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Suite Italienne 17/01/2015

2 Janvier 2015 : Vauda – Front 5 km

Aïe ! Aïe ! Aïe ! Aïe ! Aïe !
L’étape n’était pas longue, mais l’épreuve très rude !
Après la montée ardue pour arriver à Vauda, voici la descente en lacets vers Front. Habituellement, les descentes ne posent pas trop de problèmes à nos deux juments. Mais aujourd’hui ! Trois kilomètres de descente, sous bois. C’est à dire que la route est à l’ombre, qu’elle n’a pas dégelé, et qu’elle est totalement verglacée !
Avec ses belles chaussures neuves anti-dérapantes, Noé assure ! Vive les Old Mac’s ! Sur ce coup là, on peut leur faire de la réclame. Mais la pauvre Océane ripe et glisse sans cesse, se rééquilibre de justesse, et n’en mène vraiment pas large. Les clogs de Dallmer ne sont pas vraiment adaptés à la circonstance ! (Je n’ose même pas imaginer ce qui aurait pu arriver avec des chevaux ferrés.) J’arrête la roulotte, Oswald descend et déchausse Océane. Ça glissera peut-être un peu moins pieds nus. (Océane marche beaucoup pieds nus, mais elle avait pas mal usé dans la montée vers Vauda, et c’est pourquoi nous l’avions chaussée ce matin) Bof. Ça patine presque autant ! Oswald marche à pied juste devant les juments et leur parle beaucoup pour les rassurer. (En Allemand : ça les berce !) Je leur parle aussi, je les encourage autant que je peux. Elles sont parfaitement conscientes du danger. Elles descendent à tout petits pas très prudents. Je maintiens le pied sur la pédale de frein en prenant bien garde de ne donner aucun à-coup qui risquerait de faire déraper la roulotte. J’ai sans cesse dans la tête la chute à Chalamont. Les juments se comportent vraiment très très bien. Elles devinent que la moindre faute serait fatale. BRAVO, LES FILLES ! Vous êtes épatantes !
Nous arrivons en bas. La forêt se termine. Le soleil a séché la route.
Décompression ! Je m’aperçoit seulement maintenant combien tous mes muscles étaient tendus et mes nerfs sous tension. On arrive à Front. J’avais noté, lors de notre reconnaissance en voiture avec Luciano, une place possible près du cimetière. On n’a pas fait beaucoup de kilomètres, mais ça suffira bien pour aujourd’hui !
En raison du gel, l’eau du cimetière est fermée. Il va donc falloir mendier. Justement, deux hommes s’arrêtent pour admirer la roulotte. Je leur explique que nous avons besoin d’eau pour les juments. Une demi-heure plus tard, les voici de retour avec des amis, de l’eau, une bouteille de vin pétillant et des verres à jeter, garantis biodégradables, en plastique de maïs. On trinque ! (Moi, je prends les photos. Je ne me suis pas encore convertie aux boissons alcoolisées.)

À peine ces gens-là ont-ils tourné le dos que... POLIZIA ! Un vrai de vrai flic, celui-là. Sec. Pas souriant. Nous intimant l’ordre de partir immédiatement. Je lui désigne le panneau qui indique « Parking ». Après tout, notre roulotte est un véhicule, même si le moteur n’est qu’un deux-chevaux.
Il répond sèchement, dans un très mauvais anglais : « parking, no camping ! »
On lui explique qu’on ne peut pas partir, qu’il nous faut une heure pour atteler, et que la nuit va tomber. C’est trop dangereux de rouler la nuit. Et en plus, on ne sait pas où aller ! Il répond qu’on n’a qu’à aller au camping, c’est seulement à 5 km d’ici. Le camping ? Mon œil ! À cette saison, il est plus que probablement fermé. Le flic assure qu’il repassera dans une heure, et qu’on a intérêt à être partis. « C’est la loi, je suis là pour faire respecter la loi, nous rabâche-t-il. Ici, c’est un cimetière. Une zone de respect ! Vous entendez ? Une zone de respect ! Pas un camping ! » je lui fais remarquer que nous sommes assez loin du cimetière. La place est immense, il n’y a pas un chat, je ne vois pas en quoi nous pouvons gêner.

