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La Ville du Milieu 12/02/2015

Les historiens adorent se chamailler, c’est bien connu. Les spécialistes des toponymes sont champions, pour ça.
Quoi de plus simple, pourtant, que la signification du nom de Milano, Mediolanum pour les Romains ?
Simple ? En apparence ! Medio-Planum, au Milieu de la Plaine. Simple et logique. Les Celtes Insubres qui vivaient là ne prononçaient pas le « P » lorsqu’il était placé en début de mot. Mediolanum étant situé au cœur d’une plaine immense, aucune difficulté.
Vous croyez ça ? Ben vous vous trompez ! Ce ne serait pas drôle s’il n’y avait pas de controverse.

En effet on a découvert, bien repérables, des zones en forme d’ellipse qui semblent avoir été délimitées par des fossés, qui devaient probablement définir de façon sacrée l’espace urbain, séparant le « dedans » du « dehors ».
Plus prosaïquement, il est bien probable qu’ils protégeaient la ville contre les eaux qui ruisselaient de partout ! Mais selon des recherches archéo-astronomiques, ces ellipses seraient alignées selon des points astronomiques bien précis. D’où l’hypothèse de l’existence d’un ancien sanctuaire celte.
Un « midlann  » (« entre les terres »)

Mais, mais, mais... Les tout premiers Celtes arrivés sur les lieux s’y sont arrêtés. La déesse Belisama avait prévenu leur chef Bellovesos, en s’insinuant dans ses rêves, qu’il devrait fonder son village sur le lieu que lui désignerait une Laie blanche pas trop poilue. À demi poilue seulement, à vrai dire. « Medio-lanum » : Moitié-de-Laine.
Au milieu de cette plaine immense, Bellovesos et les siens ont aperçu une énorme laie blanche à demi poilue assise devant un buisson d’aubépines, la plante sacrée de Belisama. C’est donc en ce lieu qu’ils ont érigé un sanctuaire en l’honneur de leur déesse. Puis, autour de ce sanctuaire, un village.
J’avoue tout : c’est ma version préférée. Ceux qui me connaissent n’en seront pas surpris, je pense. Tant pis si ce n’est pas la bonne ! D’ailleurs, on peut admirer cette laie sculptée dans un bas-relief du Palazzo della Ragione (dans l’Antiquité, bâtiment de l’administration publique sur la place du marché de Milan).
Quand les Romains sont arrivés, environ 200 ans avant J-C, et en dépit de quelques bisbilles avec Hannibal, les Celtes se sont rapidement romanisés. Sur l’ancien sanctuaire, les Romains ont bâti un temple à Minerve. Pauvre petite Belisama ! Par la suite, devinez donc ce qui a écrabouillé sous sa splendeur le temple de Minerve. La cathédrale, bien entendu ! Le célébrissime Duomo !

Aujourd’hui, l’aire urbaine de Milan et de sa périphérie, avec ses plus de 7 millions d’habitants, est la quatrième plus grande d’Europe, après Moscou, Paris et Londres.
Milano, c’est le cœur industriel, commercial, financier et universitaire de l’Italie. La Bourse Italienne y siège. Milano est l’une des capitales mondiales de la mode et du design. On y croisera beaucoup de magasins très chics !
11% des étudiants Italiens viennent étudier ici dans des établissements tels que la prestigieuse université Bocconi, principal lieu de formation des élites politiques et économiques italiennes. Enfin, Milano est le lieu de résidence de deux grands clubs de football européens : le Milan AC et l’Inter de Milan (en bon français). Je ne sais pas pourquoi je précise ce fait : nous, on s’en fiche, et les footeux le savent depuis longtemps !

Donc, Luciano nous emmène jusqu’à l’entrée de la cité, où nous laissons la voiture dans un parking gigantesque : prendre le métro sera plus facile pour se balader.
Et du métro, quand on descend, la première chose qu’on voit, c’est un grand portrait du Duomo, la cathédrale.

Un petit café pour se mettre en forme.

Quand on en sort, c’est le majestueux Victor-Emmanuel II qui nous accueille.

Mais très vite, nous nous tournons...

... vers la splendeur grandiose du Duomo, l’immense cathédrale toute de marbre vêtue. La troisième plus grande cathédrale du monde, après Saint-Pierre de Rome et la cathédrale de Sevilla.

