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In risaia mi tocca andar 29/01/2015

Alla mattina appena alzata
O bella ciao bella ciao
bella ciao, ciao,ciao
Alla mattina appena alzata
In risaia mi tocca andar

Le matin, à peine levée
O bella ciao bella ciao
bella ciao,ciao,ciao
Le matin, à peine levée
À la rizière je dois aller.

18 Janvier : Ronsecco – Pertengo 11 km

Rizières à perte de vue. On aperçoit encore, au Nord, les sommets Alpins, et au Sud les collines de l’autre rive du Po. On a voulu tenter de laisser Noé pieds nus, mais elle est encore trop fragile. Il a fallu s’arrêter en cours de route pour la rechausser.
Incroyable ! Nous traversions le petit village de Costanzana, lorsqu’un homme, sur le trottoir, nous fait signe d’arrêter. Il nous tend un sac, et nous souhaite bon voyage. Dans le sac, un paquet de polenta pré-cuite, un citron, une orange, une pomme et un litre de lait ! Comment cet homme savait-il que nous passerions par là ? Depuis combien de temps nous attendait-il ? Nous avait-il doublé, ou croisé ? Avait-il deviné que nous ne pouvions pas passer ailleurs ? Quelqu’un lui avait-il parlé de nous ?
Un peu avant d’arriver à Pertengo, en pleine campagne, se trouve une petite église appelée « santuario campestre de la Madonna d’Oropa. » Un parking, de l’herbe. Pour l’eau, les juments devront se contenter de celle des flaques. Elle n’est pas très appétissante, mais en quantité suffisante. Noé ne joue pas les difficiles, mais Océane grimace un peu !

Il existait ici une toute petite chapelle dédiée à la Vierge, construite en 1672. En Février 1747, dans le grand froid de l’hiver, une famille de pauvre nomades qui s’était arrêtée là y a découvert des aubépines bien vertes et couvertes de fruits mûrs. Miracle de la Vierge, à n’en pas douter. Un dénommé Rossi a donc fait édifier, cette même année, ce sanctuaire de style baroque, qu’il a dédié à la Madonne d’Oropa (Vierge noire d’un grand sanctuaire du Piemont, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO) L’histoire du miracle varie quelque peu suivant les versions ! Nous avons choisi de raconter celle qui nous plaisait le mieux.

Il y a bien un panneau, un peu rouillé, précisant que le pique-nique est interdit sur ces lieux. Mais puisque la Madonna protège les nomades... installons-nous. D’ailleurs c’est Dimanche, la mairie est fermée, comment demander une autorisation ?
Dans la soirée, une dame de la municipalité vient nous voir. Elle parle très bien le français, s’intéresse à notre voyage, téléphone aux carabinieri pour qu’ils ne viennent pas nous déranger, et nous donne même la permission de rester là demain.

20 Janvier : Pertengo–Stroppiana 6 km / Stroppiana–cascina Bellincontro (motorisé) 6,5 km

Après un beau lever de soleil sur les rizières,

Double étape !
On culpabilise. On avait bien démarré, pourtant.

Mais après 6 km, Noé s’est mise à ahaner. Impression d’efforts démesurés, sueur abondante, essoufflement. Avec tous les problèmes qu’elle a déjà eu, on s’est seulement dit : "merde ! ça recommence". Comme deux minutes plus tôt on avait repéré un joli emplacement près du cimetière de Stroppiana (on ne s’était pas arrêtés parce qu’on voulait parcourir un peu plus de 6 km) on a décidé de faire demi-tour, de s’arrêter là, et de rappeler un vétérinaire. On exécute donc la manœuvre. Et d’un coup, alors que Noé s’arc-boutait dans des efforts disproportionnés par rapport à ce qu’on lui demandait, c’est Océane (beaucoup plus intelligente et soigneuse de sa petite personne) qui s’est mise en grève. Au beau milieu d’une route pleine de gros camions !
« Stop ! Je refuse de faire un pas de plus ! Non, je ne ferai même pas les trois foulées que vous me demandez pour se ranger sur le bas côté. »
Ça m’a beaucoup étonnée. Depuis le début, jamais Océane ne nous avait joué un tour pareil ! J’ai cru une seconde que c’était par solidarité envers sa sœur (là, je lui prêtais vraiment de trop beaux sentiments !).
Que faire ??? Dételer. On attache les juments et le chien à la lice de sécurité le long de la route.

