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Quelques jours et... pauvre Noé ! 20/12/2014

Quelques courtes étapes, dans une galère permanente. Le pied de Noé n’est pas suffisamment remis. Elle souffre beaucoup. Malheureusement, nous ne trouvons pas d’endroit où rester plus d’une nuit. Alors nous partons le matin, avec l’idée de trouver le plus rapidement possible un endroit où nous arrêter.

21 Novembre : Susa – Borgone, Zone Industrielle Malpasso (nom qui convient fort bien à notre équipée chaotique !) 12 km

Noé n’en peut plus, et moi non plus. La pauvre cherchait sans cesse à s’appuyer sur la gauche pour soulager son pied droit. Ou d’échapper à la douleur en trottinant plutôt qu’en restant au pas, si bien que j’avais l’impression permanente de porter 50 kg à bout de bras. Mon dos en capilotade !
Ah ! Là-bas ! Une espèce d’usine, avec une grande place gravillonnée, isolée en pleine cambrousse. De l’herbe. Il y a une maison pas très loin. On pourra aller y mendier de l’eau.
Même pas besoin... Un ruisseau passe au bord du pré où nous pouvons parquer les juments ! Ouf !
La maison est une espèce de petite ferme, avec quelques oies, quelques brebis. Un gamin d’une dizaine d’années vient tournicoter autour de nous en bavardant sans discontinuer. Il ne semble pas comprendre qu’on ne comprend pas !
On a oublié d’acheter du pain, ce matin, avant le départ. Ça, pour moi, c’est dur, dur. Mais bon, à la guerre comme à la guerre, je m’en passerai.
Par gestes et en baragouinant tant bien que mal, Oswald demande ce que fabrique cette usine.
Devinez ???
C’est une fabrique de pain industriel !

Et un peu plus loin, en marchant un petit peu, il y a une petite boutique destinée à la vente sur place de la production !
Oswald s’y précipite et revient avec du pain et quelques gourmandises.

22 Novembre : Borgone – Condove 10 km

Noé très difficile à tenir. Pour couronner le tout, les attelles ne sont pas encore faites aux colliers neufs. Il faut s’arrêter trois fois pour les resserrer ! Noé, qui jusqu’à présent a toujours été sage dans la circulation, ne supporte plus qu’un véhicule la double et sursaute à chaque fois. Donc très souvent, puisque nous sommes sur la route Susa – Torino. Ce n’est ni la grande nationale, ni l’autoroute, mais tout de même !
Là ! Juste avant Condove ! Le cimetière ! On trouve toujours de l’eau dans un cimetière. Et juste à côté, il y a un grand pré non clôturé ! Communal ? Tant pis, on s’en fiche, on s’installe, on verra bien !


Ce monument, tout là-haut sur la montagne, surplombant le pré où pâturent les juments, c’est la Sacra de San Michele, un monastère très ancien. Sans doute les moines s’estimaient-ils plus près de Dieu en se rapprochant du ciel ?
C’est un peu loin pour une photo précise, mais enfin, voici ce que ça donne avec le zoom.

Le cimetière est très fréquenté. Apparemment, les Italiens visitent davantage leurs morts que les Français.
C’est le week-end, on vient faire un petit tour chez les morts avant d’aller déjeuner en famille.
Les tombes sont vraiment grandiloquentes.

L’ossuaire est très fleuri. Un escabeau roulant placé à côté permet aux visiteurs de monter placer tout là-haut leur petit pot de chrysanthèmes.

Et on découvre des tombes... d’un goût... disons...

Presque tous ces gens viennent papoter avec nous. Ils veulent savoir d’où nous venons, où nous allons.
Une dame charmante revient même un peu plus tard avec une grosse soupe pour le chien, une botte de foin pour les juments, et une pizza faite maison pour nous ! (absolument délicieuse, la pizza !)
Une autre nous explique qu’elle va chercher son « marito », dès qu’elle a compris que nous venons de France. Le marito arrive. Il a été chauffeur routier. Il a traversé la France pendant des années. Il parle très correctement Français. Il connaît très bien Châteauroux, et bien entendu tout particulièrement l’Escale !