Mais il est vrai que nous avons parqué les juments contre le mur de l’endroit. C’est sans doute manquer de respect aux morts.

Oswald désigne les prairies tout alentours, le flic répond d’une voix sèche « privato ». Oswald dit qu’il va chercher le propriétaire et demander une autorisation. Puis, se tournant vers le flic avec son plus beau sourire et ses yeux pétillant de malice il chuchote d’une voix très douce : « Et si dans une heure on est encore là, vous nous mettrez en prison ? » le flic ronchonne et s’en va.
Oswald prétend rester. « Qu’est-ce que tu veux qu’il fasse ? Il ne va pas atteler les juments, ni nous mettre en tôle ! »
Ce brave flic ne soupçonnait pas qu’il allait, grâce à son intransigeance, nous permettre une nouvelle belle rencontre. Il n’avait pas tourné le dos depuis cinq minutes qu’un gros 4X4 vient se garer près de nous. Un homme dans la cinquantaine en descend et s’exclame « Che bello ! ». On lui parle de nos préoccupations. Ça tombe bien ! Il est le propriétaire du pré où nous avons parqué les juments. Il assure qu’on peut les laisser où elles sont, et que la polizia n’aura rien à dire ! Si nous n’avons pas le droit de camper dans la « zone de respect », les juments pourront s’y gaver d’herbe, elles !
Quant à la roulotte... Il l’attelle à son 4X4 et va la garer chez lui, sur son parking « privato » ! C’est à 50 mètres de là, les juments ne seront pas loin de nous. Voilà notre Kaplumbaga garée juste derrière un vieux bus scolaire Américain datant de 1968. Son moteur tourne comme une Horloge. Salvo et Manuela ont l’intention de partir en voyage avec lui.

Ah ! Salvo et Manuela ! Gentillesse et discrétion ! Le soir même, Manuela nous apporte une soupe encore toute chaude et... une bouteille de vin !!! Soupe d’orge, pommes de terre, haricots. Nous n’avions jamais goûté à l’orge. Ce potage est un délice.
Et bien sûr, sécurité oblige, une grosse grille ferme la voie privée ! Et les services de sécurité qui font la ronde laissent un ticket sur la porte, comme preuve de leur passage.

Nous sommes invités à rester plusieurs jours. Ma foi... profitons-en ! Salvo est le président des fans Italiens de la mustang (voiture de chez Ford, pas le mustang, cheval des Montagnes Rocheuses) Cela se ressent jusque dans son poulailler !

Le lendemain, nous découvrons une belle rivière. Promenons-nous au bord de l’eau.

Paysage enchanteur.

Un chemin tranquille mène jusqu’au village, ce qui nous évite d’emprunter la route. Altaï est ravi. Il galope comme un fou, patauge dans la rivière, et joue avec la glace.

En flânant dans Front, nous découvrons quelques curiosités :
Un antique distributeur automatique de paquets de cigarettes, toujours en service.

En Italie, il y a un distributeur automatique devant chaque bureau de tabac. L’état de celui-ci est tout de même un peu surprenant !
Un radar automatique sur lequel un joyeux farceur a déposé un mignon petit éléphant en peluche.

Sur la place de la mairie, une sculpture réalisée par un (ou plusieurs ?) élève de l’école de sculpture du coin.

Luciano vient nous rendre une petite visite. Il trouvait inadmissible que nous puissions quitter la région sans avoir goûté aux « vrais » fromages du coin. Ni aux « vrais » petits gâteaux régionaux !
Le voici donc qui nous apporte (et pas des petites parts !) de quoi y goûter.

