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Fêtes à l’Italienne 3/01/2015

Feu vert ! Carolina estime Noé capable de repartir moyennant quelques précautions.

Dimanche 21 Décembre : Avigliana-Caselette 11,5 km

Les deux juments sont tout excitées de repartir. J’ai un mal fou à les tenir ! La route est plate, pas de difficulté de traction, ça les démange de trotter ! Une grille de fer qui traverse la route, et Mademoiselle Noé décide de... SAUTER ! Rien que ça !
Je suis épuisée, et mon dos cafouille. Le paysage vaut la peine, pourtant !

Heureusement, en arrivant à Caselette, voici un endroit qui semble bien accueillant ! Restaurant-pizzeria, Camping, et lac avec pêche à la carte. Un grand parking, grilles ouvertes, avec un panneau indiquant que c’est réservé à la clientèle. Et à l’entrée, en grosses lettres : « BENVENUTI » Parfait, pensons-nous, on s’installe, et on mangera à la pizzeria. Une passante nous dit que c’est ouvert ce soir.

Les juments sont parquées sur une prairie qui paraît faire partie de l’ensemble.
Nous sommes installés depuis une heure environ, quand arrive un type excité est furibard, nous disant qu’on se trouvait sur une propriété privée, et que nous devions dégager de là dans les dix minutes à suivre ! Il rêve, le pauvre ! Rien que pour préparer les juments, il nous faut une bonne heure, et la nuit va bientôt tomber. Oswald joue à celui qui ne pige rien. Il essaie quand même de faire comprendre au type qu’on partira dès demain matin. C’est là que ça devient drôle, et très Italien. Le type bouge ses bras dans tous les sens et piaille comme une poule à qui on aurait chipé ses poussins. Il possède une voix assez aiguë, de sorte que l’ayant entendu avant de le voir, j’avais d’abord cru qu’il s’agissait d’une femme. « Privato, privato ! » Répète-t-il sans cesse. Puis il se met à se lamenter en faisant de grand moulinets avec les bras, en nous montrant la route, le parking, le pré. « Tout ça c’est à moi ! À moi ! (je vous le fais en français) c’est comme si vous aviez violé ma maison ! C’est ma maison, ici ! Vous êtes rentrés dans ma maison ! Vous comprenez, vous comprenez ? Si dans dix minutes vous n’êtes pas partis, j’appelle les carabinieri ! » Oswald se met à l’imiter en bougeant dans tous les sens et en prenant la voix la plus haute qu’il peut : « oui, oui, je comprends bien : quand on parle fort avec plein de gestes, on est très fâché ! Mais je ne vois pas de maison, là ! Ce n’est pas une maison, ça ! »
le type téléphone à un copain qui parle français. Celui-ci arrive. On lui explique qu’on ne croyait pas mal faire, qu’on avait l’intention de manger au resto ce soir, et que donc, comme le parking était réservé à la clientèle...
Le proprio affirme que la pizzeria est fermée, et le parking n’est autorisé que quand elle est ouverte.
- Mais tout à l’heure, on nous a dit qu’elle serait ouverte ce soir !
- Non ! Non ! C’est un mensonge ! Ce soir elle est fermée, et je veux fermer mes grilles.
- Bon si ce n’est que ça, on peut sortir la roulotte du parking, et l’installer sur le bord de la petite route jusqu’à demain matin.
- Non ! La route est à moi aussi ! C’est comme ma maison ! Tout est à moi ici !
- Mais seulement jusqu’à demain ! Et on vous paiera l’herbe, pour les juments.
- Non, je ne veux pas d’argent ! Il faut partir, tout de suite !

Sur ce, le gérant du restaurant-pizzeria arrive. Il explique au propriétaire qu’il lui paye un loyer et que c’est donc à lui de décider s’il nous autorise à rester. Grosse colère du proprio. È mio ! È mio ! È mio ! È mio !
Discrètement, Oswald s’éloigne pour les laisser régler leurs comptes. Il discute avec le copain qui parle français, qui a l’air fort gêné. Je mets mon grain de sel en montrant le panneau « benvenuti ». Puis je demande si on pourrait s’installer au camping. Éclat de rire ironique. « À cette saison ? Vous êtes folle ! C’est fermé ! »
Pendant ce temps, le proprio en a fini avec son locataire qui repart tête basse, et il appelle les carabinieri.
Qui arrivent environ une demi-heure plus tard.