23 Novembre : Condove – Zone Industrielle de Villar Dora 8 km

Étant donné que la route est toute plate (nous sommes dans la vallée), nous attelons avec les bricoles pour ne pas avoir à régler sans cesse les attelles sur les colliers. Il sera toujours temps de s’occuper des réglages lorsque nous trouverons un endroit adéquat et tranquille, et lorsque Noé ira mieux.
Et là, je craque ! Très vite, Noé se retrouve trempée de sueur. Elle souffre. Mais elle tire ! Quel courage ! Je me mets à pleurer, sangloter, sans parvenir à m’arrêter. Les nerfs lâchent. Je mène les juments en hoquetant comme une litanie, des « pardon Noé, pardon Noé, pardon Noé » à n’en plus finir. Heureusement, Oswald assure ! Il ne m’adresse aucun reproche, m’encourage de temps en temps. Noé fait tout ce qu’elle peut, mais elle peut mal. Une côte vraiment minuscule devient un vrai calvaire.
Villar Dora. Un parking entre deux usines. Une friche. Oswald n’est pas trop chaud pour s’arrêter là, mais je suis au bout du rouleau. Noé aussi, d’ailleurs.

Je marche un peu pour me calmer les nerfs. À l’Ouest, au Nord et au Sud, les montagnes. Mais là-bas, vers l’Est, l’ouverture. Bien visible. La plaine du Po se rapproche. Un truc blanc, à flanc de montagne, attire mon attention. C’est bizarre, on dirait des lettres géantes. J’observe attentivement. C’est vraiment très loin, mais il me semble apercevoir un A et un V. La montagne serait-elle à vendre ? Intriguée, je retourne à la roulotte chercher les jumelles. Et voici ce que je découvre :

Décidément, les activistes anti-TAV ont toutes les audaces ! Ils ont dû s’amuser, pour inscrire ça à cet endroit-là !
Le TAV, c’est le projet de construction d’une ligne TGV Lyon-Turin, avec creusement d’un tunnel à travers la montagne. Déjà, du côté français, on avait aperçu quelques protestations, mais ici, côté italien, la grosse artillerie est vraiment de sortie !
J’en reparlerai plus loin.
Depuis notre nouveau stationnement, nous pouvons encore voir la sacra di San Michele, mais sous un autre angle. C’est paraît-il cette sacra-là qui aurait servi de décor au célèbre roman d’Umberto Eco, « le nom de la rose ».

Et la voici même tout illuminée.

Comme nous sommes dimanche, les entreprises qui nous entourent sont fermées. Les maisons alentours sont barricadées avec de hauts murs et des portails automatiques. Elles sont toutes placées sous vidéo-surveillance. Nous trouvons quand même une bonne âme pour nous approvisionner en eau.
À la tombée de la nuit, une voiture vient faire demi-tour ici. Un couple en descend, curieux. Nous bavardons en anglais, expliquons les malheurs de Noé.
« Ah ! dit le monsieur, il y a un centre équestre tout près d’ici, dans le village de Villar Dora. Là , ils pourraient peut-être vous conseiller un vétérinaire ou un bon maréchal. Je vous emmène ! »
Et nous voici partis en voiture jusqu’au centre équestre, à deux kilomètres d’ici.
Là, une charmante jeune femme téléphone à « una veterinaria » extraordinaire paraît-il... Et qui assure qu’elle sera à la roulotte dans 5 ou 10 minutes. Vite ! On y retourne.
Et ainsi, nous faisons la connaissance de Carolina. Vive et enjouée comme une belette, large sourire, attention profonde aux bêtes et aux gens.

Il fait nuit noire, mais la ZI est bien éclairée.
Carolina examine avec beaucoup d’attention le pied de Noé, et le travail accompli par le maréchal à Chalamont. Elle teste la douleur un peu partout avec sa pince à sonder. Réactions très vives de Noé.
Carolina pose un pansement provisoire, injecte un antalgique puissant, et nous demande d’atteler demain matin pour aller jusqu’à la scuola di equitazione, où elle viendra l’examiner plus sérieusement en compagnie d’un maréchal dont elle garantit la compétence. Là-bas, nous pourrons rester plusieurs jours si nécessaire. Inconvénient, le responsable du Club, Alessandro, assure qu’il n’y a de place qu’en box. Oswald est horrifié, mais nous n’avons guère le choix !

