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cascina Colombara 15/02/2015

« C’est ici que se posent les cigognes, attirées par le chant des grenouilles »

Voici la belle devise de cette ferme immense, entièrement cultivée en bio. Précisons : immense d’un point de vu Français, et plus immense encore, sûrement, du point de vue des écologistes Français, favorables à la multiplication des petites exploitations familiales plutôt qu’au développement du gros business agricole.
Pour l’Italie, c’est paraît-il une ferme tout à fait moyenne. Il existe beaucoup plus grand. C’est aussi une ferme pédagogique qui reçoit les enfants des écoles.
600 ha de terres, dont 60 ha de riz (on y a goûté : il est fameux !) 50 ha de prairie, le reste en maïs et un peu de triticale. 500 bovins, dont 250 vaches en lactation. (Bah ! Ce n’est pas grand chose par rapport au projet « ferme des mille vaches » qui fait tant controverse en France en ce moment.) Avec des bâtiments modernes et fonctionnels. Deux centrales à biogaz, et des toitures couvertes de panneaux solaires. Production d’électricité : 5 MW

Avouons-le tout de suite : ce voyage a tendance à nous secouer sérieusement la puces et à nous gratter la cervelle ! Mais nous avions décidé dès le départ qu’il s’agirait de rencontrer « les gens » avec le moins de préjugés possible, et sans discrimination. Nous essayons donc (mais nous sommes humains, n’est-ce pas, et ce n’est pas toujours facile !) de demeurer le plus objectifs possible. Pietro, l’agriculteur qui nous reçoit, ne cache pas sa surprise quand on lui explique qu’en France, des écolos manifestent contre les installations du genre de la sienne : trop grand, manque de respect vis à vis des animaux, etc... etc... Ça ne colle pas avec l’idée que les français se font du « bio » : petites fermes paysannes bucoliques. Et ce sont les mêmes qui veulent sortir du nucléaire. Du coup, Pietro bondit : « Là, je ne comprends pas ! Nous, ici, en Italie, on ne veut pas du nucléaire, alors on met en place tout ce qui est possible pour ne pas en avoir besoin. Il faut beaucoup d’installations comme celle-ci, qui nécessitent un grand nombre d’animaux pour fonctionner ! Impossible de concevoir un investissement pareil sur une petite exploitation ! Et nous, on revend de l’électricité pour subvenir aux besoins des citadins ! »
Ben oui. C’est comme ceux qui pestent contre les horribles mines de cuivres qui défigurent les paysages (j’en fais partie), et qui utilisent la lumière électrique et l’ordinateur tous les jours (j’en fais partie aussi !)

La cascina Colombara est exploitée en fermage par quatre frères. Aucune objection, donc, à la nommer « exploitation familiale ». Les terres appartiennent à un notable de Pavia. C’est le grand-père des quatre frères qui l’a prise en fermage, voici 80 ans. Son fils a pris la suite, puis les quatre frères actuels, dont Pietro qui nous reçoit très chaleureusement.

Le fonctionnement de la cascina est le plus autonome possible. La nourriture des vaches est produite sur l’exploitation :
Ensilage (jamais nous n’avions rencontré de tas d’ensilage aussi imposants !)

Farine de maïs : vu le nombre de vaches à nourrir, elle est moulue à grande échelle.

Un gros mixeur broie des compléments alimentaires, dont des monceaux de pommes et de patates.

Bien entendu, les vaches mangent aussi le foin produit par les prairies,

et l’été, elles sont mises à l’herbe.
Pour l’instant, elles sont en stabulation libre. Une partie abritée, une partie en plein air. Bien entendu, c’est plutôt bouillasseux ! Sauf pour les petits veaux qui sont confortablement installés dans leurs cases.