Ensuite, on essaie de pousser Kaplumbağa sur le bas côté pour ne plus gêner la circulation. Impossible ! (d’habitude, on la pousse à nous deux sans trop de difficulté) Oswald essaie de faire pivoter le timon : impossible aussi. Les freins avant sont grippés ! Pauvre Noé ! Voilà pourquoi elle mettait tant de cœur à essayer de tracter une roulotte devenue impossible à tirer, avec une roue avant complètement bloquée. Océane a d’abord égoïstement tenter de laisser sa sœur s’envoyer toute seule le boulot. Puis dès qu’elle s’est sentie obligée de s’y mettre aussi, parce que Noé n’en pouvait vraiment plus, elle s’est tout bonnement mise en grève. Pas stupide au point de s’esquinter pour rien, la cocotte !
Une dame qui passait par là s’est arrêtée. Elle a appelé un copain mécano, et puis la police, à cause du danger qu’on représentait pour la circulation. Les deux mécanos sont arrivés très vite. Ils ont réparé les freins avec leur dextérité de professionnels

et ont aidé Oswald à pousser la roulotte jusqu’au cimetière pendant que je restais près des juments et du chien.

Quand les flics sont arrivés, la roulotte était déjà garée en sécurité. Ils ont quand même bloqué le rond-point pour qu’on puisse emmener les juments tenues en longe et le chien tenu en laisse sans nous faire écrabouiller par un camion.
Une fois tout le monde installé et calmé, les policiers ont passé un coup de fil pour nous obtenir l’autorisation de passer la nuit ici. J’explique qu’on voudrait quand même voir un véto, par mesure de précaution, parce que Noé venait d’accomplir un effort assez violent. De plus, depuis quelques jours, elle tousse un petit peu. Pas beaucoup. Cinq ou six fois au cours de la nuit. Toux d’irritation ? Autre chose ? Ça n’a pas l’air bien grave, mais on préférerait être fixés.
Deux des flics s’en vont, tandis que le plus jeune reste près de nous. Il appelle un vétérinaire, qui lui dit ne pas pouvoir se déplacer avant le lendemain. L’homme de l’art, sûrement plein de bonnes intentions, (on a parlé de la toux) précise qu’il ne faut pas que les juments passent la nuit dehors : il va pleuvoir ou neiger. On explique au policier qu’elles ont l’habitude de coucher dehors, et que nous les protégeons avec de bonnes couvertures en cas de besoin, rien à faire. Le vétérinaire a dit que. Point. Barre. Cette bonne âme de flic téléphone donc à Serena, une copine qui a une ferme, des chevaux et des boxes où on pourra mettre les juments à l’abri. Il nous dit qu’on peut rester là avec la roulotte. Ah non ! Pas question de se séparer des juments ! La ferme en question se trouve à presque à 7 km d’ici (dans notre direction, heureusement.) La solution ? Serena tracte la roulotte jusque chez elle avec sa voiture (escortée par le policier)

Puis revient chercher les juments avec son van... qui n’a qu’une place !

Il faudra donc faire deux tours. Pas besoin d’expliquer la comédie qu’a provoqué cette séparation momentanée ! On passera les détails. Oswald a emmené Océane avec Serena pendant que je surveillais une Noé complètement paniquée ! Dur, dur ! Le flic m’a aidé à démonter la clôture (qu’on avait déjà montée pensant passer la nuit ici) Ce policier-ci va nous a suivre et nous aider jusqu’au bout, nous accompagnant jusque chez Serena, lorsqu’elle revient pour embarquer Noé.
Océane attend dans le vaste box, trempée de sueur. Elle a dû sérieusement s’affoler, elle aussi, en attendant la frangine ! Le policier nous dit au-revoir. Il repassera prendre des nouvelles, après que le vétérinaire soit venu. Je lui ai fait la remarque qu’en Italie, les policiers sont vraiment gentils et courtois. Il a souri en disant que chaque fois que c’est possible, c’est beaucoup mieux ainsi !
Quand il a le dos tourné, Serena nous demande si on préfère que les juments soient dehors, dans un pré. On préfère, en effet. Ce sont des juments de voyage, pas des pur-sang de course sensibles et fragiles ! Comment font les chevaux sauvages ? Ils n’ont même pas de couverture imperméable, eux ! Nous montons donc la clôture électrique. Océane et Noé ont l’air bien soulagées de se sentir libérées.