Murailles de marbre, flèches de marbres (135 flèches !), sculptures de marbre, la seule chose qui n’est pas de marbre, c’est la vierge d’or, oups ! de cuivre doré, pardon, faut pas exagérer, perchée au plus haut des pics vertigineux. Elle mesure quand même plus de 4 mètres à elle toute seule. Ici, on la surnomme avec tendresse « Madonina ».
Inimaginable, le nombre de sculptures, de fioritures ciselées d’une incroyable finesse... marbre, marbre, marbre... 3400 statues, sans compter les demi-figures dans les embrasures des fenêtres, les 96 gargouilles, et les très nombreux hauts-reliefs.

Pour pénétrer dans la cathédrale, il faut montrer patte blanche. Il paraît que les Islamistes ont promis d’aller planter leur drapeau tout en haut du Duomo (108,50 m). Bon, si c’est la seule bêtise qu’il veulent y faire... on se demande comment les quelques braves militaires placés à l’entrée pourrait bien les en empêcher !

Sur le sol, à l’intérieur du Duomo, est tracée une méridienne de laiton, au long de laquelle sont dessinés les signes du zodiaque. Tout là haut, dans le toit, 24 m au-dessus du sol, est percé un petit trou par lequel le soleil pénètre à midi. Lorsque le rayon touche le dessin de l’un des signes, c’est à la date d’entrée du soleil dans ce signe.

La construction du Duomo a commencé en 1387. Elle n’est toujours pas terminée. De nouvelles sculptures y trouvent place, témoins chacune de leur temps. Celle-ci date de 2013.

Les nombreux travaux d’entretien nécessitent des engins que n’auraient certes pas imaginé les premiers bâtisseurs !

Il existe une expression en dialecte Milanais : « longh comm la fabbrica del Domm » pour parler de quelque chose qui n’en finit pas.
Nous sommes obligés de sortir un peu plus vite que prévu : dans ce somptueux édifice, il est interdit aux hommes d’entrer la tête couverte. Or le talon d’Achille d’Oswald, c’est cette partie très sensible de son crâne que ses cheveux ont déserté pour laisser place à une belle piste d’atterrissage aux moustiques. Le pauvre cher Oswaldito commence à avoir sérieusement trop froid sans son bonnet, et la douleur monte de façon insupportable. Nous écourtons donc la visite. Vite, vite, Oswald remet son chaud bonnet de laine, et cela va tout de suite mieux !
Ça laisse quand même une impression bizarre de songer que le Jésus aux pieds nus qui défendait ardemment les plus pauvres ait pu inspirer à d’autres, qui se réclament de lui, des monuments aussi somptueux et grandiloquents. Bel exemple du génie des architectes et de l’orgueil démesuré des hommes. Ça vaut la peine d’être vu, c’est sûr. Mais je préfère le génie de la Forêt.

On ne peut pas parler de Milano, n’est-ce pas, sans dire un mot de la Scala, haut lieu mondialement connu de l’Opéra et de l’Art Chorégraphique, inaugurée le 3 Août 1778.

avec son intérieur somptueux !

La Scala a été fermée en 2001 pour être entièrement restaurée. En effet, de très nombreux spectateurs peu scrupuleux avaient pour habitude de chiper un petit morceau de décor pour l’emporter en souvenir !

Luciano (il en est très fier, et on le comprend) a été le topographe élu pour ce travail de prestige.
À l’aide d’un appareil de relevé architectonique photogrammétrique combiné avec un théodolite électronique, plus un programme spécifique softwer de photogrammétrie, il a relevé avec une très grande précision les reliefs de chaque détail du décor, pour que l’on puisse tout refaire exactement à l’identique.

Oh mais dites donc ! C’est quoi ces noms barbares ?

Bon ben voilà : un théodolite est un instrument de géodésie complété d’un instrument d’optique, essentiel en topographie, qui mesure des angles dans les deux plans horizontaux et verticaux afin de déterminer une direction. Un genre de lunette, quoi, montée sur deux axes, un vertical et un horizontal, chacun des axes étant gradué pour permettre la lecture des angles. On le place sur un trépied, et à la verticale exacte d’un point connu en coordonnées, à l’aide d’un fil à plomb, d’un plomb « optique » ou d’un plomb « laser », et d’un niveau à bulle sphérique.
Pourquoi ce nom étrange ? Pas compliqué : ça vient de « théa », qui signifie « action de regarder » (comme dans théâtre, par exemple) et de « odelos », qui veut dire « circonférence ».