7 Janvier : Front – San Benigno 14km

Voici une belle petite vidéo de notre départ, filmée par Salvo ! Si tu vois d’abord une page blanche, tu attends patiemment ! Il lui faut un peu de temps, à ce film, pour arriver sur ton écran !
CLIQUE ICI

Installation au bord de la rivière, sur un terrain communal, pas de problème pour abreuver les juments.

À la nuit tombée, bien sûr... carabinieri ! (Faut croire qu’il y a toujours une bonne âme pour téléphoner à la polizia ou aux carabinieri quand on arrive quelque part !) Ils nous demandent (très gentiment) si nous avons la permission de la mairie. Oswald répond qu’il y est allé, mais que c’était fermé. Faut montrer les passeports, ben tiens ! Ça, on n’y coupe pas. Mais ils s’intéressent à notre aventure, compatissent sur nos difficultés à trouver des emplacements, et s’inquiètent de savoir si on n’a pas trop froid la nuit.
Un peu plus tard, une jeune femme qui parle très bien le français vient nous voir avec sa petite Mariam de cinq ans et... un cadeau ! Devinez quoi ? Des petits gâteaux présentés dans un paquet joliment enrubanné.

Mais... ! 8 Janvier, au petit matin, Oswald décide d’aller demander une autorisation officielle de la commune pour rester jusqu’à demain matin. Accordé ! (Attention : demande écrite, signée de nos deux mains, et présentation des passeports.) L’argument béton du Oswald, ce vil flatteur ? « Votre ville est si belle, ce serait vraiment dommage de ne pas avoir le temps de la visiter ! »

Et finalement, c’est vrai que ça aurait été dommage. Belle promenade dans l’après midi ensoleillé mais bien frisquet. Une abbaye « multi-époque », qui date du XIème siècle pour ses plus anciennes pierres, pour terminer par un pâté néo-classique à colonne qui (à nos goûts, celui d’Oswald et le mien, nous assumons) défigure totalement le reste.

Une flânerie dans les vieilles ruelles

La découverte d’une « vache à lait » : lait tout frais, directement du producteur au consommateur, 1€ le litre.


Journée quand même quelque peu gâchée par la nouvelle de l’attentat, hier, à Charlie Hebdo. Vu sur le Net le dernier dessin de Charb. Prémonition ? J’en ai pleuré...

9 Janvier : San Benigno – Montanaro 12 km

Toujours du soleil ! Gelées le matin, mais dès que le soleil monte un peu, les températures grimpent jusqu’à 13 à 15° à l’ombre. Au soleil, on a presque chaud !
Étape facile, toujours sur le plat. Les montagnes s’éloignent.

Stationnement sur un parking « riposo » (repos) Eh non, ce n’est pas une aire de repos ! C’est le parking d’une usine de matelas ! Avec les ratés en tas juste à côté de nous ! Et un tout petit peu plus loin : un « autoriparazzione ». Ça tombe bien : le timon de notre petite remorque est en train de rendre l’âme tout doucement. Chaque jour, il se plie un tout petit peu plus.

« S’il vous plaît ! Vous pouvez faire quelque chose pour nous ? » C’est oui !

Et nous voici avec un beau timon tout neuf et très costaud !

À Montanaro, le lendemain matin (10 Janvier) on reçoit un mail, en anglais, de la fille d’une dame avec qui Oswald avait un peu bavardé à San Benigno. Elle nous demande où on est : elle a des cadeaux pour nous. Je réponds aussitôt, et à peine une heure plus tard, Elena et sa Mamma sont là, les bras chargés ! Elles n’ont même pas oublié Altaï !

L’après-midi, Luciano vient nous rendre une petite visite, les bras lui aussi chargés de cadeaux ! Et il nous emmène en voiture reconnaître notre prochaine étape.
Bruna, qui habite la maison toute voisine, nous invite à venir prendre une douche. Alors ça, c’est pas de refus ! Et quand nous arrivons chez elle... nous sommes carrément invités à dîner. Claudio, le mari de Bruna, a eu le temps de jeter un coup d’œil à notre site. Tous les deux ont des tas de questions à nous poser. Le dîner est délicieux, Et Bruna s’est surpassée en confectionnant un superbe gâteau à l’orange.
Grazie, grazie, Claudio & Bruna !!! On ne vous oubliera jamais...