Serena exploite une cascina (ferme) rizicole en monoculture.

Cette cascina a été créée en XIX ème siècle par l’un de ses aïeux sur une terre marécageuse. 25 ha de riz environ, plus des prairies pour ses chevaux. Car Serena est cavalière de saut d’obstacle. Comme 25 ha de riz ne suffisent pas pour vivre (il faut au moins une centaine d’hectares pour s ’en sortir), Serena exerce aussi, deux jours par semaine, un métier pour le moins original : elle est sexeuse de poussins. C’est à dire qu’elle trie à la naissance les poussins mâles des poussins femelles. Ce qui nécessite une excellente acuité visuelle ! Serena peut sexer 3000 poussins à l’heure. Cela nous paraît un peu rébarbatif, comme labeur, mais Serena nous assure qu’elle aime beaucoup son travail.
Sa ferme s’appelle « Bellincontro », c’est à dire : « belle rencontre » !

Altaï est ravi de galoper dans les fossés d’irrigation pour l’heure à sec

Serena, outre ses chevaux, ses volailles et sa petite chèvre

possède un animal beaucoup plus original : un bœuf de race Maremme, très impressionnant, pourvu de cornes gigantesque. Eolo n’est ni un animal de trait, ni un animal de combat. C’est seulement un bœuf... de compagnie. Il a été offert à Serena par son ex-petit-ami. Le petit ami est parti, Eolo est resté !

21 Janvier : Cascina Bellincontro

Journée de pluie continue, terminée par une soirée épique ! Le vétérinaire, un docteur Colombo, arrive lorsque la nuit est déjà tombée. Nous amenons les deux juments sous un porche vaguement éclairé. Rien pour les attacher. Je tiens Océane à la longe, mais elle bouge sans cesse, terrorisée à l’idée qu’on va peut-être une nouvelle fois la séparer de sa sœur. Oswald tient Noé pendant que le véto l’examine. Les pieds sont OK. Aucune séquelle de l’abcès. C’est toujours ça ! Mais... une petite bronchite. D’où la toux et l’essoufflement qui survient assez vite si on demande un gros effort (ce qui a été involontairement le cas hier, avec ce fichu frein) Il signore dottore assure que ce n’est pas méchant du tout. Il prescrit un antibiotique et un anti-inflammatoire (évidemment !) Il nous conseille de prendre quelques jours de repos, et de repartir quand le soleil sera de retour. Serena dit qu’on peut rester aussi longtemps qu’il faudra, pas de problème de ce côté. Le docteur Colombo insiste lourdement pour que nous laissions les juments à l’abri de la pluie cette nuit. Les couvertures sont pourtant extrêmement efficaces : sur le corps, les juments n’ont pas un poil mouillé. Mais Serena et le vétérinaire nous laissent en plan pour s’en aller débarrasser un hangar de son tracteur, et reviennent nous inviter à y renfermer Océane et Noé pour la nuit.
C’est là que l’histoire devient épique. La nuit est noire, noire, noire. Il pleut comme bovin qui se soulage. Oswald est équipé de sa frontale déjà passablement déchargée. Sérana et le vétérinaire ont une lampe qui éclaire trois pas devant, et moi, rien du tout. Il faut faire le tour des bâtiments (immenses !) pour accéder au hangar avec les juments. Terrain glissant et plein de boue. Las ! Les deux nigauds que nous sommes... nous savions pourtant qu’il ferait nuit à l’arrivée du véto. Nous savions pourtant qu’il pleuvait. Mais nous n’avions pas pensé à sortir les bottes de la remorque. Nous n’avons donc chaussé que nos petits sabots de caoutchouc. Dans le noir et dans la boue, avec une Océane pas sage du tout, slurp ! Voici mes deux sabots aspirés par le sol gluant. Une Anne en chaussettes, pataugeant dans la gadoue bien froide (le thermomètre marque + 2°), qui n’y voit goutte, qui s’acharne à retenir une Océane déchaînée, et qui appelle au secours un Oswald qui a au moins l’avantage de porter une petite luciole au front. Le Oswald arrive, et... slurp ! l’un de ses sabots disparaît aussi ! La vague lueur de la frontale nous permet de retrouver mes deux sabots, bien enfoncés dans la glaise, mais impossible de retrouver celui d’Oswald !
Avec nos quatre pieds trempés-glacés, on pousse les louloutes sous le hangar. Elles tournicotent et s’agitent. Le hangar n’a pas de porte ! On confectionne une barrière de fortune avec des barres d’obstacle, des tonneaux de 200 litres et des palettes, le tout ficelé à la va-comme-je-te-pousse. Océane refuse de respecter les ficelles, appuie son poitrail contre les barres... tout ça ne m’inspire aucune confiance. Serena va chercher une botte de foin. Les juments s’en fichent et continuent à s’agiter. Le docteur Colombo dit qu’on n’a qu’à les laisser tranquilles, et qu’elle vont se calmer. De toute façon, la cour est entièrement fermée. Si elles cassent la « clôture », elles n’iront pas bien loin.
Pendant que le vétérinaire rédige son ordonnance et que je le règle, Oswald retourne à la roulotte pour ranimer le feu et se mettre les pieds un peu au sec. Même le pied encore chaussé est trempé : la boue et l’eau sont passées par-dessus bord ! Je suis frigorifiée (froid aux pieds = froid partout !) Pendant ce temps, Mr Colombo bavarde, les pieds bien au chaud dans ses grosses bottes !