Et l’autre machin, là ? C’est quoi, déjà ? Ah oui ! « appareil de relevé architectonique photogrammétrique » ! Eh ben dis donc ! Rien que ça ! Bon je vais essayer de vous expliquer :
la photogrammétrie, c’est une technique qui consiste à effectuer des mesures en utilisant l’incidence du changement de position entre l’observateur et la chose observée, donc on obtient des images acquises selon des points de vue différents. En gros, ça copie la vision stéréoscopique humaine, sauf que maintenant, on utilise des appareils sophistiqués qui calculent la corrélation entre des images numériques. Bon, pas la peine de rentrer dans des détails trop techniques dont presque tout le monde se fiche éperdument !
Et ce mot là, on l’a inventé comment ? Pour architectonique, pas trop difficile à deviner : c’est ce qui a rapport aux sciences de l’architecture. Et la photogrammétrie, c’est tout simplement prendre des mesures à l’aide de photos.
Ouf !!!

Petite précision. 2004, ça ne vous paraît pas si vieux ? Ah ! Ah ! Détrompez-vous ! C’était encore l’époque des dinosaures ! Aujourd’hui cette technique est dépassée ! Aujourd’hui, c’est le scanner
qui travaille : il est capable de relever des millions de « points » en 3D en quelques secondes et de les retourner directement sans processus d’interprétation … Ce que c’est que le progrès, tout de même, mes braves gens !

Et après tout le boulot de restauration, d’une précision extraordinaire, la Scala a enfin rouvert ses portes le 7 décembre 2004.

Bon, après cette petite parenthèse, reprenons donc notre promenade.
En sortant du Duomo, nous passons sous les arcades

dont le sol est tout de marbre.

Quelque part, sur le sol, le taureau de Torino. Il paraît que cela porte bonheur aux Milanais d’écrabouiller symboliquement l’emblème des Turinois ! Il suffit de planter le talon à l’emplacement où devaient se trouver les couilles de la pauvre bête, et de tourner trois fois. À force d’être écrasé par les talons des passants, les bijoux de la bestiole ont fait place à un joli petit trou. Des jeunes filles s’essayent à l’exercice en riant, puis Oswald se lance à son tour dans l’expérience !

Promenons-nous dans les rues de la ville...

où bien entendu la mendicité n’est pas absente

avec abandon momentané de la petite fortune si un carabiniero pointe le bout de son nez.

Nous croisons une manifestation pacifique d’éleveurs laitiers en colère, qui arpentent la ville tout de jaune vêtus, en faisant sonner de grosses cloches à vache ! Ils voussent un peu le dos sous la pluie froide, les pauvres !

Mais voici que Luciano nous fait pénétrer à l’intérieur d’un très joli petit restaurant. Nous descendons jusqu’à une cave voûtée. Et là...
Miam ! Miam !

Et tout en se régalant, Luciano joue les professeurs, tandis que Anne prend des notes !

Dans la déco du restaurant, deux affiches pour le moins surprenantes.
La première ? Les tarifs d’un bordel ! Les maisons de plaisirs étaient légales en Italie jusqu’en 1958.

Je traduis pour ceux qui ne comprendraient pas tout :

TARIF
de la renommée maison de plaisir
de Madame Renata. Les prix les plus bas d’Italie.

Rapide : 1,10 Lire
Normal : 1,90 Lire
la demi-heure : 2,90 Lires
Une heure entière : 5,50 Lires
Avec deux femmes ensemble : 12,30 Lires

eau, savon et serviettes : offert par la maison
chambre avec brasero, 20 centimes en supplément
Rome, Janvier 1923

Tarif réduit pour les étudiants et les militaires

La deuxième ? Une interdiction d’appartenir au parti communiste ! Apparemment, c’était quand même plus grave aux yeux l’Église d’appartenir au parti communiste que de prendre du plaisir avec une fille de joie.

Traduction : j’espère ne pas avoir trop fait de contresens, mais de toute façon, l’esprit du texte est respecté !

Curie épiscopale de Piacenza
AVIS
APRES LE DECRET DU SAINT OFFICE

C’est un péché grave
1) de s’inscrire au Parti Communiste
2) de le favoriser de quelque manière que ce soit, spécialement par le vote
3) de lire la presse communiste
4) de propager la presse communiste
Ceux-ci ne pourront pas recevoir l’absolution s’ils ne se repentent pas et s’ils ne sont pas fermement disposés à ne plus commettre ce péché.
Celui qui, inscrit ou non au Parti Communiste, admet la doctrine marxiste et antichrétienne et en fait propagande sera
Apostat et excommunié
et ne pourra être absout que par le Saint Siège.
De même si ce qui est dicté par le Parti Communiste devait s’étendre à d’autres Partis qui feraient cause commune avec lui.
Que le Seigneur illumine le coupable d’une chose si grave et lui permette le complet repentir, puisque c’est son salut même dans l’éternité qui est en danger.

