moins trois cent pages. Bref, quand on a récupéré des os de Saint, il faut leur construire une basilique autour. Et une somptueuse, si possible. Des fois que le Saint vous reprocherait votre pingrerie !

N’empêche. À l’embouchure du grand canal, le lion ailé de Saint Marc se campe fièrement en haut de sa colonne.

Mais on trouve quand même aussi, lui faisant vis à vis, un superbe Saint Théodore domptant un monstre (un crocodile ?)

On ne sait jamais... Deux saints valent peut-être mieux qu’un pour protéger la ville.

En tout cas, très fiers de leur indépendance, bien conscients qu’ils n’ont pas grand chose à gagner en se tournant vers la terre, les Vénitiens se jettent à corps perdu dans le développement de leur flotte... et font des affaires en or. Le commerce, c’est très beau. La guerre ? Un peu dangereux, mais ça peut rapporter gros... si on y envoie les autres ! C’est comme ça que la petite Venise va prendre une dimension mondiale (enfin, mondiale pour le monde du Moyen-âge, s’entend !) Pas difficile : la mode est aux croisades. Donc, au début des années 1200, les Vénitiens louent leur flotte aux Croisés. Ça fera rentrer des sous sans aller se faire tuer soi-même. Problème de taille : des sous ? Les Croisés n’en ont pas ! Mais les Vénitiens ne sont pas fous : pas de sous, pas de bateaux pour vous transporter en Terre Sainte. On veut être payés d’avance. C’est pas compliqué : allez donc piller Zara (l’actuelle Zadar, en Croatie) ! Et voilà la pauvre ville de Zara envahie de pillards, qui sur leur lancée, en oublient la Palestine, et foncent vers Byzance. Piller Byzance ! Rien que ça ! Le vieux Doge de Venise se frotte les mains : la bonne affaire !
Et c’est ainsi que débute la puissance de Venise, qui va durer pratiquement 4 siècles. Avec des revenus égaux à ceux des royaumes de France et d’Angleterre.
Mais la découverte du nouveau monde relègue quelque peu les Vénitiens. La boussole fait naître de nouveaux pays marins. L’Espagne et le Portugal montent en puissance, et pour comble, l’empire Ottoman s’empare de presque toutes les possessions de Venise. Une consolation ? Venise devient la capitale mondiale... des plaisirs !
Et devinez qui a mis fin à la belle et fière indépendance de Venise ???
Napoléon ! Qui livre Venise à l’Autriche en échange de la Belgique (1797, pour les amateurs de dates) La domination autrichienne sur Venise et la Vénétie s’est terminée en octobre 1866, date à laquelle Venise est devenue un chef-lieu de province italien et l’un des hauts lieux du tourisme mondial.

Allez, j’arrête de vous bassiner avec l’histoire. Reprenons notre propre promenade.
Tiens tiens, y’en a qui pestent après la mafia ! Le Sud de l’Italie ne lui suffit donc plus, à celle-là ?

Kiosques à souvenirs pour touristes à tous les coins de rues.

Nous aurions bien aimé aller écouter du Vivaldi. Il est né à Venise, après tout, cet Antonio-là. Mais les concerts se jouent trop tard. Demain, nous devons nous lever tôt pour ne pas louper notre bateau.
Nous aurons quand même notre mini (très mini) concert pour nous tout seuls. Un jeune violoncelliste joue dans une ruelle. Il n’est pas mauvais du tout, le bougre ! Les touristes lancent une pièce dans le berceau du violoncelle, sans prendre le temps de s’arrêter pour écouter. Nous nous arrêtons. Sourires. L’instrument possède une belle voix profonde. Mais notre concert privé est brusquement interrompu par un autre concert. Vacarme assourdissant, celui-là : des volées de cloches ! Ah, ces cloches ! On n’entend qu’elles d’un bout à l’autre de l’Italie ! Pour un oui ou pour un nom, ça se met à carillonner ! Y compris à des heures indues. Elles refusent de laisser tranquillement dormir les braves gens ! Le pauvre violoncelliste hausse les épaules, nous lance un sourire désolé, et range son instrument.
On rentre quand même dans une église aux parures tarabiscotées, pour voir de nos propres yeux. Une nous suffira.
Nous préférons nous imbiber de l’atmosphère vespérale pour cheminer lentement en direction de l’hôtel. Nous nous arrêtons manger dans un petit restaurant, pour déguster LE plat vénitien que nous a chaudement recommandé Luciano : les « sarde en Saor », sardines marinées avec des petits oignons. Et c’est véritablement un délice.
À l’hôtel, alors que nous sommes épuisés et que nous n’avons plus qu’une idée : dormir ! un touriste anglais peu discret, installé dans la chambre d’à côté, nous fait assister d’une voix tonitruante à sa peu discrète conversation téléphonique !