Autrefois, dans les anciennes étables, les vaches demeuraient attachées durant toute la mauvaise saison. Dans la plupart des cas, sauf paysan peu soigneux, leur litière de paille était changée chaque jour, voire deux fois par jour, à chaque traite. Alors que préfère une vache ? Être attachée cinq mois durant sur de la paille fraîche, ou être relativement libre de ses mouvements sur un sol pas très propre ?
Si tu veux comparer, va voir chez Daniel, que nous avons rencontré dans le Rhône, avec ses 22 vaches à lait.CLIQUE ICI
Impossible de répondre, pour la bonne raison qu’aucun humain ne saura jamais ce que pense vraiment une vache. Dans une stabulation totalement close, on peut bien sûr rajouter chaque jour une bonne épaisseur de litière propre. Ici ce serait absurde : la paille serait aussitôt souillée par les vaches ramenant la boue du dehors.

À la cascina Colombara, quand de la litière est utilisée, c’est de la balle de riz : rien n’est perdu !
N’allez pas croire pour autant que ces animaux-là pataugent dans leurs excréments... La boue, c’est de la boue. De la bonne vieille terre.
Parce que les excréments de ces vaches-là sont une matière trop précieuse pour être gaspillée.
C’est pas un rêve, ça ? Transformer la merde en électricité ! Mais oui, c’est ce qui se passe ici, et ça fonctionne !
La cascina Colombara est équipée de deux centrales fabriquant de l’électricité avec de la merde.
Pietro nous fait visiter. Fascinant.

La ferme est entièrement autonome au niveau de l’électricité, et en produit même plus qu’il ne lui est nécessaire. Elle revend donc le surplus, ce qui constitue un revenu supplémentaire non négligeable.
L’installation consomme pour fonctionner elle-même 10 % de l’électricité produite. Tout le reste est utilisé sur l’exploitation ou revendu. Le biogaz n’est pas la seule source. Les toitures sont couvertes de panneaux photovoltaïques.

Donc, le lisier, la bouse, le fumier, enfin tout ce qui sent bon la campagne, est amené dans un énorme ventre artificiel appelé digesteur. Là, toute cette belle matière brunâtre est brassée pour homogénéiser le tout, et au boulot les p’tites bestioles ! Les micro-organismes qui digèrent ce truc appétissant sont anaérobies, ce qui veut dire qu’ils se trouvent parfaitement à leur affaire en l’absence d’oxygène. Ces braves petites bactéries se trouvent à l’état naturel dans les lisiers. Pas besoin d’en rajouter. Leur travail consiste, par une série de réactions biologiques, à transformer la chose en biogaz (majoritairement du méthane) et en un digestat. Le biogaz sera valorisé en électricité et en chaleur, le digestat sera épandu comme engrais. Donc, pour le paysan, plus besoin d’en acheter, de l’engrais ! Celui-ci est excellent, et il nourrit la terre aussi bien que les plantes, contrairement aux engrais chimiques qui, s’ils nourrissent bien les plantes, appauvrissent la terre.
La digestion complète dure entre 30 et 40 jours.

Quand au méthane, il est utilisé pour faire fonctionner un moteur à combustion qui fait tourner un générateur d’électricité. Un peu comme un groupe électrogène géant, mais qui fonctionnerait au gaz.
Tout cela représente quand même un certain travail ! Manutention et surveillance !

Avec petites aiguilles et chiffres sur cadrans lumineux.

La ferme emploie 6 ou 7 personnes l’hiver, et une quinzaine en été. En dépit du chômage qui sévit en Italie, Pietro dit qu’il ne trouve plus d’Italien qui accepte ce genre d’emploi. Il embauche donc des Indiens et des Roumains. Il est bien possible aussi que ceux-ci soient un peu moins exigeants au niveau des salaires. Pietro, lui, affirme que les jeunes Italiens sont trop fascinés par leurs ordinateurs et leurs jeux vidéos pour vouloir venir se salir les mains à la campagne !

La maison de Pietro et Pilar est située à l’écart de tout ce gros bazar ressemblant plus à une usine qu’à une ferme. Ils vivent dans les bâtiments anciens,

avec l’inévitable logement des mondine,

et le petit campanile.

Les vieilles dépendances

avec leurs pintades en liberté.

Toute une collection de drôles de faneuses...

Les aérations en briques, typiques de la région

Et même une jolie chapelle aménagée par le père de Pietro.

Bonne nuit. Faites de beaux rêves.

Anne
le 15 Février 2015

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