Sans commentaire. Ou plutôt si : deux petites réflexions quand même.
Je croyais que pour être absout de n’importe quel péché, il fallait que le repentir soit sincère ! C’est donc réservé à l’adhésion au Parti Communiste (et peut-être à quelques autres péchés, mais lesquels ?) ?
OK : le fait de fréquenter les maisons de plaisir ne met pas la société entière en grand péril. Alors qu’adhérer au Parti Communiste...
Quand à Apostat et Excommunié... Si je ne me trompe, un apostat renie volontairement et en public sa religion, alors qu’un excommunié est viré par l’Église. C’est pourtant bien un « e » que je lis sur l’affiche et non pas un « o » (« ou ») qui semblerait plus approprié. Bien entendu, c’est pile ici que le flash nous a caché quelque chose, entre le mot « balla » et le fameux « e ». J’ai renoncé à « balla » dans ma traduction. Si j’en crois mon petit dictionnaire, ça signifie « bobard, sornette ». Il y a sans aucun doute un autre sens qui m’échappe ! Mais dans le contexte, ça sonne plutôt rigolo ! Et puis on sait bien, (l’expression est Italienne, justement) que « traduttore, traditore » .

Après notre copieux et délicieux repas, petite promenade digestive jusqu’au château des Sforza, situé en plein centre ville. Construction guerrière, bien entendu, construite par Francesco Forza, duc de Milano, au XVème siècle, sur les ruines d’une citadelle édifiée par un Visconti. Enfin... construite par... édifiée par... des multitudes d’ouvriers. Il serait fort étonnant que des ducs aient daigné mettre la main à la pâte ! Pour la petite histoire, le Visconti en question s’était fait bâtir une citadelle plus pour se protéger contre son propre frère avec qui il devait partager la ville de Milan, que contre d’éventuelles agressions extérieures.
Après une histoire assez mouvementée, le château a fini, en 1893, par retomber entre les mains de la commune de Milano... qui a tout simplement pensé à le démolir. Indignation ! Finalement, le château a été restauré et transformé en musée. Et en 1943, Bing ! Une bombe ! Ah ! Ah ! Ça démolit mieux qu’un malheureux boulet de canon, ce machin là ! Nouvelle restauration.

Mais on ne lésinait pas sur le confort des défenseurs, quand même ! Les chemins de ronde étaient couverts ! Pas besoin de subir la pluie ou le soleil trop ardent !

Dans les fossés, on a conservé des monceaux de boulets de canon. Souvenir édifiant...

Ce symbole, là, c’était celui de la famille Visconti. Une sorte de dragon qui dévore un bonhomme. Luciano affirme que ce n’est pas un homme, mais le diable, que le dragon dévore : il est tout rouge et représente le mal. Après ce qu’on a lu au restaurant, Oswald ne peut s’empêcher d’y aller de sa blague : « Ah ? Le mal ? Tout rouge ? Mais c’est un communiste ! »
Ce dragon n’est pas un dragon, d’ailleurs : c’est la Vouivre. « Biscione » en Italien.

Et là ? Toujours la Vouivre, à côté des armes de la ville : une croix rouge (symbole de la noblesse) sur un fond blanc (symbole du peuple). Donc, fusion de la noblesse et du peuple. C’est pas beau, ça ?

Ça ne vous dit vraiment rien ? Mais oui ! Gagné ! Vous avez trouvé ! Alfa Roméo !
Car si Fiat est né à Torino, Alfa Roméo est né à Milano.

Derrière le château, un peu plus loin, voici... l’arc de la paix. De la paix ? Il a pourtant été bâti sous Napoléon Bonaparte, et ses bas-reliefs sont quelque peu batailleurs. !

Milano se prépare activement à recevoir l’exposition universelle, qui doit s’ouvrir en Mai 2015. L’aspect de la ville s’en trouve quelque peu transformé...

Terminons sur une note douce, mignonne et romantique, souvenir hivernal d’une journée bien remplie.

Anne,
12 Février 2015

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