On reprend notre histoire, et pourquoi nous nous sommes installés ici sans scrupule. Je remontre le panneau « Benvenuti ». Oswald leur explique qu’on ne peut plus partir maintenant ! La nuit tombe, il nous faut une heure pour atteler, rouler de nuit c’est dangereux, et pour aller où ? C’est déjà compliqué de trouver un emplacement le jour, alors la nuit... Les carabinieri sont très sympas, tout à fait compréhensifs, mais, affirment-ils le propriétaire est dans son droit de refuser de nous accueillir. D’ailleurs, il veut fermer les grilles du parking. Mais on peut sortir la roulotte et la garer sur le bord de la route. Quant aux juments, ils nous désignent un petit chemin, juste à côté, qu’on n’avait pas remarqué, et qui abouti dans un pré où on pourra monter la clôture pour la nuit.
Le proprio est parti en grommelant.
Arrive l’un des pizzaioli qui travaille à la pizzeria. Il vient... ouvrir la pizzeria ! Il travaille ce soir. Le parking reste ouvert ! Il parle un assez bon français, et nous lance, bien en français, un tonitruant : « c’est un connard ! On ne peut rien y faire ! »
Les carabinieri et le pizzaiolo nous aident à pousser la roulotte hors du parking.
Ensuite, on change les juments de pré.
Je me promène avec Altaï, et j’en profite pour couper une petite branche de sapin qui nous servira d’arbre de Noël.
Le pizzaiolo nous affirme que ses pizzas sont très bonnes. On ira quand même donc en manger une ce soir.
Et c’est vrai qu’elles sont très bonnes. Beaucoup de monde. Le parking est bondé !
Attendez ! L’histoire n’est pas finie !
Le lendemain matin, on se réveille à six heures pour préparer notre départ. Quelques voitures sont restées sur le parking : celles des gens qui avaient un peu forcé sur l’alcool, et qui avaient été assez raisonnables pour se faire reconduire chez eux. Mais le proprio était bel et bien revenu fermer les grilles de son parking au beau milieu de la nuit ! Et les cadenasser ! Donc ce matin, un jeune homme vient récupérer sa voiture pour aller au boulot. Impossible ! Et dans le parking, un autre, qui a carrément dormi dans sa voiture, ne peut pas sortir ! Le jeune homme est catastrophé. Il lui faut absolument sa voiture pour aller travailler. Oswald tient sa vengeance ! On est assez bien outillé, dans la roulotte ! Entre autre, on a une très bonne scie à métaux. (Oswald est très à cheval sur la qualité de l’outillage !) Donc, il va chercher la scie à métaux, coupe la chaîne, ouvre la grille, et le tour est joué !
Un peu plus tard, le pizzaiolo arrive. On lui explique ce qui s’est passé. « Le connard ! » répète-t-il. Il est revenu au milieu de la nuit refermer les grilles. Au milieu de la nuit ! Juste pour emmerder le monde ! »
Bon allez, on attelle ! Pas besoin de se retrouver poursuivis pour effraction !

Juste avant que nous ne partions (les juments sont garnies) un jeune couple s’arrête nous dire bonjour. La jeune femme, Elena, est artiste (théâtre). Et elle a travaillé au cirque Bidon ! On n’en a pas fini de dire que le monde est petit ! Pour ceux qui ne connaissent pas, le cirque Bidon (excellent spectacle, s’il passe près de chez vous, je vous le recommande chaudement !) se déplace encore avec des roulottes tractées par des chevaux. Son point d’attache se situe à Sainte-Sévère, dans l’Indre, donc tout près de chez nous. Comme le cirque Bidon a tourné un bon moment en Italie, j’avais demandé à François, le patron, avant notre départ, des conseils sur le meilleur itinéraire possible pour franchir les Alpes avec la roulotte. La meilleure amie d’Elena a été la compagne de François pendant cinq ans. Davide et Elena nous offrent un pandoro (gâteau traditionnel de Noël), et deux petites cloches pour décorer notre « sapin ».