11 Janvier : Montanaro – Borgoregio 17 km

Départ tardif, à midi passé ! Un brouillard à couper au couteau, ce matin, nous faisait un peu peur.

Heureusement, le brouillard a eu la bonne idée de se lever peu après notre départ.
Finalement nous avons roulé jusqu’à 15 heures, sous un beau soleil, et par 16° à l’ombre. Plus de kilomètres que prévu : nous avons fait un détour inapproprié ! Nous sommes sur la plaine, avec les Alpes encore en toile de fond. Les juments n’ont pas été aussi bien depuis longtemps. Noé marche beaucoup mieux, moins de stress, et pour une fois, elle n’était pas trempée de sueur à l’arrivée. Quant à Océane, elle marche toujours pieds nus, pour l’instant. Depuis que nous sommes en Italie, nous ne l’avons chaussée qu’une seule fois. Et encore, c’était pour la fameuse étape verglacée, où nous l’avons déchaussée en cours de route. Ses soles sont très dures, et la corne semble repousser à peu près à la vitesse où elle s’use. Je surveille toujours de très près ses pieds, avant le départ et à l’arrivée. Je ne croyais pas tellement cela possible, quand j’ai commencé, avant le départ, à m’intéresser au « sans fer ». Comme on peut toujours chausser au cas où les pieds deviendraient sensibles, je n’hésite pas à tester jusqu’où Océane ira comme ça.
Nous stationnons ici en dehors du village, sur une très vaste aire de pique-nique, en bordure d’un canal d’irrigation. Comme d’habitude, bouteilles, canettes, sacs plastiques, bidons de toutes sortes, décorent le paysage. Malgré le panneau interdisant de jeter les ordures. Et ce n’est pas le manque de poubelles : il y en a partout.
Le système d’irrigation, datant des années 1500, puise l’eau dans la Dora, et l’emmène vers le Po.
Mais comment faire pour les champs qui se trouvaient plus haut que le canal ? Une roue à aubes munie de godets (ruota) tournait dans le canal pour remonter l’eau et la déverser dans le fossé irrigateur. L’antique roue est désormais sortie de son bief, et finit tout doucement de rouiller là, juste à côté d’une chapelle en ruines. Dédiée à san Giacomo di Giavara, la chapelle avait été construite en 1200, puis détruite par la guerre en 1400, et réédifiée au XVIIIème siècle. Elle meure en silence en compagnie de la ruota. Peut-être se racontent-elles, les jours d’ennui, quelques histoires du bon vieux temps...

Et le lendemain,12 Janvier, journée farniente sous un beau soleil. Nous avions reçu un courriel de Claire et Stefano avec cet ordre impératif : « Ne bougez plus ! On vous a cherché hier à Montanaro, mais vous étiez déjà partis ! »
Donc, Claire, Stefano et leur bébé de un an, Camillo, sont venus passer l’après-midi avec nous, en apportant une galette des rois. Il faisait si beau qu’on l’a partagée dehors.

Claire et Stefano sont musiciens, et ils assurent leurs tournées... en roulotte ! L’été, seulement. Donc, entre roulottiers, devinez de quoi on a parlé.


13 Janvier : Borgoregio – Livorno Ferraris 10 km

Belle route toute droite, bien plate, avec un beau goudron lisse. J’en profite pour offrir un vrai plaisir à Océane et Noé : trotter. Trotter pour de vrai, d’un beau trot souple et régulier. Avec mon autorisation. Elle sont aux anges ! Elles y mettent tout leur cœur ! Et ça allonge, et ça allonge ! Depuis le temps qu’elles en rêvaient... N’oublions pas qu’elles ont une mère trotteuse. Ça doit marquer, quelque part. Kaplumbağa file, file ! On n’a jamais été aussi vite. Tiens ? Un indicateur de vitesse ! 15 km/h ! On se croirait presque dans le T.G.V.
Le paysage ? Bof ! Rizières en hiver. Ordures qui traînent absolument partout. Bon, O.K. ça donne un peu de couleur au panorama. Presque toute cette région-là est occupée par le riz.