24 Novembre : ZI de Villar Dora – scuola di equitazione Mannus à Villar Dora 2 km

Temps toujours superbe, beau ciel bleu et grande douceur.
Une petite larme vient cependant assombrir la matinée : la jolie chrysope verte qui nous accompagnait depuis Chalamont est morte. Adieu, demoiselle aux yeux d’or. Nous savions bien que tu ne passerais pas l’hiver... En guise d’oraison funèbre, j’ai composé un haïku...

La mouche au voile de mariée
a fermé cette nuit
ses yeux d’or.

L’antalgique injecté hier soir par Carolina doit faire son petit effet. Avant de partir, je câline Noé et je lui explique très sérieusement qu’il faut absolument qu’on l’attelle, mais que ce ne sera pas long. Elle commence à suer de stress pendant que je la garnis ! Mais en fin de compte, elle ne marche pas si mal. L’étape, très courte, s’accomplit sans problème.
Lorsque nous arrivons, Alessandro n’est pas là. Comme il y a à côté du parking un coin pelouse, on monte la clôture électrique, et on installe ici les juments, en attendant les ordres.

Carolina arrive dans l’après-midi, accompagnée du maréchal ferrant (maniscalco). Examen approfondi.

L’abcès est trop profond pour être ouvert.
Il va falloir placer sur le sabot un cataplasme imbibé de tragacanthe et d’acide borique pour aspirer le pus vers l’extérieur. Tous les jours pendant cinq jours !
Le propriétaire du site vient aux nouvelles... et nous donne l’autorisation de laisser les juments sur la pelouse plutôt que de les renfermer dans un box. Chouette ! Comme ça, elles restent à côté de nous. Et ça leur évite ce qu’Oswald a baptisé le « Guantanamo pour chevaux ».

Nous voilà bons pour faire connaissance avec Villar Dora.
Les premiers jours sous un soleil radieux, les suivants sous une pluie douce et persistante.
Si on regarde par le hublot de Kaplumbağa, on découvre un arbre bizarre. Pour moi, il évoque une mégère vociférante, pour Oswald, c’est seulement un drôle d’oiseau.

Le village est plutôt sympathique, avec son palazzio

Un petit étang près duquel on peut promener le chien.

Vendredi 28 Novembre  : Il ne manquait plus que ça ! Voilà que notre Noé est malade, maintenant ! Fièvre et abattement ! Il ne fait pas très froid, mais il tombe sans discontinuer, depuis avant-hier, cette petite pluie toute fine et bien pénétrante. Carolina nous conseille donc de rentrer Noé au box. Et la pauvre Océane sera « punie » aussi : si on la laisse toute seule dans le parc, c’est sûr, elle pétera la clôture ! Elle refuse de se séparer de sa sœur. Dans l’idée de Carolina, l’idéal serait un pré avec abri, le box-prison n’étant qu’un pis-aller. Mais ici, ce petit paradis n’existe pas. Carolina prend donc rendez-vous pour dimanche matin dans un autre centre équestre, à Avigliana (prononcez Aviliana), où nous trouverons un emplacement qui nous conviendra mieux. Ça se trouve à environ
8 km d’ici. Il faut attendre que la fièvre de Noé soit tombée pour pouvoir l’atteler. Avec les antibiotiques, ce devrait être chose faite dimanche matin. Là-bas, nous pourrons attendre tranquillement que la situation s’éclaircisse, et le feu vert de Carolina pour la reprise du voyage. Bonne nouvelle, tout de même : l’abcès s’est vidé, et Noé n’a plus du tout mal au pied. Carolina nous prévient cependant que nous ne devrons repartir que par toutes petites étapes et demeurer très attentifs. Il faudra du temps avant que la cicatrisation du sabot ne soit complète.

Samedi 29 Novembre  : anniversaire d’Oswald ! Nous sommes en train de prendre tranquillement le petit déjeuner dans la roulotte, quand on frappe à la porte. C’est Angélique (une française qui travaille en Italie depuis une dizaine d’années, et que nous avons rencontrée voici quelques jours) avec ses deux jeunes fils. Elle vient nous demander si nous avons du linge à laver. Et surtout présenter la roulotte (en Italien, c’est soit « roulotte », soit « carovana », soit « carozzina ») à deux amis, accompagnés d’enfants eux aussi. Deux hommes forts ! Ça tombe bien ! Il faut que l’on fasse accomplir un demi-tour à Kaplumbağa pour nous trouver demain matin dans le sens du départ (ça évitera une manœuvre délicate aux juments).
Tout le monde s’y met, y compris les enfants ! Oswald, qui était un peu inquiet au sujet de ce demi-tour, dit que c’est son plus beau cadeau d’anniversaire !