Trois jours de repos à Bellincontro, donc. Serena nous gâte : pommes de terre, pommes, kiwis... Elle nous déniche même un mousqueton pour remplacer celui qu’Océane vient de casser.
La veille du départ, Serena attelle Kaplumbağa à son tracteur pour lui faire faire demi-tour : ça évitera aux juments une manœuvre délicate.

Grazie, Serena, grazie !{{}}

Le dernier soir, le soleil couchant nous offre un incroyable ourlet lumineux sur le mont Viso et ses petits frères. La photo ne donne qu’une très pâle idée de l’extraordinaire beauté de ce spectacle. Cinq minutes de pur bonheur !

24 Janvier : cascina Bellincontro – Cozzo 14 km

Ouh là là ! Ça secoue ! Les deux kilomètres qui séparent la cascina du village de Caresana sont chaotiques : chemin plein de trous. Ouille ! Mon dos en prend un coup. Ensuite, route toute droite et rizières, encore et encore. Nous traversons la rivière Sésia, qui va se jeter un peu plus loin dans le Po, sur un pont d’une longueur invraisemblable par rapport à la largeur du lit de la rivière. Cela signifie que cette Sésia doit connaître de temps à autre des crues impressionnantes !
De l’autre côté de la Sésia, fini le Piémont ! Nous voici en Lombardie. Ça avance, ça avance, notre voyage ! Piano, piano.
Claire et Stéfano nous avaient signalé un bon emplacement à Cozzo. et ils ne s’étaient pas trompés. Coin tranquille près du terrain de sport, à la sortie du village, avec une fontaine tout près du parc des juments qui nous alimente en eau sans qu’il n’y ait besoin d’enquiquiner personne.

25 Janvier à Cozzo :

C’est dimanche, il fait beau, farniente. On se balade dans Cozzo, on mange au restaurant, qu’on a eu beaucoup de mal à dénicher dans le labyrinthe du Château.

Amusant : au mur, six gravures dans le style des années 1900 – 1920, représentant des voitures de l’époque (Fiat et Alfa-Roméo) Toute l’allure des anciennes réclames pour les fabriquant d’automobiles. En y regardant de plus près, la jeune femme dans le vieux tacot qui ressemble encore à une voiture à cheval est équipée d’un téléphone portable. Sur une autre, le garçon qui admire la voiture automobile tient un skateboard sous le bras, et ainsi de suite. Chaque gravure comporte un anachronisme si flagrant... que le patron du restaurant ne s’en était jamais aperçu !!! Du coup, il s’est mis à examiner de très près ses six sous-verre ! On a bien ri.