Lundi 22 Décembre. Caselette – Brione 5 km

On n’a pas fait beaucoup de kilomètres, mais il faut savoir s’arrêter quand un emplacement nous tend les bras ! C’est à dire un cimetière, donc de l’eau à volonté, et une belle prairie, avec le sourire du propriétaire ! À la sortie de Caselette, nous nous étions arrêtés pour demander la direction à un passant... qui nous a insultés, affirmant que nous torturions notre chien, et qu’il allait appeler la polizia !
Et justement, au moment où nous rentrons sur le parking du cimetière, voici une belle voiture : POLIZIA. Une jeune femme en uniforme en descend. Elle est très souriante, et elle parle français. Elle nous explique gentiment qu’en Italie, on n’a pas le droit d’attacher les chiens, et que si on continue, on risque des ennuis. (Et c’est vrai que plusieurs fois, de gens nous ont doublé, en nous disant « cane ! Cane ! », mais on n’y avait pas trop prêté attention, ne comprenant pas exactement le pourquoi) Donc, il faudra désormais qu’Altaï voyage DANS la roulotte. Il va faire du lard, le coco !
La fliquette nous demande aussi si nous présentons des spectacles. Non, nous voyageons seulement. Alors, c’est bon, on est en règle. Car les véhicules hippomobiles qui servent au spectacle, dans ce pays, doivent obligatoirement être immatriculés. Ceux qui servent au voyage, non.
Bon, ça y est ? On peut s’installer ?
Avec le raphia qui ficelait le pandoro offert par Elena et Davide, je fabrique un mini « bouc » de Jul. Bon, il faut un peu d’imagination pour deviner que c’est un bouc. Il a plutôt un cou de girafe ! Mais en tout cas, il a quatre pattes et deux cornes !

Parce que c’est la fête de Jul, aujourd’hui. Le solstice ! Pour nous, c’est très important : ce sont les jours qui vont rallonger ! Le soleil qui va revenir taper un peu plus longtemps chaque jour sur nos panneaux solaires ! ( En ce moment, on est obligé de faire très attention à notre consommation électrique ) Alors, en bons païens que nous sommes, c’est aujourd’hui la fiesta !
Petit déjeuner au lit

Mitonné un bon petit repas !

Goûté le pandoro offert par Davide et Elena.

C’est décidé, demain on reste là. Ce n’est pas si mal, pour Noé, des petites étapes avec un jour de repos chaque fois que ce sera possible.
Et comme on l’avait déjà remarqué, les cimetières sont très fréquentés.
Comme j’observe les juments par la fenêtre de Kaplumbağa, leur comportement attire ma curiosité : elles regardent toutes les deux dans la même direction, immobiles, attentives. Que se passe-t-il ? Je sors de la roulotte. Ouh là là ! Embouteillage monstre ! Tout un troupeau de moutons en transhumance, au beau milieu de la route, (très fréquentée, la route !) accompagné de quelques chèvres, huit bourricots, dont quelques uns sont bâtés, de chiens (bergers de Maremme et bâtards), et bien entendu de leurs bergers. 1200 moutons pour quatre bergers !

Le cimetière étant bien fréquenté, nous avons de la visite. Et des cadeaux qui pleuvent ! Aujourd’hui, 23 Décembre, il fait si beau et si doux que nous déjeunons dehors !

Nazareno, un peintre, nous offre une bouteille de spumanti, six litres d’eau, et deux petites aquarelles exécutées spécialement pour nous. Vraiment jolies. Nous les épinglons au-dessus du bureau d’Oswald.

24 Décembre Brione – La Cassa 8 km

Au moment où nous allons partir, un couple nous apporte encore du vin et un panettone...
Et Nazareno, encore, avec une bouteille de vin, lui aussi, et des petits gâteaux au fenocchio (fenouil).
Décidément !

Arrivés à la Cassa, j’arrête les juments, et Oswald descend demander à un type qui ressemble à un employé municipal s’il y a un emplacement pour stationner.
Le monsieur nous précède à pied, en compagnie d’une jeune fille. Tous deux nous emmènent en pleine nature, juste à la limite du parc naturel régional de la Mandria.

Le pré qu’ils nous désignent pour parquer les juments n’est autre qu’un champ de blé, où les jeunes pousses pointent à peine le bout du nez !

On ne peut quand même pas installer ici Noé et Océane ici ! Mais l’homme et la jeune fille ont disparu. Nous sommes en lisière de forêt. Nous découvrons une allée vaguement enherbée. Ici, peut-être. Montage de la clôture, sous bois. Catastrophe ! Nos bestioles sont terrorisées ! Sangliers ? Loups ? (Ce n’est pas une blague. La montagne n’est pas loin !) Elles galopent en tous sens, en dépit de nos paroles apaisantes. On finit par les calmer avec du foin.