Et pour fêter ça, un bon petit repas un peu plus cossu que d’ordinaire...

Océane et Noé ne se plaisent pas, mais alors pas du tout, dans leur geôle ! Elles se trouvent l’une en face de l’autre, mais séparées quand même (ici, c’est chacun sa cage). Elles frappent la porte assez violemment, tournent et s’énervent. Et bien sûr, leurs hennissements excitent les chevaux d’à côté. Heureusement, les installations sont d’une solidité à toute épreuve.

Alors vivement demain qu’on parte !
Allez, une dernière photo du monastère San Michele, que l’on voit d’ici aussi, pour son aspect envoûtant lorsqu’il est nimbé de nuages.

Dimanche 30 Novembre Villar Dora – Avigliana 8km

Noé marche beaucoup mieux sur le plat, mais les montées sont vraiment difficiles. Elle glisse, et j’ai le ventre noué par la trouille d’une nouvelle chute. Pour la première fois, Altaï accompli le voyage couché à l’intérieur de la roulotte : il s’est fait buter par une voiture et souffre de contusions. Rien de très grave, mais c’est bien douloureux !
Accueil très très chaleureux au centre équestre « Ippica Valsusa » d’Avigliana, chez Filippo.

Filippo met à notre disposition une maisonnette aux couleurs Italiennes. Une pièce avec table et chaise où Oswald pourra brancher son ordi à batterie défaillante. Et surtout : douche et cabinets d’aisance !

Ambiance excellente, excepté qu’il pleut sans discontinuer depuis cinq jours. Les prés sont noyés sous l’eau, les paddocks boueux, et nos deux bécassines n’arrivent pas à comprendre qu’elles seraient mieux sous leur abri qu’à patauger dans la gadoue !

Nous voici obligés de tendre des ficelles pour les empêcher de sortir ! Heureusement, elle les prennent pour des fils électriques et n’y touchent pas.

Voilà. Noé en profite pour tomber vraiment malade ! Le pied va de mieux en mieux, mais c’est tout le reste qui cafouille. Grosse fatigue, rechute de fièvre, constipation très douloureuse, déshydratation... Noé se lève, se couche, se lève, se couche, se regarde le ventre, et nous regarde de ses grands yeux humides comme pour nous supplier de soulager ses souffrances. Carolina est obligée d’employer les grands moyens !

Sonde naseau-œsophagienne, pour réhydrater...

Intraveineuse, avec antibiotiques et anti-inflammatoires...

Et le lendemain, perfusion, avec purgatif costaud ! (Noé ne crotte plus. Grosse constipation, mais pas de colique)

Donc nous voici installés ici pour un petit bout de temps.
Heureusement, les soins apportés par Carolina sont efficaces, et Noé va chaque jour un petit peu mieux.
Les juments nous croquent donc quelques heures par jour. Nettoyer les abris (incroyable le nombre de crottins qu’un cheval peut pondre dans une journée.) Nourrir (Ici, pas d’herbe à volonté, il faut donner du foin. D’ailleurs, Carolina pense que l’herbe verte ne serait pas très bonne pour la santé de Noé, dans l’état actuel des choses.) Et leur faire prendre de l’exercice, à ces deux demoiselles. Pour soigner la constipation de Noé, il est très important de la faire marcher. Tant qu’il pleut, nous profitons du manège couvert. On fait marcher Noé tout tranquillement. Elle se sent trop fatiguée pour songer à faire la folle.

Mais avec Océane, on s’éclate, toutes les deux !!!

Il nous reste quand même du temps pour découvrir Avigliana.

Le soleil plus ou moins revenu, on fait de longues promenades avec Altaï pour découvrir la campagne autour du centre équestre.

On y rencontre des oiseaux.

On profite de la montagne et de ses gros cailloux.

Spectacle grandiose de sommets enneigés balayés par le vent : la neige s’envole pour former un immense nuage autour des cimes. Magnifique de loin, mais il ne doit pas faire bon se promener là-haut !