26 Janvier : Cozzo – cascina Melegnana 13,5 km

Quelqu’un nous avait dit à Cozzo que nous trouverions de l’herbe à Olévano, à une dizaine de kilomètres. Bernique ! Le campo sportivo, où il y a effectivement de la belle herbe, est entièrement clôturé ! Aucun accès possible. Il est 13 heures, bien entendu la mairie est fermée. Les juments marchent bien.
(un peu trop ! Décidément le rythme du pas les ennuie, et je dois sans cesse me bagarrer pour les empêcher de trotter. Il paraît que les chevaux comprennent très vite ce qui est le plus confortable pour eux. Ben j’sais pas ! J’suis pas sûre ! En tout cas en ce qui concerne Océane et Noé ! Dès qu’elles partent au trot, je les enquiquine fortement avec le mors et le frein de la roulotte. Dès qu’elles repassent au pas, je lâche le frein et la pression sur les guides, ce qui devrait les mettre dans une situation beaucoup plus confortable. Bernique ! Au bout de 10 secondes, elles recommencent à vouloir trotter. Usant. Ça fait sept mois que ça dure. Si je les autorise à trotter, elles n’ont plus qu’une idée dans la tête : galoper !!! Heureusement, elles sont obéissantes et ne cherchent pas à embarquer. Je n’ai jamais aucune difficulté pour les reprendre. Mais ça me fatigue, à la fin, leur petit cirque ! Il leur arrive quand même d’être tout à fait sages en fin d’étape, pendant trois ou quatre kilomètres. Ouf ! Moralité : n’achetez pas des chevaux de compétition si vous envisagez de rouler tranquille-pépère avec une roulotte.)
Donc nous décidons de continuer jusqu’au village suivant, environ 5 km plus loin. On roule deux ou trois kilomètres, et tiens ! Un beau décrochement où on pourrait stationner la roulotte à l’écart de la route. Et un tout petit carré d’herbe. Pour le reste, bien entendu, rizières, rizières. Des hectares et des hectares de rizières pas encore labourées. Discussion. On s’arrête ou on continue ? On n’est pas sûr de trouver mieux plus loin. Et ce n’est plus tellement Noé qui a besoin d’un petit kilométrage. C’est... mon dos ! Bon. On s’arrête.

On vient à peine de dételer que le propriétaire de la rizière passe. Très souriant, il nous autorise à parquer les juments dans les chaumes. Il n’y a vraiment que très peu d’herbe, là-dedans. Mais il reste pas mal de paille broyée. Pendant qu’Oswald monte la clôture électrique, je mets les juments au piquet et à la chaîne dans le carré d’herbe, pour qu’elles puissent se gaver de verdure. Puis on les lâche dans la rizière. Elles en font le tour, naseaux au ras du sol, avec une mine dégoûtée. « C’est quoi, ce boui-boui ? »

Bon, débrouillez-vous, les filles ! En voyage, on ne peut pas toujours casser la croûte dans un quatre étoile ! Elles finissent par se résigner à grignoter par-ci, par-là. À la tombée de la nuit, on leur offre quand même une bonne brassée de foin. Hennissements de reconnaissance qui font chaud au cœur ! Eh ! Ne vous empiffrez pas si vite ! Il n’y en aura pas d’autre avant demain matin !
Et nous, devinez ce qu’on mange ce soir ? DU RIZ !!!

27 Janvier : Cascina Melegnana – Cergnago 3,5 km

C’est mon anniversaire aujourd’hui, et j’avais plutôt envie de me reposer que d’atteler. Mais les juments ne sont vraiment pas bien, ici. On leur a donné du foin, bien sûr, mais comme on ne peut pas se trimbaler avec plus de deux bottes, on essaie quand même de ménager les réserves. Le foin est plutôt rare dans les rizières !
Donc très tôt ce matin, Oswald décide d’aller à pied jusqu’au village suivant : Cergnago. C’est à un peu plus de trois kilomètres. S’il y trouve un bon emplacement, on attellera en fin de matinée ou début d’après-midi pour parcourir cette courte distance. S’il ne trouve rien, on restera ici aujourd’hui.
Il a trouvé ! À la mairie, on lui a opposé une fin de non-recevoir, mais le cantonnier avait un copain qui avait un pré au bord de la rivière...
Le pré est excellent, les juments ravies ! Elles ne relèvent plus le nez du sol !

Elles ont même un voisinage sympathique.