Deux heures du matin. Coup de klaxon. Réveil brutal. J’ouvre la porte de la roulotte, les yeux plein de sommeil. Deux carabinieri. « C’est à vous, les chevaux qui se sont échappés ? » Je lance un « MERDE ! » tonitruant et bien français qui les fait beaucoup rire ! Nous n’avons pas à chercher loin : en fait, les carabinieri accompagnaient simplement les deux hommes qui avaient rattrapé les fugueuses et nous les ramenaient au bout d’une longe.
On les attache, couverture sur le dos, parce qu’il ne fait vraiment pas chaud ! Alors les pauvres, passer le reste de la nuit sans bouger !

Finalement, on s’est aperçus le lendemain que ce n’était pas une vraie fugue : le fil de notre clôture traversait un ravin où elles pouvaient facilement passer dessous sans même s’en apercevoir !

25 Décembre La Cassa – Fiano 8 km

Étape « nature ». On longe le parc de la Mandria. Cela faisait longtemps qu’on avait pas emprunté une toute petite route de campagne !
Arrivés à Fiano, on s’installe sur un emplacement qui ressemble à un terrain communal. Mais ce n’en est pas un. Bien entendu, le proprio nous envoie les carabinieri ! Celui-ci n’a même pas eu le courage de venir nous expulser lui-même. Le carabiniero, sympa, négocie au téléphone avec le proprio pour que nous puissions repartir seulement le lendemain matin.
Ça ne nous empêche pas de déguster notre repas de Noël ! Que quelqu’un nous a apporté tout préparé ! Rôti de bœuf, pommes de terre et épinards, réchauffés sur notre brave petit poêle. Tiramisu et oranges en dessert.

Après quoi... Complot des gens du village pour nous garder ! Deux hommes se disputent l’honneur de nous prêter un pré. Nous attellerons donc les juments pour notre plus courte étape : 50 mètres !!! Pour une fois, nous nous arrêtons de notre plein gré, pour le plaisir des rencontres. Les gens du village se coupent en quatre pour nous faire plaisir. Au secours ! C’est trop ! Notre roulottine est toute petite ! Nous allons pouvoir ouvrir un commerce en vins et spiritueux ! Et nous nourrir exclusivement de pandoros et de panettones, les deux gâteaux traditionnels des fêtes de fin d’année ! On nous offre, pêle-mêle : du vin, du bois de chauffage, des gâteaux, des vêtements chauds, du foin pour les juments, et un sac de 20 kg de croquettes pour le chien, des pâtes (indispensables, les pâtes !) du miel, des légumes (du jardin : navets et pommes de terre), des fruits (oranges et pommes : deux pleins cageots !)... J’en oublie sûrement.

Et deux très belles rencontres plus approfondies :
Luciano ,

qui nous a ouvert les portes de sa maison (une bonne douche bien chaude !!! Ça fait du bien !!!) Il nous a invité à partager en famille le repas dominical préparé par la Mamma (88 ans) Repas mitonné sur feu de bois, et digne d’un très grand restaurant.
Luciano : « On m’a souvent dit que j’ai de la chance d’avoir une maman qui cuisine si bien. Ce n’est pas vraiment de la chance, parce que quand je voyage, je trouve tout mauvais ! »
Oswald : « Eh bien nous, on voyage, et on mange très très bien ! »
Rires. La Mamma semble enchantée. C’est une jardinière, aussi, qui va chaque jour, été comme hiver, au jardin. Et ce que nous mangeons, ce sont les produits de son jardin. Préparés d’une façon sublime. Et ce qui ne provient pas du jardin provient de petits producteurs connus pour la qualité de leurs produits.
Par-dessus le marché, Luciano, passionné par sa région, nous trimbale entre Lanzo et Torino, (voir les articles : Bébé Taureau et la Lance du Piemont) nous invite dans un restaurant où l’on prépare la cuisine traditionnelle du Piémont, ce qui signifie qu’on ne coupe pas aux sept anti-pasti traditionnels (un délice !) Anti-pasti signifie « avant les pâtes » Ce qui veut dire qu’ensuite, on mange les pâtes, ensuite le plat de résistance, ensuite le dessert ! Avouons-le, après les pâtes on a jeté l’éponge afin de garder une petite place pour le dessert.

Deuxième belle rencontre :
Gian-Franco et Agnese .
Une très jolie petite ferme

cutivée en bio, avec traction animale : un magnifique cheval brabançon. Maraîchage, chèvres, lapins, abeilles.

Ce sera l’occasion de notre premier échange de graines Italiano.

Et ici, à Fiano, notre première neige de l’hiver !