Les moines Cisterciens, au XII ème siècle, on assaini cette plaine marécageuse en y introduisant la culture du riz. Les canaux d’irrigation ont été conçus et dessinés par... Léonard de Vinci. Lui-même. Il a vraiment touché à tout, cet homme-là !
On déniche un stationnement... dans une station service ! Eau à volonté.

Et le 14 janvier, les deux crapules nous gratifient d’une nouvelle et superbe fugue ! À mon nez et à ma barbe. (Oswald était absent) Et au galop ! Qui s’est terminée au beau milieu de la ville, où j’ai pu les coincer dans une impasse. Retour au bercail, les deux juments tenues en longe, sages comme des images. Escortée par les carabinieri !

15 Janvier : Livorno Ferraris – cascina Stroppie 14 km

Nous avons emprunté une toute petite « via agricola » au milieu des rizières. Sublime paysage !!!!!

Et bien sûr, sur cette route à une seule voie, fossé d’irrigation à gauche et fossé d’irrigation à droite, petite route où on a dû croiser cinq voitures en deux heures, il a fallu que nous rencontrassions... un énorme poids lourd venu de Roumanie livrer des pneus dans une cascina (ferme). Impossible de croiser ! Il a fallu dételer les juments. Pendant que je les tenais sur la digue du fossé d’irrigation, Oswald et le chauffeur du poids lourd ont réussi à pousser la roulotte à ras le fossé, et le poids lourd a pu passer. Juste, juste, juste ! Ça c’est l’aventure ! Le genre de trucs auxquels on s’attendait. Au lieu d’abcès aux pieds et de constipations qui n’en finissent pas ! Touchons du bois : les juments marchent très bien, on peut leur octroyer le plaisir d’un bon petit temps de trot qu’elles goûtent fort, le plaisir, quoi !
Le problème, dans les rizières, c’est qu’il n’y a pas d’herbe ! On nous avait dit ! Pas de problème, il y a un assolement riz-jachère. Il suffira de mettre les juments dans les jachères. Sauf que l’assolement, c’est plutôt riz-maïs. Dans les champs de maïs moissonnés, il n’y a pas un brin d’herbe. Et les vraies jachères sont quand même travaillées (cover-crop) et très argileuses. Si on y mettait les juments, elles s’y enfonceraient jusqu’au genou ! Par dessus le marché, il n’y a pas plus d’herbe que dans les maïs coupés ! (On n’ose pas imaginer les quantités d’herbicide utilisées)
Donc pas question de faire les difficiles sur l’emplacement du bivouac ! Tiens ! Là ! Un virage ! Du coup, un espace bien enherbé entre la route et le canal d’irrigation. Stop ! La roulotte a un petit air penché, tant pis, on s’en accommodera. Le principal, c’est qu’Océane et Noé aient de quoi casser la croûte !

L’immense ferme rizicole, une centaine de mètres plus loin, s’appelle cascina Stroppie. Les cascine, assez isolées les unes des autres, sont immenses. Les bâtiments gigantesques devaient servir autrefois à loger l’importante main d’œuvre que nécessitait la culture du riz, aujourd’hui bien sûr totalement mécanisée. Ce sont d’ailleurs les femmes qui travaillaient dans les rizières (mondine) qui sont à l’origine du très célèbre « Bella Ciao », reprise plus tard, avec des paroles plus révolutionnaires par les partigiani. Les mondine s’y plaignaient du dur travail au milieu des moustiques et sous la surveillance du « capo » armé d’un bâton, priaient la Vierge, et terminaient la chanson sur la certitude qu’un jour, elle travailleraient librement.