On flâne dans la vallée où meurent doucement les vestiges d’une ferme qui a connu une époque plus florissante. Ateliers d’engraissement de taurillons désaffectés. Immenses serres en ruines, où le roumain du coin vient « récupérer ». Sur la maison d’habitation aux volets clos, les tuiles dégringolent.
Voici toute l’histoire, racontée en Italien par un vieux chevrier dont je reparlerai plus loin. Il s’applique à articuler tous ses mots, pour être sûr que nous comprenons bien. Et si on ne comprend pas, il recommence sa phrase, ou la tourne autrement.
« Tout cela appartenait à deux frères richissimes (pensez, ils exportaient aux « Amériques ! » « Aux Amériques ! » Vous vous rendez compte !) Ils possédaient 180 appartements à Torino, qu’ils louaient, et cinq pharmacies ! Cinq ! Ils sont morts tous les deux. Et vous savez, quand le « padrone » meurt... C’est une société qui a racheté tout ces terrains, là, avec les serres brisées, et tous ces bâtiments qui ne servent plus à rien. La société avait promis de créer un immense parc de loisirs, avec piscine, village de vacances, et tout et tout. Mais les terrains sont à cheval sur deux communes : Avigliana et Buttigliera Alta. Les communes se chamaillent et veulent tirer la ficelle chacune de leur côté. Et rien ne se fait ! »
Plus loin, un centre religieux (moniales du Sacro Cuore). Juste à côté, une maison de retraite, avec accueil de jour pour les malades Alzheimer. Immenses potagers apparemment cultivés en bio.

J’essaie de trouver un peu de temps pour dessiner.

Et figurez-vous, on a même rencontré un drôle de chevrier, très bavard (oui, oui, celui qui nous a raconté l’histoire des deux frères richissimes). Il a acheté un bout de terrain par ici, voici une vingtaine d’années, et y a construit une « ferme ». Voilà ce que ça donne !

Il nous a très fièrement fait visiter les lieux.

Il nous a offert ce qu’il appelle des « courgettes » (zucchina) de sa production, en nous expliquant comment les préparer. C’est un vrai régal ! Nous en avons trouvé quelques jours plus tard sur le marché d’Avigliana, et le maraîcher qui les vendait nous a nommé ça « melonzona spinosata ». Bref, si quelqu’un connaît le nom français, il peut nous le faire savoir !
Du lait de ses huit chèvres, le chevrier fabrique bien entendu du « fromaggio ». Et... cadeau, là aussi ! Mmmmm.... Un fromage à se mettre à genoux devant, comme dirait mon cher papa ! Le chevrier nous a expliqué que son père lui avait transmis le « secret » alors qu’il était encore petit garçon.

Nous avons été invités par Filippo, le responsable du centre équestre, à une très sympathique soirée polenta. Les hommes ont popoté toute la journée dans de grosses marmites, et le soir, c’était la fête !
NB : uniquement des hommes de corvée, à la cuisine comme au service !

Il ne pleut plus, les juments vont mieux, donc elles ont droit à l’herbe, un peu tous les jours. C’est mieux que la boue !

Comme il faut bien rendre quelques services au centre équestre qui nous accueille si gentiment, Oswald se colle à la corvée : « ramassage des cailloux sur la carrière qui vient d’être hersée »

Quelques remarques :

Bon, finalement, on n’est pas si dépaysé que ça, en Italie.
C’que y a, c’est qu’ça n’cause point pareil que cheux nous, dans c’pays-là et pis quand même on a ben r’marqué tchequ’ différences .
(Ça, c’est du patois berrichon, un peu francisé pour que les non-Berrichons puissent comprendre.)