Elle ne durera vraiment qu’une journée. Fondue le soir, excepté les plaques à l’ombre. Elles vont rester longtemps, celle-ci. Car après ce coup de neige, c’est le froid qui s’installe : - 7° la nuit, et ça ne remonte guère que jusqu’à + 3° dans la journée, entre midi et 14 h 30. Après quoi, cela rechute très vite ! Notre poêle ronfle trop fort : à l’intérieur de la roulotte, ça peut monter jusqu’à + 35° !!! Comme on n’a pas d’autre moyen de réguler la température, on ouvre la porte, plus ou moins grande. On ferme si on a froid, on entrouvre, on ouvre en grand, on referme... La nuit, on ne charge pas avec un gros morceau qui tiendrait le feu longtemps : notre petite boulette blanche alarme CO a déjà sonné à trois reprises. Donc on préfère ne pas s’endormir poêle allumé. On ne sait jamais. La boulette sonne assez fort pour nous réveiller en cas d’alerte, mais si elle allait défaillir ? Donc on se roule en boule sous la couette renforcée d’une couverture. Le matin, dans la roulotte, c’est entre 1 et 3° ! Le premier qui a le courage de se lever allume le feu, et ¼ d’heure plus tard, on a déjà 25 °. Pour tout dire, c’est le plus souvent Oswald qui se colle à la corvée !

Mercredi 31 Décembre : Fiano – Vauda 15 km

Une vraie étape. Un peu trop longue et difficile pour Noé : trois très grosses montées. C’est la dernière grosse difficulté avant de redescendre vers la plaine du Po, et nous ne pouvons pas y couper. Luciano nous a fait reconnaître la route en voiture. C’est plus long que le chemin que nous avions prévu sur la carte, mais l’autre route est plus difficile encore, avec des dénivelés plus importants. La route est belle, assez sauvage. Mais je ne profite guère du paysage, trop concentrée que je suis sur les efforts des juments.
À Vauda, la roulotte est installée sur la vaste place du marché. Les juments disposent d’un coin assez petit, mais où l’herbe est très fournie.
Nous avons la visite de Luciano qui nous apporte... Notre réveillon ! Du poisson et de la polenta cuisinés par sa Maman. Et des Gianduiotto, délicieux petits chocolats fabriqués à Torino par Ferrero. Alors ça ! Franchement, la Mamma est inégalable. Jamais de notre vie nous n’avons dégusté une polenta aussi savoureuse. Et quand au poisson... dans une de ces sauces... Indescriptible.
Nous n’attendons cependant pas minuit pour nous coucher. La journée a été fatigante. Eh ben ! On en sera pour nos frais. À Minuit précise : pétards et feux d’artifices ! Bamboula sur la piazza ! Des jeunes assez gais s’approchent de la roulotte, et Altaï se roule de plaisir sous leurs caresses et leurs
grattouilles. Aucun progrès dans son rôle de gardien, le toutou !

Quelques réflexions

- Bizarre, la loi Italienne au sujet des chiens. Il serait intéressant d’en connaître la teneur exacte. Je soupçonne que, comme en France, il doit être interdit de maintenir un chien à l’attache en permanence. Nous avons interrogé plusieurs personnes à ce sujet. Les avis sont contradictoires et non documentés. Étant donné qu’il est permis, voire dans certains endroits obligatoire, de tenir son chien en laisse, on ne voit guère de différence entre promener Altaï avec une laisse tenue à la main ou une laisse accrochée à la remorque. Les juments au pas ne marchent pas plus vite qu’un humain à pied. Plusieurs personnes nous ont gravement expliqué qu’en Italie, quand la polizia dit quelque chose, on répond : « oui, bien sûr, j’ai bien compris », très poliment. Et que quand la polizia a le dos tourné, on fait ce qu’on veut. Carolina affirme que c’est meilleur pour la santé du chien de marcher derrière la roulotte que de jouer les pacha à l’intérieur. Ce que nous croyons volontiers. D’autre part, elle nous explique que les activistes de la SPA Italienne sont extrêmement actifs et virulents, et souvent de façon un peu bête (mais ce sont les amis des bêtes, n’est-ce pas ?) Cependant, comme avant l’intervention de la policière on a quand même eu beaucoup de réflexions de la part des automobilistes qui nous doublaient et que d’autre part on n’a pas envie de faire des histoires, on montera désormais le chien dans la roulotte, et on le laissera courir à l’étape. Ce qui est curieux, c’est que jamais personne ne nous a reproché le fait qu’il soit attaché à la roulotte durant les haltes ! Encore plus curieux : on nous accuse de torturer le chien, mais aucune remarque sur le fait de faire tirer une roulotte à deux malheureuses juments !!!