De l’autre côté de la ruelle, c’est un poney Shetland tout noir, doté d’une opulente crinière, qui trouve sympathique... et frustrant ! le voisinage de deux jolies demoiselles totalement inaccessibles. Il trotte sans cesse de long en large le long de sa clôture en lançant des salves de longs hennissements suraigus. Son petit cinéma va durer toute la nuit ! Ça vaut bien le chant des coqs ou les abois des chiens !

Pour la roulotte, l’immense parking en face du cimetière. Ce qui veut dire de l’eau à volonté. Celle de la rivière pour Océane et Noé, celle du cimetière pour nous. À l’intérieur du cimetière, il y a même des WC.

Tiens, trois rondes de carabinieri, et aucun n’exige qu’on montre nos passeports. La ronde de nuit nous réveille quand même pour nous demander... pourquoi le chien n’a pas de couverture !
Explication de ces rondes : il y a eu tout récemment des cambriolages à Cergnago. Ce qui a été volé ? Du vin et des charcuteries !

Quelques remarques

- En Italie, les vétérinaires sont logés à la même enseigne que les médecins : ils prescrivent les médicaments qu’il faut ensuite aller acheter à la pharmacie. Ils n’ont donc pas les ressources supplémentaires que se font les vétérinaires français en vendant eux-mêmes les médicaments.
De plus, leurs tarifs de visite sont moins élevés qu’en France. Par contre, un certain nombre d’entre eux n’ont pas de cabinet. De la sorte, ils n’ont pas à assumer les frais que cela représente. Ils se déplacent, examinent l’animal, posent le diagnostic, et prescrivent les médicament.

- Dans beaucoup de villes et village, il y a une « rue des donneurs de sang ». C’est mieux que de dédier les rues à des tyrans sanguinaires, style Napoléon, pour ne citer que lui...

- La majorité des WC mis à la disposition du public (restaurants, gares, et même cimetières), sont des toilettes turques. Moins pratiques, peut-être, que les belles cuvettes, mais plus hygiéniques. Le déclenchement de la chasse d’eau est assez souvent un test d’intelligence...

- Les clochers des églises : je trouve déjà ça suprêmement agaçant que ça nous rappelle sans cesse l’heure qu’il est, mais là, ils abusent. Comme nos chers clochers français, ils sonnent le nombre de coups de l’heure qu’il est. Mais en France, au moins, la demie ne sonne qu’un coup. D’accord, ça a un inconvénient : on ne sait pas de quelle demie il s’agit. Ici, on le sait. Parce que à la demie, le clocher re-sonne le nombre de coup de l’heure sur un ton, et le coup de la demie sur un autre. Ce qui donne, par exemple, s’il est quatre heures et demie : « dong, dong, dong, dong, ding. » En plus, on a parfois droit à de longs carillons dont nous ignorons le plus souvent la signification. À Montanaro, à midi, c’était carrément un concert !

- « Allô ! » se dit « Pronto ! » Ce qui signifie « rapide » ou « prêt ». Est-ce que ça veut dire « Allez, vite, dépêche-toi de dire ce que tu as à dire, je suis pressé » ou « vas-y, parle, je me tiens prêt à t’écouter » ?

- À Ivrea, a lieu chaque année un gigantesque carnaval qui dure plusieurs jours, incluant le Mardi-Gras. Ce carnaval a la particularité de comporter une bataille à coup d’oranges (aïe !) 400 tonnes (vous avez bien lu !) 400 tonnes d’oranges, disais-je, servent d’arme ce jour-là. Un train complet d’oranges arrive de Sicile spécialement pour l’événement. Nous n’aurons pas l’occasion de le voir : nous serons trop loin d’Ivrea au jour dit. Nous avons cependant jeté un coup d’œil sur des vidéos par le biais de l’ami Google. Impressionnant ! Des tonnes et des tonnes d’oranges jonchent les rues, piétinées, écrabouillées par des carrosses à quatre chevaux parés de pompons multicolores. Comme je m’insurgeais contre ce gaspillage, j’ai appris que comme pour le lait, par exemple, il existe des quotas de production pour les oranges. Et ces oranges-là sont le surplus de production Sicilien qui ne peut pas être vendu. Les seuls frais d’Ivrea pour l’arrivée de toutes ces oranges, c’est le coût du transport. Si la curiosité vous pique à ce sujet, allez donc chercher sur Google le carnaval d’Ivréa. Surprenant.

Anne, le 29 janvier 2015

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