2 Avril

Réveil à 6h30. Nous devons prendre le bateau à 9h pour la visite des trois îles, et notre hôtel se trouve assez loin de l’embarcadère. Flâner dans Venise à l’aurore...

Très beau temps, mais quelque peu frisquet ! Ô désespoir ! Oswald a perdu son bonnet ! Il l’a probablement oublié hier soir au restaurant. Et il est très très frileux de la tête, mon Oswald. En plus, je lui impose une sortie en bateau... Il angoisse. Il a par avance le mal de mer. Mais elle est toute tranquille, la mer... « Justement, c’est ce doux balancement tranquille qui me fiche la nausée. »
Très peu de touristes, à cette heure-ci. Mais Venise au travail ! La Venise des Vénitiens : bateau, boulot, dodo.
La Venise de la propreté, poubelles évacuées par mer,

celle des livreurs,

celle des travaux

Nous prenons notre petit déjeuner dans un snack apparemment fréquenté par les ouvriers Vénitiens : moins cher qu’un bar à touristes !
Et finalement, sur le quai de la lagune où les éventaires à souvenirs sont en train de se monter les uns après les autres, nous trouvons pour Oswald un beau bonnet noir, et marqué « Venezia », s’il vous plaît. Pour 6 €.
Nous pouvons donc attendre le bateau.

Pauvre Oswaldito ! Il tremble de tous ses membres à l’idée de ce qui l’attend. Je lui demande s’il faut prévoir un sac plastique. Il répond qu’il se penchera par-dessus bord et que ça donnera à manger aux poissons.
Il se trompait : il n’y a pas de possibilité de « par-dessus bord ». Nous sommes enfermés là-dedans comme dans un autobus.
Mais, surprise, tout se passe bien. Oswald est lui-même très étonné. Pas de mal de mer !
Nous débarquons à Murano pour admirer les souffleurs de verre à l’ouvrage.

Car Murano a une spécialité : le verre. Aucune école pour apprendre cet art. Cela se transmet dans l’île de génération en génération.
Visite des salles d’exposition des œuvres de verre : photos interdites ! Oswald en prend une quand même, et se fait vertement tancer ! Tant pis, elle est prise. Pas terrible, mais autant vous en faire profiter, non ? Tout ce qui est interdit n’a-t-il pas une autre saveur ?

Retour au bateau pour naviguer jusqu’à Burano. Ici, la spécialité, c’est la dentelle.

Tour presque aussi penchée que celle de Pise.

On flâne dans les rues aux maisons très colorées.

Bateau encore, et dernière île : Torcello. L’une des première de la lagune à avoir été peuplée. La première, même, affirme-t-on ici. La population qui a monté autrefois jusqu’à 30 000 habitants est réduite aujourd’hui à 11. Ces habitants réclament des sous pour nourrir les chats « sauvages » de l’île, protégés par la loi.

Ils n’ont pas l’air trop malheureux, les sauvageons ! Ils viennent réclamer leur pâtée et ne sont pas tellement maigrichons.
L’île est verte. Des arbres, des jardins.

Vieille église du XII ème siècle, et cathédrale en cours de restauration.