16 Janvier : Cascina Stroppie – Ronsecco 8,5 km

Nous fêtons le départ pour notre cinquantième étape dans un brouillard à couper au couteau ! Hier, Un Mauro et une Rosalina, qui passaient par là et s’étaient arrêtés pour admirer notre roulotte, nous avaient dit qu’il y avait un arrêt possible à Ronsecco. Un restaurant avec un grand parking et de l’herbe. Nous partons donc avec l’idée de nous y arrêter si l’emplacement nous semble favorable.
Rouler dans le brouillard n’est pas très drôle, ni très prudent. Donc plus la route sera courte et mieux cela vaudra. Nous avons parcouru environ deux kilomètres, quand des automobilistes nous font signe de stopper. Ce sont Mauro et Rosalina qui sont venus à notre rencontre pour nous offrir... une bouteille de vin et un saucisson !

La « via agricola » est si peu passante que nous laissons Altaï galoper en liberté. Et il galope, l’animal ! Trop heureux de se défouler ! Il ne se laisse pas déborder quand je lance les juments au trot. Océane et Noé débordent de joie lorsque je leur accorde ce plaisir, désormais possible. Le pied de Noé va bien, les routes sont droites et lisses, pourquoi se priver ? Un héron très en colère et le manifestant fort bruyamment décolle juste sous le nez d’Altaï. Pour les amateurs d’oiseaux : beaucoup de grandes aigrettes, hérons cendrés, corneilles mantelées, pigeons, rouge-gorges, mésanges. C’est ce que nous voyons le plus.
Ronsecco !

L’emplacement indiqué, s’il manque d’esthétique, semble en tout cas pratique. Oswald descend demander au patron du restaurant si on peut s’installer, c’est O.K. Au moment où je tourne pour m’engager sur le parking, des carabinieri nous croisent. Bien entendu, ils se garent eux aussi ! Passeports, s’il vous plaît. Et pour rester ici, il faut l’autorisation de la mairie : le parking est municipal. Il est midi. Oswald fonce à la mairie pendant que je fais patienter les juments, qu’on a dételées, mais pas dégarnies (on ne sait jamais...) Il y est reçu par une jeune femme qui lui demande de revenir à 16 heures. Donc... on s’installe. Dans le brouillard. Et on verra bien.

Pour fêter dignement cette Cinquantième, nous déjeunons au restaurant, joliment baptisé Edelweiss.
À 16 heures, bonne nouvelle : l’autorisation du municipio est accordée.
Mais... le carré d’herbe attenant où nos avons parqué les juments, lui, n’appartient pas à la mairie. Nous l’apprenons très sympathiquement par le paysan lui-même, propriétaire du dit pré, éleveur de vaches à lait avec production fromagère. Il nous apporte une pleine brouette d’excellent foin pour Océane et Noé ! Il nous précise que si besoin, nous pouvons agrandir le parc. Puis Sonia, la jeune paysanne, accompagnée de son fils Alessandro (4 ans), nous apporte un cabas très lourd pour nous souhaiter bon voyage ! Inventaire : des confitures de prune faites maison, deux bouteilles de vin AOC de la région, et 5 kg de riz, direct de la ferme, joliment empaqueté dans un tissu fleuri.