- À propos du TAV. Quand Anna-Lisa nous avait donné son avis à ce sujet, elle avait vaguement parlé d’un problème d’amiante, disant que c’était un faux problème. Elle n’avait pas l’air d’en connaître bien long sur ce sujet, et nous n’avions pas insisté. C’est nos balades en compagnie de Luciano qui nous ont fourni la clé. Luciano nous a montré la plus grande carrière d’amiante d’Europe, fermée bien entendu et interdite d’exploitation depuis déjà un certain nombre d’années. Montagne couleur vert-de-gris. Eh oui, la montagne est pleine d’amiante, ici. Alors forcément, cela rentre dans les argumentations anti-TAV : creuser un tunnel dans l’amiante ? Impensable !
Luciano nous en explique un peu plus long sur cette histoire. Au départ, la protestation est venue des paysans de la vallée de Susa. Leur vallée n’est pas large, très belle, et le tourisme représente une part non négligeable des revenus. On l’a déjà défigurée avec une voie ferrée et une autoroute. Et on voudrait ajouter encore une ligne à grande vitesse ? Mais que restera-t-il de la vallée ? Lors de la construction de l’autoroute, on leur avait promis des retombées économiques. Ils n’ont rien vu venir. Au contraire, sur l’autoroute, les gens filent et ne s’arrêtent pas. Maintenant, on leur bassine les mêmes promesses avec le TAV. Chat échaudé...
Gros problème : au début, les manifestations anti-TAV étaient assez locales, et totalement pacifistes. Mais le mouvement a pris de l’ampleur, avec l’apparition de moyens plus « guerriers ». Dont des explosifs, des trains bloqués, etc... Quatre activistes usant de ces moyens extrêmes ont été arrêtés récemment, d’où le beau « TAV LIBERI » apparu sur le flanc de la montagne lors de notre séjour à Avigliana.

- Ici, en Italie, nous jouons au yoyo entre l’accueil le plus chaleureux et le rejet le plus total ! En France, nous n’avons jamais eu de problème de stationnement. Ou nous nous arrêtions sur une place communale, ou nous demandions dans les fermes s’il y avait un coin de pré disponible. De toute façon, il aurait été difficile de s’arrêter sans autorisation sur une prairie : elles sont toutes barricadées au barbelé ou à l’électricité. Ici, il existe d’immenses prairies non clôturées, très faciles d’accès. Il suffirait de planter notre clôture sur un petit morceau, et le tour serait joué. Seulement voilà, ces prairies sans aucune marque visible de limite de propriété appartiennent à plusieurs propriétaires, qui ne vivent pas dans des fermes isolées, mais dans les villages. Comment savoir à qui demander l’autorisation ? Nous avons eu le cas du proprio qui ne veut pas de nous alors que le locataire accepte de nous accueillir. Et nous avons eu le cas du proprio qui nous dit gentiment : « installez-vous là, ça m’appartient », et du locataire qui arrive furibard en affirmant qu’il paye l’herbe pour y mettre ses vaches et qu’il ne voit pas pourquoi nos juments auraient le droit de manger cette herbe. C’est quand même un peu de la mauvaise volonté : nous ne clôturons qu’un tout petit morceau d’une immense prairie, en ce moment les vaches sont à l’étable, l’herbe n’a pas grande valeur, et de toute façon, elle repoussera très vite (grâce aux crottins de nos juments ?) et lorsque nous proposons de l’argent, il est systématiquement refusé. Je crois plutôt à la méfiance vis à vis du « manouche », du « vagabond », de « celui qui se promène pendant que nous on travaille » de « l’étranger », etc... etc... Ceci dit il est tout à fait compréhensible que l’on rejette celui qui vient s’installer comme ça, chez vous, sans autorisation préalable. Toutes ces histoires nous forment à la diplomatie ! Et à côté de cela, il y a tous ceux (la majorité) qui se mettent en quatre pour faire pardonner le « mauvais accueil » Italien. Qui haussent les épaules d’un air désabusé en disant : « bienvenue en Italie »...

- Eh dites donc ! Y’a pas que les Corses, les Basques et les Bretons ! Ici aussi, ils ont leurs indépendantistes ! Le Nord en a ras-le-bol de payer pour le Sud ! Vive le Nord Libre ! Le parti se nomme Padania, et commence, paraît-il, à se tailler une jolie petite route. Ses idées seraient relativement proches de celles du Front National en France.


BONNE ANNÉE !!!

Anne, 1er Janvier 2015

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