Le retour s’effectue par une autre voie maritime, et nous avons un aperçu des fameux travaux titanesques sensés sauver Venise de la noyade.
Car Venise est exposée à la menace des marées, surtout pendant l’hiver. Les Vénitiens appellent « aqua alta » les périodiques inondations.
Ce phénomène est parfaitement naturel et a toujours existé : attraction lunaire, et surtout sirocco, vent chaud venu d’Afrique qui empêche la lagune de se vider, les marées hautes se succédant les unes aux autres.
MAIS il s’amplifie ces dernières décennies d’une façon inquiétante sous l’influence du climat (montée du niveau des mers) et celle de l’activité humaine :
Affaissement du sol, car d’importants puits ont été creusés au XXe siècle pour pomper dans la nappe phréatique, ce qui a fragilisé les terrains déjà instables.
Perturbations dans l’hydrographie, car la modernisation du port a entraîné le creusement de canaux profonds pour permettre le passage de gros navires.

La mer s’engouffre ainsi beaucoup plus facilement dans la lagune. Conséquences de l’aqua alta : (en sus du fait que les Vénitiens sont obligés, en ces périodes, de déménager à l’étage du dessus : une routine pour eux) une détérioration inexorable des monuments historiques et de l’habitat due à la montée des eaux et l’apport de produits nocifs à la pierre et à la brique.
D’où le pharaonique projet MOSE (Module expérimental électromécanique) Oh là là ! Ce truc ! Les travaux ont été commencés en 2003 et devaient se terminer en 2011, mais ce n’est pas encore fini, puisque depuis notre petit bateau nous avons pu voir les travaux.

Très succinctement, ce projet consiste à poser 78 portes mobiles dans les trois passes de la lagune pour protéger la ville. En temps normal, ces portes, sortes de ponts-levis, seraient remplies d’eau et donc submergées. Lors des marées supérieures à un mètre, une injection d’air comprimé évacuerait l’eau, permettant ainsi aux portes de se redresser et de fermer le passage, séparant alors la lagune de la mer.
Mais tout ceci est sujet à de fortes controverses. D’abord, ça coûte très très cher. Ensuite, le doute se répand de plus en plus parmi les scientifiques spécialistes des marées quant à l’efficacité de ce système ! Ce projet, surtout, ne résoudra pas l’autre grand problème de la ville, celui des vagues en lagune, lié à l’accroissement du trafic des bateaux à moteur dans les canaux de la ville et sur la lagune. Ce trafic destabilise les fondations des constructions, érode les rives et fragilise les quais. Dans la lagune, il entraîne la disparition des bancs alluvionnaires indispensables à son équilibre.
En tout état de cause, si l’élévation du niveau des mer lié au réchauffement climatique continue au train où il est parti, ce sera foutu pour Venise à la fin du XXI ème siècle.

En attendant, on en profite ! On vous la fait, celle-là ? La photographie souvenir du brave touriste ?

On passe l’après-midi à se balader. On mange des glaces (fameuses !). On n’achète pas de souvenirs, mais Oswald laissera un souvenir à Venise : Il laisse tomber ses lunettes dans un canal ! Impossible de les récupérer.
Jour de marché à Venise. Flottant, bien sûr.

On s’attache à scruter des détails.

Les gamins de Venise sont nombreux à jouer seuls dans les rues, sur les places, près des canaux, loin de la surveillance des parents. Un vrai plaisir de les regarder. Bien sûr, il n’y a pas de voiture. Mais il y a l’eau. Évidemment, les Vénitiens n’ont pas peur de l’eau, voyons !

Nous repassons par le ghetto, où nous nous arrêtons déguster un chocolat chaud, à la terrasse d’un bar. Sous ciel bleu et soleil très doux.

Adieu, Venise, retour au train.
Venise a même ses travailleurs immigrés. Ceux-là proposent de porter vos bagages jusqu’à votre hôtel. Et précisent bien qu’ils possèdent une autorisation légale.

Les deux jours de vacances sont terminés. Il va falloir se remettre au boulot : brosser les juments, harnacher, atteler, rouler... Pffftttt ! Quelle vie !

Anne, Avril 2015

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