Quelques remarques

  • Quelqu’un nous parle d’une piste cyclable, assez large pour la roulotte, qui longerait le Po jusqu’à son embouchure. Nous pourrions la suivre longtemps, sans être embêtés par les voitures, puis remonter vers le Nord. À première vu, cela semble séduisant. Encore faut-il que les roulottes soient autorisées à l’emprunter. Peut-être, en nous y prenant bien, pourrions nous obtenir une autorisation ? Je vais jeter un coup d’œil au site, et aux photos de la fameuse voie cyclable. Ouh là ! C’est juste un projet, pour l’instant. Certaines tranches existent déjà, parfois un peu chaotiques, mais bon, à la rigueur ça pourrait le faire. Quand les tranches n’existent pas, il faut emprunter la route, soi-disant pas très circulante, mais marquée en rouge sur la carte, tout de même. Autre inconvénient, ça rallonge par rapport à l’itinéraire prévu initialement. On en parle à droite et à gauche, on se renseigne, et on entend : « oh la la ! Pour l’instant, c’est seulement un projet ! Et vous savez, en Italie, il existe des projets qui sont en projet depuis... 40 ans ! »
  • Triste : on voit, en pleine campagne, sur les petites routes, de jeunes prostituées, toutes des Noires, qui attendent le client, assises sur une chaise le plus souvent en plastique, mais parfois plus raffinée. Elles sont toujours entourées de quelques immondices (canettes et sacs plastiques). On les salue en riant, elles rient aussi, ça leur fera au moins une petite histoire à raconter. Sur le bord de la route on remarque assez souvent un petit tas d’immondices qui restent là tout seuls, abandonnés. On soupçonne fort qu’il s’agissait d’un poste d’attente. Nous apprenons qu’il s’agit de jeunes Nigérianes, esclaves « dressées » dans leur pays, qui sont amenées en Italie pour un an ou deux, puis remmenées chez elles. Bien entendu, la loi interdit strictement ces pratiques douteuses. En théorie. Mais tout le monde est au courant, et apparemment rien n’est fait pour tenter de résoudre le problème. Le bruit court (réalité ou rumeur infondée ? ) que les souteneurs des filles en question auraient promis aux autorités Italiennes leur aide dans la lutte contre le terrorisme « made in Nigeria », en échange de quoi on fermerait les yeux sur leur petit commerce.

  • Mais à propos de rumeurs, on peut s’en méfier ! Le bruit court en Italie qu’en France il est interdit d’avoir un seul chien. Obligatoire d’en posséder au minimum deux ! Pauvre chien, tout seul, il s’ennuierait trop ! (D’où peut donc bien provenir cette légende ?)
  • Ce qui n’est pas une rumeur, par contre (cela nous a été confirmé par un contrôleur des finances que nous avons rencontré) : quand on fait des courses, il faut garder le ou les tickets de caisse jusqu’à la maison. Si on se promène dans la rue avec un sac à provisions chargé, on peut se faire contrôler à n’importe quel moment ! On a appris ça un jour où Oswald a refusé le ticket de caisse en disant qu’on n’en avait pas besoin. La caissière l’a regardé avec des yeux ronds. « Comment ? Vous ne savez pas ? » Au début, on a cru à une blague. Ce n’en n’est pas une.
  • Impossible de trouver des allumettes dans les épiceries ou les supermarchés. On nous propose des briquets. Mais nous, on veut des allumettes. Une commerçante finit par nous expliquer qu’il faut pour ça s’adresser à un bureau de tabac. Et pour cause : les allumettes sont taxées, eh oui, comme les paquets de cigarettes. Les boîtes doivent être scellées avec le petit timbre fiscal : « imposta fiammiferi ».

  • Contraste saisissant entre les maisons nickel, et les jardins fourbi, dont les abris sont faits de bric et de broc.

  • Chaque città possède son distributeur d’eau. Vous amenez votre bouteille et vous pouvez avoir au choix : eau plate, eau plate rafraîchie, eau gazeuse, eau gazeuse rafraîchie. Pour 5 centimes le litre.

  • Devant les bureaux de tabac, on trouve des distributeurs automatiques de paquets de cigarettes, et devant certaines pharmacies, des distributeurs automatiques de médicament.

  • En Italie, il n’existe pas d’ambulance privée. Tous les transports d’urgence sont assurés par la Croix Rouge Italienne. Et on les entend ! Ça pimponne sans cesse, pas seulement aux carrefours stratégiques.
  • Pour finir, toute l’Italie résumée en une photo : l’enseigne rigolote, l’image pieuse, et la caméra de surveillance !

Anne, le 17 Janvier 2015

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