  • Les Italiens fréquentent beaucoup plus la mort que les français. Les cimetières sont très visités, et les annonces nécrologiques fleurissent sur de grands panneaux réservés à cet effet à chaque coin de rue.
  • Beaucoup, beaucoup de chiens, dont la majorité sont des bâtards. La majorité des chiens de races que nous voyons par ici sont des bergers allemands, vraiment nombreux. Gros matraquage d’affiches diverses pour inciter au ramassage des crottes.
  • Il faut prendre des tickets pour faire la queue dans pas mal d’endroits, y compris à la boucherie et à la poissonnerie du super-marché. Anna-Lisa nous a expliqué que la première fois qu’elle est allée en France (elle avait quinze ans et elle en a quarante-cinq aujourd’hui) elle avait été stupéfaite par la sagesse des français qui faisaient la queue, chacun passant à son tour sans rouspéter. En Italie, à l’époque, c’était paraît-il la foire d’empoigne. Ça criait, ça s’insultait, ça se bousculait, chacun essayant de grignoter quelques places. D’où les tickets. Tu prends un ticket, et tu n’es servi que quand ton numéro s’affiche. Les Italiens ont pris cette habitude, et les empoignades sont terminées.
  • La guerre du TAV. (Treno ad Alta Velocità) Très virulente ici. Les pro-TAV pensent que ce serait une bonne façon de désenclaver le Piémont et la Vallée d’Aoste. Les anti-TAV, très actifs apparemment, protestent contre le coût exorbitant du projet et les dégâts contre la nature qui seraient provoqués par la construction du tunnel. Ils accumulent probablement nombre d’autres arguments. (Il y a ici, comme en France, des maternités qui ferment, et on voit des inscriptions du style « de l’argent pour les hôpitaux, pas pour le TAV ») Lorsque des marches sont organisées, les manifestants « anti » viennent paraît-il de l’Italie tout entière.

Des affiches invitent à des réunions.

Côté français, aux alentours de Lyon, nous avions rencontré par-ci par-là quelques affichettes collées par des protestataires, mais rien de très impressionnant. Ici, on voit vraiment partout des « NO TAV », de la petite étiquette apposée au pare-brise de la voiture à l’énorme inscription blanche inscrite à flanc de montagne,

en passant par les banderoles accrochées au maisons et aux immeubles.

Et dans la nuit du 13 au 14 Décembre, les activistes anti-TAV ont de nouveau sévi. Au matin du dimanche, on a découvert de nouvelles lettres géantes inscrites à flanc de montagne, non loin du TAV = MAFIE. Je me demande comment ils s’y prennent. Faut l’faire, quand même. Les parois de la montagne sont abruptes. Quels moyens utilisent-ils ?

  • On est Italien ou on ne l’est pas. Des drapeaux Italiens dans les jardins. Dans les magasins ce qui est produit en Italie est nettement visible. Ici, on roule beaucoup en Fiat, mais il paraît que c’est à cause de la proximité de Torino, berceau de la « race ».
  • Ah ! La cioccolatta calda italiana ! Mmmmmm... Bien épaisse et onctueuse ! Jamais rien goûté de semblable en France. Le café ne manque pas à sa réputation. Oswald se régale, moi, je l’avale difficilement.
  • Là où les Italiens font mentir leur réputation (du moins ici, dans le Nord), c’est au volant de leur voiture. Qu’est-ce qu’on a pas entendu, en France ! Attention en Italie ! Les Italiens conduisent comme des cinglés ! Ils ne conduisent pas plus comme des fous que les Français. « Che va piano va sano. » Le nombre impressionnant de radars automatiques y est peut-être pour quelque chose. Oswald prétend qu’on a enlevé le poivre de leur derrière et qu’ils sont devenus fades. Ben moi, en menant les juments, je préfère de beaucoup qu’ils restent fades, mous et civilisés ! Na !
  • Les prises de courant ne sont pas les mêmes qu’en France. Heureusement, Oswald avait prévu le coup, et acheté avant notre départ tous les adaptateurs possibles et imaginables (via Internet, bien sûr !)
  • Les boîtes aux lettres, celles pour poster le courrier, sont rouges, ici. Et celles dans lesquelles le facteur distribue le courrier ne sont pas du tout dans les normes telles qu’on les connaît en France. Beaucoup plus petites, et joliment ornées.
  • Le linge pendu au balcon. Partout, partout. Ça, c’est Italiano.
  • On trouve ici une variété de légumes beaucoup plus grande qu’en France, y compris dans les petits supermarchés. Les légumes, apparemment, sont considérés comme de la nourriture à part entière et non comme simple accompagnement de la viande. En tout cas quand nous mangeons au restaurant, on ne m’a nulle part fait les gros yeux si je réclame « sans viande », et on a toujours un tas de choses à me proposer. Alors qu’en France... j’avais l’impression de tomber de la lune ! Ici, à Avigliana, on a déniché un petit magasin fruits et légumes qui vend tout à 90 cents le kilo ! On met tout ce qu’on achète dans le même sac : patates, aubergines, poireaux, raisins, clémentines, etc... etc... on pèse, et voilà ! Ce qui fait qu’on s’achète des petites quantités de chaque produit, et qu’on peut varier beaucoup ! Les fromages et la charcuterie se trouvent au même rayon, et au resto, on a vu plusieurs fois des personnes se commander un plat « fromage-charcuterie ».
  • On n’a encore vu aucun immense hypermarché comme en France. Les super-marchés sont tout petits, et intégrés, architecturalement parlant, dans la ville. Alors qu’en France même les supérettes sont des cubes qu’on identifie immédiatement pour ce qu’elles sont.
  • Le pain est vendu au kilo, et non pas à la pièce.
  • Il faut croire que les Italiens ont encore plus peur des cambrioleurs que les Français. Presque tous les portails sont automatiques, les jardins barricadés par de hautes clôtures. Chiens de garde, vidéo-surveillance absolument partout, et alarmes qui se déclenchent... pas toujours à bon escient ! J’ai eu besoin d’aller aux toilettes, dans un restaurant à Torino, où il y avait non seulement une caméra de surveillance au-dessus du lavabo (contre les voleurs de savons ?) mais aussi une autre qui visait carrément la cuvette des WC !!! Si, si, j’vous jure ! Un peu gênant, personnellement, je trouve. Mais bon, ça ne m’a pas empêchée de faire ce que j’avais à y faire. Il surveillent les femmes qui jettent leurs serviettes mensuelles là où il ne faut pas ? Ou les voleurs de PQ ?

Très probablement, toutes ces petites différences qui nous frappent encore pour le moment vont s’estomper, se diluer au fur et à mesure de notre séjour en Italie. Bientôt, il n’y aura plus pour nous « les Italiens », mais Luigi, Giuseppe, Rosa, Umberto, Anna, etc... etc...

Nous leur sommes déjà tellement redevables de la chaleur de leur accueil, et de l’aide apportée dans tous nos malheurs avec cette pauvre Noé.
Carolina, la super veterinaria, vraiment passionnée par son métier. Elle mérite une mention tout à fait spéciale pour sa gentillesse, son dévouement, sa compétence. Avec elle, pas besoin de droguer les chevaux au V tranquille ! Elle exerce sur eux un pouvoir lénifiant. Jamais une parole plus haute que l’autre, une ferme douceur, pas un geste de trop. En plus de ça... Huit visites, dont une de nuit et une le dimanche ne nous ont pas coûté plus cher que la seule et unique visite de la véto de Chalamont, qui n’avait été capable que de nous dire qu’elle ne voyait pas du tout ce que Noé pouvait avoir (elle a dû la regarder à peine 1/4 d’heure) et qui n’avait rien trouvé de mieux que de la mettre sous anti-inflammatoires ! Tandis que pour chacun de ses gestes, Carolina nous a donné des explications très précises. Elle nous a détaillé le diagnostic et le pronostic de façon très claire. D’aiileurs, il semble bien que dans le monde du cheval, ici, on se la dispute beaucoup ! Mais bien qu’elle soit visiblement débordée de travail, elle parvient à donner l’impression d’une disponibilité totale ! Chapeau, Carolina !!!
Le « maniscalco » (maréchal ferrant), son comparse, dont nous n’avons pas su le prénom, et qui a refusé de se faire payer.
Filippo, qui nous a accueilli dans son centre équestre.
Angélique à Villar Dora et Emmanuelle à Avigliana, deux Françaises installées depuis longtemps en Italie, qui nous ont spontanément proposé leur aide.
Anna-Lisa, qui nous a emmenés chez elle pour que nous puissions nous connecter à Internet, et qui nous a trimbalés dans sa voiture pour nous conduire chez le sellier, à 15 km de là.
Le chevrier volubile qui nous a offert un inoubliable fromaggio.
Pino, qui nous a gentiment et spontanément prêté sa « boulette Internet », et qui a téléphoné à la sellerie pour expliquer ce dont nous avions besoin.
Fabio, qui nous a efficacement conseillé pour l’essai des nouvelles chaussures de Noé...
Et tous ceux avec qui nous avons simplement bavardé !

GRAZIE, GRAZIE, GRAZIE !!!

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